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J33 - Borce - Canfranc

Longueur de l'étape: 34 km

Total parcouru: 771,04 km


Nous nous levons tous en même temps. Le gite est petit, j'ai l'impression de manquer de place et d'être tout le temps dans le chemin des autres. Je ne sais pas où me mettre. Comme je n'ai rien pour déjeuner, je décide de me mettre en route. Je trouverai certainement quelque chose sur le chemin. Cela me permet de fuir l'agitation de la maison et de partir tôt comme prévu.


Je me retrouve dans le noir sur une route nationale. Heureusement, à cette heure-ci, il n'y a pas beaucoup de passage. Je ne suis quand même pas très rassurée. J'ai peur de me faire choper par une voiture et peur de manquer la déviation et de tomber dans les travaux. Sur la carte, je vois une route parrallèle qui rejoint la nationale un peu plus loin. J'hésite à la prendre. Mon intuition me dit que je vais rejoindre la route dans la zone des travaux. Par prudence, je continue sur la Nationale et prie pour que la déviation ne soit plus très loin. J'attends avec impatience que le soleil se lève. Enfin, je vois la déviation. Je me retrouve dans un tunnel très sombre à marcher sur des gros cailloux entre des rails de chemin de fer. C'est glauque et pas rassurant. Cette route me semble interminable. Je vois enfin la lumière au bout du tunnel (au sens propre comme au figuré). Je continue de longer la route jusqu'à Urbos mais sur des chemins parallèles. Je suis en sécurité et le soleil se lève. Arrivée à Urbos, je trouve une petite épicerie. Je m'achète de quoi manger et je m'installe pour déjeuner. Je me sens déjà fatiguée à cause du stress de ce début de journée. J'ai l'impression d'avoir parcourus 15 km alors que je n'en ai fait que 5 km.




Paysage de montagne Somport Pyrénées
Paysage de montagne Somport Pyrénées

Je suis contente de retrouver les sentiers de montagne. Il y a quelques belles montées et aussi pluieurs tronçons sans dénivelés. Ce qui me permet de souffler. Cela me semble plus facile que ce que j'imaginais. Je m'imagine presqu'aller jusqu'à Jaca aujourd'hui (41 km) mais j'abandonne vite l'idée. Une chose à la fois. L'étape ne fait que commencer. D'abord le Somport après on verra. J'espère y être pour midi.

Il fait nuageux aujourd'hui, je n'ai donc pas le plaisir de savoureux les payages montagneux qui doivent être splendides. J'espère que cela va se dégager. Durant les 6 derniers km avant le Somport, ce n'est que de la montée. Les choses se corsent.


Sentier de foêt vers le Somport

Sur le chemin, je croise une maman avec ses deux enfants et leur chien. Nous ne parlons pas vraiment. Ils me laissent passer car mon rythme est plus rapide. Un peu plus loin, je me trompe de chemin. Je tourne à gauche au lieu d'aller à droite. Je m'en rend compte assez rapidement. Durant mon détour, la petite famille est à nouveau passée devant moi et je la retrouve en train de faire une pause un peu plus loin. Je prends le temps de discuter. Flora est une amie de Bruno et Amélie (mes hôtes à Lodève). Elle a une maison près de chez eux. Elle est partie de Lodève à pied avec ses deux enfants, Anaé (11 ans) et Ilam (6 ans) et Kitty leur petite chienne de 10 ans (qui n'a pas l'air enchantée d'être là). Cela fait 3 semaines qu'ils sont en route. Ils vont aussi jusqu'à Compostelle. Ils voyagent en autonomie. La plupart du temps, ils dorment sous tente. Parfois, ils dorment en gîte ou chez l'habtitant. Ce n'est pas toujours simple de trouver un logement. Flora n'a pas beaucoup d'argent. Elle préfère le garder pour acheter de la nourriture. Ce n'est pas tous les jours facile de manger correctement. Elle cuisine des soupes d'ortie, du miso et des châtaignes. Je suis impressionnée.


Photo d'une famille de dos qui marche sur le Chemin de Compostelle entre le Somport et Canfranc

Nous décidons de continuer le chemin ensemble et de nous arrêter en haut du Somport pour manger. Ilam est très bavard. Il me raconte qu'il a trouvé des fossiles et qu'il aimerait être archéologue. Je ne sais pas comment il fait pour marcher et parler en même temps sans être éssoufflé. Il arrive même à courrir dans la montée. Il est plein d'énergie. Nous voilà en haut, à la frontière espagnol. Nous prenons quelques photos. Les enfants m'aiment bien. Moi aussi, je les aime bien. Ils sont attanchants.


Portrait de Aline avec Ilam (enfant de 6 ans) et Anaé (enfant de 11 ans) devant le panneau annonçant la frontière Espagnole en haut du Somport

Nous nous arrêtons un peu plus loin pour manger. Pendant notre pause, Régio et Daniela nous dépassent. J'explique à Flora que je vais jusqu'à Canfranc Estacion pour trouver une auberge. Normalement, il est possible de dormir là-bas. Ils vont aller jusque là aussi. Dormir dans un gîte, prendre une douche et un bon repas leur fera du bien. Il reste un peu moins de 8 km donc deux bonnes heures de marche. Je suis impressionnée par les enfants qui marchent sans se plaindre et d'un bon rythme. La fatigue se fait malgré tout sentir en fin d'étape. Ilam veut s'arrêter au bord d'un ruisseau. La petite famille fait une pause. Je continue le chemin de mon côté pour essayer de trouver un logement.



A Canfranc Estation, sur le chemin pour aller vers l'auberge, je croise un autre prélerin, Jean-Michel. Nous commençons à parler en espagnol avant de nous rendre compte que nous parlons tous les deux français. Il rentre chez lui après un périple de 5 mois et 3.500 km parcourus. Il me parle un peu de son expérience. Entre temps, Flora et les enfants me rejoignent. Nous allons faire quelques courses avant de se remettre en route. Tout le monde est un peu fatigué.


L'auberge est fermée. Il y en a une un peu plus loin. Je vais jusque là avec Ilam pendant que Flora va à la pharmacie avec Anaé. La seconde auberge est également fermée. Je commence à me tracasser d'autant que j'ai entrainé tout ce petit monde avec moi. Je m'en veux un peu. Il y une auberge à Canfranc, 4 km plus loin. Flora et les enfants ne se sentent pas de faire le trajet. Ils préfèrent rester sur place et s'offrir un beau restaurant. De plus, elle n'a pas de crédentiale et n'est donc pas certaine de pouvoir dormir à l'auberge. Nos chemins se séparent mais nous échangeons nos numéros pour rester en contact. Nous nous recroiserons peut-être.


Je me mets en route jusqu'à Canfranc. Je trace car je suis impatiente d'arriver. Il commence à se faire tard et j'avais dit que j'arriverais dans une heure. Bref, je me mets la pression. J'arrive vers 19h. Je suis KO. Je suis super bien accueillie par les deux hospitalières (dont j'ai oublié les prénoms) et l'auberge est confortbale. Régio et Daniela sont là ainsi qu'un couple sud africain. Il y a 4 dortoirs de 4 lits. J'ai donc un dortoir pour moi toute seule. Ouf ! Je me sens mieux. Je vais pouvoir passer une bonne soirée. J'envoie vite quelques nouvelles à la famille avant de filer sous la douche. Je me prépare un plat de pâte bolo. Je suis affamée. La journée a été longue. Nous sommes tous dans la cuisine mais chacun dans notre coin. C'est silencieux. Cela me fait du bien. Quand je termine mon repas, Flora m'appelle pour me dire qu'elle est à l'auberge. Ils ont trouvé quelqu'un qui les a déposé en voiture. Je suis un peu embêtée car les hospitalières m'ont dit que les animaux n'étaient pas acceptés. J'espère qu'ils pourront quand même rentrer.


Kitty doit rester dehors. Après quelques négociations, Flora et les enfants peuvent prendre une douche et dormir sur place. Il est presque 21 heures et cela chahutent. J'ai du mal à lâcher prise. Je me sens responsable de ce désordre : d'avoir amener la petite famille jusqu'ici, de mettre les hospitalières dans une position délicate par rapport aux règles du gîte, vis-à-vis des autres pélerins pour le bruit. Je lis un peu pour me changer les idées. Cela se calme. Je sens que j'ai besoin de repos après cette journée. Je décide de m'accorder une petite grasse matinée et de partir plus tard demain matin.


Aline Lourtie

03 octobre 2023

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