J38 - Monreal - Puenta la Reina
- Aline Lourtie
- 7 oct. 2023
- 5 min de lecture
Longueur de l'étape: 30,98 km
Total parcouru: 899,91 km
Débout vers 5h30. Je ne suis pas la seule lève tôt. Julian, un autre pélerin est également debout. Je me prépare rapidement et me mets directement en route. Je dejeunerai en chemin. L'étape est longue et la journée s'annonce chaude. Tous les km fait au frais sont bons à prendre.
L'étape se passe en douceur. Beaucoup de petits sentiers comme je les aime, des parties boisées. Aujourd'hui, c'est ma dernière étape sur la Voie d'Arles. A partir de Puenta la Reina, j'entamerai el Camino Francès. Puenta la Reina est le premier objectif que je me suis fixé et c'est aussi la moitié du chemin. Compostelle je rapproche et devient de plus en plus concret et accessible. Je me perds dans mes pensées. J'ai envie de proposer à mes connaissances de venir faire les derniers kilomètres avant Compostelle avec moi. Je me projette beaucoup. De temps en temps, je me raisonne et essaye de rester dans le moment présent et de profiter de l'étape du jour. J'essaye de voir chaque pas sur le chemin et pas la destination mais c'est parfois difficile. Il y a une certaine impatience qui s'installe. Ainsi que de la fatigue.

Je me trouve un chouette endroit pour la pause de midi et je m'assieds au pied d'un arbre. C'est tellement agréable. Quand je reprends la route, il me reste à peine une dizaine de kilomètres à faire. La marche de l'après-midi est plus difficile à cause de la chaleur. Je suis attentive à faire de petites pauses et à bien m'hydrater.
Quand j'arrive à l'auberge de Puenta la Reina, c'est le choc ! Il y a une foule de pélerins à l'entrée. Je dois faire la file pour m'inscrire. Cela ne m'est jamais arrivé. C'est une auberge de 100 places. L'hospitalier est agité et semble un peu perdu avec tout ce monde. Certains pélerins perdent patience et s'en vont. Ce ne sont pas les auberges qui manquent à Puenta la Reina. C'est une étape importante du Chemin de Compostelle de nombreuses route sy' rejoignent: la voie d'Arles, la voie de Tours, la voie du Puy-en-Velay et la voie de Vézelay. Je suis dans un tout autre monde et me sens complètement perdue.
Je peux enfin m'inscrire et à aller m'installer. Il s'agit de dortoir de 8 personnes. La chambre est petite. Nous n'avons pas beaucoup d'espaces pour poser nos affaires. Je file vite sous la douche en espérant qu'il n'y aura pas de file. Je me dépêche pour ne pas mobiliser la douche trop longtemps et laisser la place aux autres. Après avoir préparer mes affaires, je m'enfuis de l'auberge.
Les rues sont aussi bien animées. Il semble y avoir des pélerins partout. Je ne m'attendais pas à cela. Je vois beaucoup de bars et de restaurants ouverts mais pas de magasins. Normal, nous sommes dimanche. Je finis pas trouver une petite épicerie. Je fais mes provisions. Je m'achète aussi une glace. Envie de frais et de sucré pour me réconforter. Je sens que je ne suis vraiment pas bien. Je trouve un endroit tranquille pour me poser. Je suis à l'ombre, pourtant, je meurs de chaud. Je transpire.
Je rentre à l'auberge pour manger. La cuisine est disponible. Nous sommes seulement 2 à l'utiliser. Heureusement, car elle n'est pas très grande et déjà à deux on se marche un peu dessus. Je me prépare de la soupe et un plat de riz et m'installe dans le réfectoire. Je me sens toute petite et complètement perdue. Qu'est ce que je fais là ? Je ne sais pas où me mettre et ne trouve pas ma place. Cela me fait peur pour la suite. Est-ce que cela va être comme cela tout le long du chemin ? Si oui, est-ce que je vais réussir à m'adapter ? Je suppose que cela ne va pas s'arranger à l'approche de Compostelle. J'ai un peu discuté avec une pélerine française qui partage le même dortoir que moi. Elle a démarré à Saint-Jean-Pied-de-Port. Elle m'explique qu'il y a beaucoup de monde sur le Chemin. Apparemment, deux pélerines n'ont pas réussi à trouver de logement à Pampelune. J'ai l'impression de devenir livide en entendant cela. J'ai juste envie de m'enfuir. Cela amène une autre ambiance. Un truc énorme, avec beaucoup de monde. Il y a un aspect touristique qui ne me plaît pas et j'ai peur de perdre le côté spirituel. Fini les gîtes en solitaire, les repas sympas à 4-5. Fini les verres d'accueil et les repas préparés par les hospitaliers. Fini aussi l'intimité, l'espace privé, le calme, le silence.
Je regarde autour de moi et je vois beaucoup de groupes de jeunes et moins jeunes. Cette agitation ne semble déranger personne. Tout le monde semble très à l'aise et passe du bon temps. Une jeune fille m'interpelle en anglais et me demande si je veux l'accompagner elle et son groupe d'amis à la rivière. Je décline l'invitation poliment.
Vers 19h, je me rends à l'église pour assister à la messe des pélerins. L'église Saint-Jacob est magnifique. J'y retrouve Regio et Daniela. Ils sont dans la même auberge que moi. Ils m'invitent à m'installer près d'eux. Je suis touchée par cette attention. La messe est en espagnol. Je ne comprends pas tout ce que le prêtre raconte. Je me « raccroche » à tous les rituels (prière de l'eucharistie, le Notre-Père, ...). Il s'agit d'un jeune prêtre. Il est chaleureux. Il me touche même si je ne comprends pas son discours. Je ne me sens pas très bien pendant la messe : j'ai chaud, je transpire, j'ai une douleur aiguë qui irradie dans l'omoplate et se diffuse dans toute l'épaule. J'ai du mal à rester debout et j'ai l'impression que je vais faire un malaise. Cela finit pas se dissiper. Je retrouve un peu de calme et de paix et je peux apprécier le moment. A la fin de messe, il y a une bénédiction des pélerins. Nous sommes invités à aller devant l'autel. Nous recevons une carte avec la prière de Saint-Jacques ainsi qu'un pendentif que le prêtre nous passe autour du cou. C'est un beau moment. Le prêtre tamponne ensuite notre crédentiale. Comme je ne l'ai pas avec moi, je lui demande de mettre le tampon sur la carte que je viens de recevoir.
Après la messe, je reste u moment pour prier devant la statut de la Vierge. Je me sens plus calme et plus sereine quand je rentre à l'auberge. Certains de mes compagnons de chambre sont déjà couchés. Je ne tarde pas à faire de même. J'essaye de faire le moins de bruit possible en montant dans mon lit. Ce n'est pas facile. Dès que je bouge, le lit grince. Je me demande comment je vais réussir à être discrète et à ne pas réveiller les autres demain matin. Je m'endors rapidement.
Aline Lourtie
08 octobre 2023













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