J43 - Azofra - Tosantos
- Aline Lourtie
- 12 oct. 2023
- 5 min de lecture
Longueur de l'étape: 38 km
Total parcouru: 1038,51 km
Jai super bien dormi. Je me lève vers 5h30-6h. Il y a déjà pas mal d'animation et plusieurs pélerins sont déjà prêts à partir dont Claire, la pélerine de Virginie que j'ai croisé à Sansol. Je prends le temps de déjeuner. J'ai encore la chance de voir une étoile filante. Je me sens en forme et bien dans ma marche. Je prends beaucoup de plaisir à marcher dans la nuit et à être seule. Je croise quelques pélerins mais j'ai aussi de long tronçons sans voir personne. Je regarde la longue route en ligne droite devant moi et j'ai la sensation que tout est possible et que le monde s'ouvre devant moi.J'ai envie de marcher jusqu'à aller toucher le bout de l'horizon. Rien ne peut m'arrêter aujourd'hui. C'est grisant. Je décide d'allonger mon étape. Le chemin est facile et je m'en sens capable.
Comme je longe la route, je mets mes écouteurs pour me couper du bruit. La musique me motive encore plus. Je suis dans ma bulle. Cela me permet aussi de me couper du flot des pélerins qui est devenu plus important au fur et à mesure de la journée. J'avance vite et ne me sens pas fatiguée. J'ai envie de danser et de chanter et même de courir. Je me sens comme une petite fille. Je ne sens plus le poids de mon sac à dos. Niveau de la météo, le soleil du matin a fait place à un ciel nuageux et le vent s'est levé mais la température reste agréable. Malgré quelques rafales de vent en pleine figure, mon énergie est toujours là. J'ai même la sensation que le vent me porte et je joue avec le vent. C'est tellement gai.

J'ai profité d'une chouette pause de midi à Viloria de Rioja. Plusieurs pélerins y étaient. Cela m'a dérangé au début puis j'ai lâcher prise. J'ai juste profité. Avec la musique dans les oreilles, je continue d'avancer d'un bon pas. Je me tracasse de ne pas trouver de magasin sur le chemin. Je dois aussi aller aux toilettes mais il n'est pas vraiment possible de faire pipi nature. Heureusement, je trouve une station essence avec des WC. Je peux donc à la fois faire des courses et me soulager la vessie. Je remercie l'Univers. Je suis complètement détendue pour faire les derniers kilomètres.
J'arrive à l'auberge tout sourire malgré la fatigue. Je viens quand même de marcher presque 40 kilomètres. Je suis accueillie par 6 ou 7 hospitaliers. Je me sens tout à coup perdue face à tout ce monde. Après m'être inscrite, les hospitaliers me présente l'horaire et le fonctionnement de l'auberge. A 17h, visite de la chapelle dans la roche. A 18h30, préparation du repas commun. A 20h repas puis prière commune. Il y a un couvre feu à 23h et jusqu'à 6h30 le lendemain, c'est silence. Le petite déjeuner est à 7h. J'explique que je ne déjeunerai pas avec eux car je pars en générale vers 6h30. Cela jette un froid. Ce n'est pas la politique de la maison de se lever avant 6h30. Je comprends que cela les dérange car le plancher grince et je risque de déranger les autres occupants. J'essaye d'expliquer que je me réveille quasi tous les jours entre 5h et 5h30. C'est mon rythme naturel. Je demande s'il est possible de venir lire dans le salon si je me réveille trop tôt. L'un des hospitaliers à l'air ok avec cette proposition mais cela semble rester problématique. Ce manque de flexibilité et d'ouverture me refroidi un peu même si je peux comprendre. Je me sens un peu prisonnière de cet horaire. Mais bon... J'accepte. C'est le fonctionnement de l'auberge. Je fais avec. Il y a tout un groupe de jeunes déjà installés dans le dortoir.
J'ai à peine le temps de prendre une douche et m'installer qu'il est déjà l'heure d'aller visiter la chapelle. J'ai encore de l'énergie et j'ai hâte de la découvrir. J'y vais en étant enjouée. La chapelle est magnifique. Elle me plait beaucoup.
Le coup de pompe arrive quand nous rentrons à l'auberge. Je n'ai pas vraiment le temps de me reposer car il faut descendre pour préparer le repas. Nous sommes 11 pélerins et il y a 6 hospitaliers. Cela fait beaucoup de monde dans cette petite auberge. Je galère à trouver ma place. J'ai la sensation d'être dans le chemin. Je n'ai rien à faire. Je n'ose cependant pas monter de peur d'être jugée. Je zone dans l'auberge sans savoir trop quoi faire et le temps me semble long. Je commence à avoir faim et à être fatiguée.
Le groupe est constitué de 4 coréennes, 2 espagnoles (qui parlent très bien français), 3 françaises et 1 hollandais qui parle aussi français. Nous discutons dans le salon. Cela me fait du bien de pouvoir parler français et de participer aux discussions même si je reste principalement en observatrice. Sandra, l'une des française explique qu'elle souhaite faire un film sur l'Amour Inconditionnel. Je souris intérieurement car je trouve son discours sur l'Amour Inconditionnel et sur l'Ego un peu naïf. Par contre, j'aime beaucoup le point de vue d'Arnold (le Hollandais). Je rejoins sa vision de l'ego. Je n'interviens pas. Il n'y a pas l'espace. Sandra prend beaucoup de place. Elle fait également une réflexion que je ne comprends pas vraiment et qui me blesse. Elle dit que la parole ouvre le coeur et que les personnes qui ne disent rien ont le coeur fermé. Je ne suis pas du tout d'accord avec cette réflexion. Il faut aussi une belle ouverture de coeur pour pouvoir écouter l'autre. Cela me met même un peu en colère. J'ai envie de lui dire qu'écouter est tout aussi important que parler. J'ai envie de l'emmener faire une méditation pour lui montrer à quel point le coeur peut s'ouvrir dans le silence et l'immobilité. Il est possible de dire beaucoup de chose sans parler.
Le repas tire en longueur. J'ai hâte de retrouver mon lit. Après le repas, la vaisselle et le ragement, c'est le temps de la prière. Nous nous retrouvons tous dans la chapelle de l'auberge. Cela va me faire du bien de retrouver du calme. C'est sympa car les prières, les chants et les lecture sont traduites dans chaque langue. Chacun de nous lit une partie de texte. Nous terminons la célébration en lisant des intentions qui ont été écrites par les pélerins précédents. Ce sont des prières pour des proches malades ou pour remercier. L'idée est d'emporter ces intentions avec nous sur le chemin et de les amener jusqu'à Compostelle. J'aime beaucoup la manière dont José (celui qui semble être le maître des lieux) présente le Chemin de Compostelle. Il parle de 3 choses importantes sur le Chemin : la solitude, le silence et le repos de l'esprit. Cette vision rejoint la mienne et cela me fait du bien de l'entendre.
Nous pouvons enfin aller nous coucher. Je m'effondre dans mon lit. Il est presque 23 heures alors que j'ai l'habitude d'aller dormir vers 21h. Tu m'étonne que je sois fatiguée après cette longue journée de marche. Je passe une bonne nuit remplie de rêves.
Aline Lourtie
13 octobre 2023



















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