J39 - Puenta la Reina - Ayegui
- Aline Lourtie
- 8 oct. 2023
- 3 min de lecture
Longueur de l'étape: 22,28 km
Total parcouru: 922,19 km
A partir de 3-4 heures du matin, je ne cesse de me réveiller, changer de position, ... je décide de me lever vers 5h. Je me mets en route directement après avoir mangé et fais mon sac. Je fuis l'auberge. D'autres personnes sont déjà sur le chemin.
J'en dépasse plusieurs pélerins. Il y a une belle montée pour débuter l'étape. Je ne m'y attendais pas. Elle me mets un peu KO. Je me mets la pression pour avancer car j'ai juste envie de fuir le monde. Je n'aime pas être rattrapée par d'autres pélerins. Et quand j'en dépasse, j'accelère pour mettre de la distance. Bref, je ne marche pas du tout à mon rythme. Il y a une sorte de compétition. Pas pour être la meilleure mais pour mettre de la distance. entre le reste du monde et moi. Un désir de me retrouver seule.

Je décide de m'arrêter plus loin que Estrella qui est l'étape que j'avais prévue à la base. J'espère ainsi trouver une auberge avec moins de monde. J'arrive à réserver un lit. je suis rassurée d'avoir un endroit où dormir. Par contre, je me sens épuisée et oppressée. C'est difficile de ne pas pleurer.
Le chemin n'est pas difficile mais j'ai mal partout. Je serre les dents et les mâchoires. Tout est contracté. Tout est tendu. Les personnes que je dépasse ont toutes l'air sereines et de profiter du moment. Ce n'est pas du tout mon cas. Pourquoi ne suis-je pas capable de faire la même chose ? Pourquoi je me mets autant de pression ? Pourquoi je me sens oppressée par les autres ? Pourquoi est-ce si difficile de m'ouvrir aux autres, de les laisser entrer dans ma bulle, de lâcher prise ? Cela me ramène à des événements que j'ai vécus en secondaires et en Equateur. Je m'en veux. Je culpabilise de retomber toujours dans les mêmes schémas et questionnements. Cela devient de plus en plus récurrent.
Toutes ces ruminations affectent très fort ma marche. Je le sens. Je décide de lâcher prise, de regarder autour de moi, de profiter des paysages, de sortir de ma tête, de respirer, de faire des pauses et de ralentir. Cela semble fonctionner. Je sens que mon corps commence à se détendre et je retrouve une sorte de sérénité. Cela me fait du bien.

J'arrive à Estrella. Il est à peine 11h. Je prends le temps d'aller visiter l'église. J'allume un cierge à Saint-Jacques et lui demande de m'aider à trouver plus de paix sur le chemin. Une gentille dame vient me proposer d'aller visiter le cloître et de tamponner ma crédentiale. J'accepte avec plaisir. Lorsque je récupère mon sac, un monsieur m'offre un flèche jaune « pour ne pas me perdre » me dit-il. Je vois cela comme un signe de Saint-Jacques. Je ressors de l'église calme et posée.
Il me reste seulement 2 km avant d'arriver à l'auberge. Je suis la première à arriver. Il y a 3 dortoirs : 2 dortoirs de 16 lits et 1 avec 10 lits. Je suis dans un dortoirs de 16 lits. Le dortoir est grand et il y suffisamment de place pour ranger nos affaires et se déplacer entre les lits et dans le dortoirs (pas comme hier). Je m'installe tranquillement. Je suis plus disposée à accueillir d'autres personnes dans ces conditions. Le temps de prendre ma douche, un autre pélerin est arrivé. Il s'appelle Robert. Il vient du Canada et a commencé le chemin à Saint-Jean-Pied-De-Port. Il parle anglais et français. Je vais faire un tour et m'installe dehors pour diner et écrire. Je prends le temps de répondre à Florent que j'ai rencontré en France près de Toulouse.
Quand je rentre à l'auberge, je croise un groupe d'asiatique. Ils sont installés dans un autre dortoir. Dans mon dortoir, il y a une autre jeune fille très calme et silencieuse. Elle semble avoir besoin de son espace. Je comprends très bien cela et je respecte son besoin. Il n'y a pas de possibilité de cuisiner. Par contre, la cafétaria propose des menus pélerins. Je vais donc manger là-bas ce soir. Au menu : salade, poulet et frite et crème au chocolat comme dessert. Ce n'est pas de le grande cuisine mais cela convient parfaitement à mon estomac affamé. Je viens de manger mon tout premier menu pélerin. Il y en aura beaucoup d'autres.... Je savoure un bon chocolat chaud avant d'aller lire quelques pages de mon bouquin dans mon lit. Je passe une très bonne nuit. La première depuis bien longtemps.
Aline Lourtie
09 octobre 2023









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