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J44 - Tosantos - Cardeñuela Riopico


Longueur de l'étape: 28,49 km

Total parcouru: 1067 km


Sans suprise, je me réveille vers 5h. Je me force à rester au lit. C'est à peine si j'ose bouger. Vers 6h15, je décide de me lever et d'aller méditer dans la chapelle. Je retourne dans le dortoir vers 6h30 pour préparer mes affaires. Seules deux personnes sont levées. Le reste du groupe dors encore. Je fais mon sac dans le noir en essayant de faire le moins de bruit possible. Si j'avais su, je me serais mieux préparer la veille. Je descends vers 7h pour prendre le petit déjeuner. J'ai envie de silence. Je m'installe dans le salon pour boire mon thé en solo. Je me mets en route après avoir dis au revoir aux hospitaliers. Je râle un peu de partir aussi tard. J'essaye de voir le bon côté en me disant que je macherais moins longtemps dans le noir. Je profiterais davantage des paysages.


Un croix enmétal au dessus des tas de pierres

Je croise déjà pas mal de pélerins sur la route. Je me sens moins en forme qu'hier. Il y a quelque gouttes de pluie. Je m'équipe pour affronter la pluie et 5 minutes plus tard, il ne pleut déjà plus. A partir de Villafranca, il y a une belle montée sur plusieurs kilomètres. J'arrive au bout fatiguée. Je suis contente de retrouver le plat. Il y a de nombreux pélerins. J'ai la sensation d'être prise dans un flow et de ne pas arriver à me détacher de ce peloton. Je suis impatiente d'arriver à San Juan de Ortega car, je suppose que plusieurs pélerins vont s'arrêter là pour manger. Je m'attendais à arriver dans une grande ville. Pas du tout. C'est un tout petit bled avec deux bars remplis de pélerins et un monastère. Je suis contente de continuer ma route avec un peu moins de monde autour de moi.


Il est déjà midi. J'ai la sensation de ne pas avancer. Je commence à fatiguer et à avoir faim. La pause va faire du bien. J'avais prévu d'attendre d'arriver à Agés avant de faire une longue pause. Mais je n'ai pas le courage d'aller plus loin. Je me trouve un coin sympa au bord du chemin. Il fait sec et j'ai même la chance d'avoir quelques rayons de soleil malgré un ciel nuageux. Pendant ma pause, un troupeau de pélerins passe devant moi. Je pense que c'est tous ceux qui étaient à San Juan de Ortega et qui m'ont rattrapé. Je suis dépitée.


Soleil entre les arbres

Le repas m'a fait du bien. J'ai un peu plus d'énergie mais la route me semble encore longue. Mon sac est lourd. J'essaye de le régler comme je peux pour que cela soit le plus confortable possible pour mon dos, mes hanches et mes épaules. J'ai des tensions au niveau des épaules et plus particulièrement dans l'omoplate gauche. Je sens aussi que je ne bois pas assez. Je ne prends pas le temps de faire des pauses pour m'hydrater.


Arrivée à Agés, j'espère trouver un magasin. J'ai besoin de faire quelques réserves car, demain, c'est dimanche, les magasins seront fermés. Je ne trouve rien. Il y a de nouveau beaucoup de monde. Je suis contente de quitter la ville. Je retrouve d'autres pélerins un peu plus loin. C'est la première fois que je ne suis jamais seule pour marcher et qu'il y a toujours quelqu'un devant ou derrière moi. J'espère qu'ils ne vont pas tous au même endroit que moi. Ce n'est qu'à la fin de l'étape que je me retrouve un peu seule. Je termine par une belle montée. Je suis épuisée. J'ai la sensation que la journée est bien avancée alors qu'il n'est que 15h. Pour mencourager, j'écoute un peu de musique. Cela m'aide pour les derniers kilomètres.



Durant cette étape, j'ai repensé à la conversation d'hier et aux propos de Sandra concernant la parole et l'Ego. Je l'ai trouvé niaise et jugeante. Je me dis que, moi aussi, je suis niaise et jugeante. J'ai aussi des idées toutes faites même si j'essaye un maximum de parler de mes propres expériences et de ne pas généraliser. Je me rends compte que je me suis mise dans une position de supériorité en me disant « Moi, je sais » ou « J'ai plus d'expérience qu'elle. » Mais que sais-je vraiment ? Pas grand chose. Je reste quand même convaincue de l'importance de l'écoute et des silence dans l'ouverture du coeur. En tout cas, moi, cela m'aide. J'ai envie d'écrire là-dessus mais je ne sais pas si j'aurais le courage de le faire ce soir. Il y a beaucoup de réflexions qui émergent sur le chemin. Je n'ai pas toujours l'occasion ou le courage de les noter dans mon carnet. Je les oublie. C'est dommage. J'arrive bientôt au bout de mon second carnet de note. Je doute que j'en trouverais un nouveau sur la route. Je testerai donc les enregistrements. Peut-être que cela m'aidera à mieux retranscrire mes pensées et ce qu'il se passe sur le Chemin.


Au niveau des paysages, il y a de nouveau de grandes étendues de champs et des chemins tortueux dans des forêts de pins et de chênes. C'est gai de retrouver des arbres. En fin de parcours, un chemin de cailloux et de rochers comme en montagne. Au-dessus de la montée, une grande étendue de rien. C'était magnifique ! Malgré le temps nuageux, j'ai pris quelques belles photos.


Paysages près de Tosantos en Espagne

L'endroit où je m'arrête est un petit bled. Il y a trois auberge. Je choisis celle où il me semble y avoir le moins de monde. Je suis dans un dortoir de 5 personnes avec un autre pélerin. Je retrouve Arnold, le Hollandais rencontré hier à Tosantos. La chambre est confortable. On dirait presque une chambre d'hôtel. Je m'installe à la cafétaria pour boire un thé à la menthe très sucré. J'ai besoin d'une bonne dose de sucre pour me remonter un peu le moral.


L'heure du repas arrive. La serveuse m'installe à un table avec 3 autres pélerins : Serge et Marie, un couple de français et un allemand (dont je n'ai pas compris le prénom). Le couple de français est parti du Puy-en-Velay. Ils marchent aussi depuis plus d'un mois. L'Allemand fait le Chemin pour la 3ème fois. Serge et Marie monopolisent la conversation. Ils se plaignent beaucoup. A nouveau, je me trouve jugeante. Je leur colle l'étiquette de pélerins Bobo qui s'offrent des restaurants tous les jours et qui vont dans des hôtels et/ou des auberges qui y ressemblent. J'ai un peu de mal à les trouver sympathiques et je me demande ce qu'ils font sur le chemin. Ils s'adressent à moi puisque je parle également français et ne semble pas se soucier de l'allemand ni du fait qu'il ne comprend pas le français. J'y pense et quelque fois, j'essaye de traduire en anglais. Cela me fatigue et je laisse vite tomber. En fin de repas, l'allemand prend la parole en anglais : « Hier, nous étions trois allemands et un américain à table. Nous avons parlé anglais tout le long du repas pour que chacun comprenne et puisse participer à la conversation. Vous, vous n'avez fait que parler français. Ce n'est pas très gentil. ». Il a tout à fait raison. Je suis touchée. Je me sens honteuse et je culpabilise de ne pas avoir fait plus d'efforts pour l'intégrer. J'ai les larmes aux yeux. Il se lève de table et s'en va. Je n'ai même pas le temps de m'excuser. Je reste seule avec Serge et Marie. Ils ne font aucune remarque par rapport à ce qui vient de se passer. Ils ne semblent pas affectés et font comme si de rien n'était. Ils commencent à me parler de leur expérience sur la Voie du Puy. Ils sont beaucoup plus ethousiastes lorsqu'ils parlent de la France.


Le repas était copieux. Quand je reviens dans la chambre, mes deux colocataires d'un soir sont déjà couchés et la lumière est éteinte mais ils ne dorment pas encore. J'en profite pour faire rapidement mon sac avant de me mettre au lit.


Aline Lourtie

14 octobre 2023

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