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J35 - Jaca - Arrès

Longueur de l'étape: 25,51 km

Total parcouru: 816 km


Je me suis endormie rapidement et je n'ai pas entendu les autres rentrer. Je descends déjeuner pour ne pas déranger. Quand je remonte pour préparer mon sac, Regio et Daniela sont debout et tout le dortoir est allumé. Pas certain que cela plaise aux espagnols qui dorment encore.


Paysage entre Jaca et Arrès en Espagne

Je me mets en route vers 7h. Comme hier, j'emprunte des petits sentiers qui longent la nationale. Ma cheville droite est toujours douloureuse. J'espère que je ne suis pas en train de forcer dessus. J'essaye de marcher normalement, sans boiter pour ne pas compenser avec l'autre cheville. Je me sens fatiguée physiquement et mentalement. J'ai du mal à me raccrocher à l'instant présent et aux paysages. J'écoute de la musique pour m'aider à avancer, me couper du bruit des voitures et me remonter le moral. Je suis dans ma bulle. Je sens tout mon cafard qui remonte. Je pleure. Je me sens seule. Je remarque que, depuis Toulouse, les pélerins que je croise marchent à 2 ou 3. Cela accentue ma solitude. Avec Regio et Daniela, nous nous retrouvons à chaque étape depuis Sarrance mais nous ne parlons pas à cause de la barrière de la langue. Ils restent dans leur coin et moi dans le mien. C'est parfois dur à vivre. Je souffre aussi du manque de contact physique.


Chemin bordé de petit monticules de pierre

Ma vision du Chemin est bien négative aujourd'hui. Beaucoup de choses m'insupportent et beaucoup de choses me manquent. J'ai hâte de revoir la famille, les amis, les ColibrYs, de masser, faire du yoga, reprendre la formaion RAT. Tout cela me manque. J'ai le coeur lourd. Je reçois un message d'une amie qui me dit qu'elle pene à moi. Bouffée d'amour dans mon coeur. Je lui réponds en lui disant que son message tombe à pic, que j'en ai bien besoin. Elle me répond que mon absence lui fait prendre conscience de notre lien d'amitié. Cela me touche et me fait pleurer davantage.


Je fais des rencontres sur le chemin. Elles sont intenses, parfois superficielles mais toujours éphémères. J'aimerais pouvoir partager le chemin avec des gens que j'aime, qui comptent pour moi. Cela m'amène à réfléchir. J'ai envie de consolider, de renforcer mes liens d'amitié. J'ai déjà tout ce qu'il faut en Belgique. Je n'ai plus envie de m'enfuir, d'être ailleurs. J'ai envie de m'engager vraiment dans ce que je fais, d'y rester. J'ai aussi envie de m'engager dans une relation amoureuse. J'ai envie de partage, de connexion de toucher et d'être touchée. Tout cela vient remuer le sentiment de solitude déjà présent en Belgique.


Un peu plus loin, le chemin se corse : ronces, arbres morts, buissons épineux. Je ne vois plus le chemin ni de balises. Je suis peut-être perdue. D'après le GPS, je suis sur la bonne voie. Ma cheville en prend un coup. Je sors de ce tronçon fatiguée, avec quelques égratinures et surtout bien énervée. Là, j'ai envie de tout plaquer. Je suis contente de retrouver des sentiers sans embûches. Je voulais me rendre directement à Arrès, sans pause midi. Mais, là, j'ai besoin de m'arrêter. Je me trouve un endroit sympa près d'une rivière. Je n'ai pas spécialement envie de manger. Je suis nouée.


Je me remets en route d'un bon pas. La pause a fait du bien. Le chemin s'est éloigné de la route. C'est plus agréable. J'arrive à Arrès, un joli petit village avec des maisons en pierre. Le chemin arrive directement à l'auberge où je suis accueillie par Juan et Gilberto, deux adorables papys. Juan m'aide à enlever mon sac et Gilberto me sers un verre de jus de citron bien frais avec un morceau de chocolat. Deux petites choses toutes simples mais que je reçois comme un cadeau précieux. Je comprends parfaitement Juan et Gilberto quand ils me parlent. Ils sont attentifs à ne pas parler trop rapidement. J'ai plus de difficulté à parler. Je ne trouve pas mes mots, je m'embrouille, ... Voyant mes difficultés, Juan me dit « Tranquila, tranquila ».



Régio et Daniela arrivent au gîte. Je m'installe dans un dortoir et le couple d'italien va dans un autre. Je serai donc seule pour dormir. Nous avons rendez-vous à 19h avec Juan et Giberto pour une visite guidée du village puis nous mangerons tous ensemble. Je prends le temps de m'allongée. Le moral est un peu remonté mais je suis épuisée et ma cheville est douloureuse.


Régio vient me trouver. Apparemment, le gite de la prochaine étape est complet car il y a une fête important ce jour-là. Le prochain logement se trouve à 40 km. Je pâlis. Je ne me sens pas du tout capable de marcher 40 km. Juan nous propose d'aller à pied jusqu'à Artieda. Puis de prendre un taxi jusqu'à Undues de Lerda et de terminer l'étape à pied jusque Sangüeza. Ce qui fait une étape de 26 km et cela nous fait gagner un jour de marche. Je laisse la petite voix qui crie « tricheuse » de côté. C'est une bonne solution. Juan s'occupe de nous réserver un taxi et l'auberge. Je suis soulagée de ne pas devoir m'occuper de ça et de savoir où je vais dormir demain.


Coucher de soleil sur le village d'Arrès en Espagne

Nous partons ensuite visiter l'église. Elle est toute petite et tombe en ruine. C'est dommage car elle est adorable. Nous visitons ensuite la Tour de Garde. Il y a une vue magnifique de là où nous sommes. C'est le moment des selfies. C'est sympa cette petite visite. Juan et Gilberto me font beaucoup de bien.



Nous rentrons à l'auberge. Regio et Daniela cuisinent des pâtes avec des tomates, des oignons et de l'ail le tout accompagné d'une salade de tomates, de carottes et de thon. ke repas est servi avec un verre de vin. Je me régale et je savoure cette soirée en bonne compagnie. Le dessert a été préparé par Gilberto : un succulent riz au lait. Pendant le repas, Regio, Daniela Juan et Gilberto parlent de leurs enfants de leurs petits-enfants et me montrent des photos. Je leur dit que j'ai presque le même âge que leurs enfants. Juan me dit « Tu eres como nuestra hija a todos ». Je suis extrêmement touchée par ces mots et par ces deux anges gardiens qui ont croisé mon chemin. Je suis comme une petite fille entourée de ses deux papys. Bien que nous ne nous connaissions pas, il y a de la tendresse, de la douceur et une certaine complicité.


Le repas se termine par un Amaretto. Je passe mon tour. Je monte me coucher. Quelle belle soirée ! Je suis quand même contente de retrouver mon lit. Je m'endors rapidement et sereinement.


Aline Lourtie

05 octobre 2023


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