J54 - Rabanal del Camino - Ponferrada
- Aline Lourtie
- 24 oct. 2023
- 4 min de lecture
Longueur de l'étape: 34,64 km
Total parcouru: 1354,74 km
Je termine de préparer mon sac dans la salle à manger des pélerins pour ne pas déranger les autres dans le dortoir. Je profite pour déjeuner avec un thé, un fruit, des biscuits et un morceau de chocolat. Ces derniers jours, je constate que cela ne me réussit pas des masses de partir le ventre vide car je me fatigue plus vite.

Je me mets en route vers 7h. Je croise Anne qui me dépasse. L'étape commence par un dénivelé dans des petites routes de pierrailles en pleine nuit. Ma lampe de poche commence à rendre l'âme. Il faut que je rachète des piles. Je glisse, je trébuche sur des pierres. J'avance lentement et péniblement. Ce qui est chouette, c'est que les paysages changent. Il y a plus de collines. Je peux apprécier un lever de soleil malgré les nuages. Il commence à pleuviner quand j'arrive à la Croix de Fer. Il y a déjà beaucoup de pélerins qui prennent des photos. J'attends patiemment mon tour. J'ai la chance de voir la Croix de Fer avec un magnifique arc-en-ciel.

La route est compliquée : beaucoup de dénivelés et de boue. La route est glissante. Les chevilles en prennent un coup. J'ai froid. Je suis mouillée à cause de la pluie. Il y a un petit vent qui refroidit. Mes gants sont trempés et j'ai les mains gelées. Je sais que j'aurai fait la moitié de l'étape quand j'arriverai à El Acebo mais cela me semble interminable. Je me décourage. Je suis au bord des larmes car je n'en peux plus. Les sentiers sont étroits et il y a beaucoup de pélerins. Nous nous suivons en file indienne. Cela casse le rythm et ce n'est pas agréable pour marcher. Heureusement, les paysages sont beaux. Je relève la tête de temps en temps pour les admirer et en tirer du positif.
Mon sac pèse sur mes épaules. La matinée est très compliquée. Vu les circonstances, je fais peu de pauses, je ne bois pas beaucoup. J'encaisse et je continue d'avancer.
Fin de matinée, il s'arrête un peu de pleuvoir. Il y a quelques éclaircies avec un petit vent qui aide les vêtement à sécher même s'il est froid. Je continue à avancer. Je décide de faire une pause à midi même si ce n'est pas ce que j'avais prévu. Passer El Acebo, je m'arrête dans un bar pour manger. J'en profite pour réserver l'hôtel. J'ai déjà fait une vingtaine de kilomètres. Il m'en reste une douzaine. Le restaurant est vraiment sympa. Il n'y a pas beaucoup de monde. Je mange un délicieux spaghetti au légumes. Cela me fait beaucoup de bien. Cela me réchauffe. Mes vêtements sont un peu plus secs.
Quand je reprends la route, j'ai un peu plus d'énergie et je suis un peu plus positive. Par contre, il se remet à pleuvoir. Une grosse pluie cette fois-ci. Et c'est parti pour une immense descente qui me parait interminable dans les pierres, le schiste. Mes chevilles se tordent, je glisse à cause de la boue. Je dégouline. Il y a une file de pélerins devant moi. Je ne sais plus regarder le paysages car je regarde mes pieds pour ne pas tomber. Je transpire en dessous de mon manteau. Je n'en plus plus. Je suis épuisée. Cela me semble durer des heures. J'ai la sensation de ne pas avancer. Je suis complétement découragée. La seule chose qui me maintien c'est le fait de savoir qu'une chambre d'hôtel m'attend à Ponferrada. Arrivée dans un village, la descente s'arrête et je retrouve la route. La fin de l'étape est difficile. Je suis trempée.

Je suis ravie d'arriver à l'hôtel vers 16h. Je dépose mon sac et puis je vais faire des courses. J'ai envie de me faire plaisir et de manger du sucre. Quand je rentre à l'hôtel. Je suis claquée. J'avais mis le chauffage à fond avant d'aller faire les courses. Il fait bien chaud. Cela me permet de faire sécher mes vêtements. Je prends une douche bien chaude. Je me fait un bon massage des pieds, des chevilles et des genoux. Et puis c'est bouffe, lit, Netflix.
J'envoie quand même quelques nouvelles. Je me mets également à jour dans mes mémo vocaux. Je n'ai pas eu la possibilité de les faire avant. Cest difficile de trouver un espace d'intimité dans les auberges. Je fais aussi mon itinéraire. J'avance plus vite que prévu. Suivant mon nouveau plan de route, qui prévoit des étapes de 30 km à chaque fois sauf pour les deux dernières, j'arriverai à Compostelle le 31 octobre. Cela signifie que je peux assister à la messe des pélerins le 01 novembre et peut-être voir le Botafumaro. Cela signifie aussi qu'il me reste une grosse semaine de marche avant d'atteindre mon but et de rentrer en Belgique. Donc, c'est ma dernière semaine. Tant mieux car je n'en peux plus.
Hier, j'ai reçu un petit message d'Etienne qui me demande des nouvelles. Cela m'a fait plaisir. J'ai beaucoup pensé aux ColibrYs parce qu'il y avait une journée consacrée à la gouvernance hier. J'ai aussi beaucoup pensé à Sandra et Claude dont le stage a débuté aujourd'hui. Ils me manquent tous. J'ai hâte de les revoir. Je trouve le temps long. La Belgique me manque à crever. J'ai besoin de repos. J'ai besoin d'arriver, de me poser. Je suis en train de tirer sur la corde. J'espère que je ne vais pas me blesser en forçant mais j'ai envie d'y arriver et d'y arriver vite parce que je ne vais pas pouvoir marcher plus longtemps. J'espère que je vais tenir le coup. J'ai les larmes aux yeux. Aujourd'hui, j'ai vraiment dû faire fonctionner mon mental pour m'encourager. Il me reste un peu plus de 200 km , c'est la dernière ligne droite. J'espère que je vais aller jusqu'au bout.
Aline Lourtie
24 octobre 2023







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