J55 - Ponferrada – Villafranca del Bierzo
- Aline Lourtie
- 25 oct. 2023
- 3 min de lecture
Longueur de l'étape: 23,44 km
Total parcouru: 1378,18 km
Malgré le confort de la chambre d'hôtel, je n'ai pas passé une bonne nuit. Ma cheville est douloureuse mais je ne me tracasse pas. Je me dis qu'il va falloir un peu de temps pour qu'elle se réchauffe et que cela ira mieux après. Je prends le temps de bien la masser.

Je me mets en route direction Trabadelo. Il fait sec quand je démarre. Le chemin longe la route. Il n'y a pas grand chose d'intéressant. Plus j'avance, plus ma cheville est douloureuse. Je transpire beaucoup. Je m'arrête sans arret pour enlever ou remettre ma veste. Ma cheville me fait de plus en plus mal. Je me fais à l'idée que faire 30 kilomètres aujourd'hui ne sera pas possible. J'essaye d'avancer un maximum et d'aller le plus loin possible. Je me dit que je vais m'arrêter à Villafranca del Bierzo pour faire une longue pause de midi. Je serai à la moitié du chemin.

Arrivée à Villafranca, impossible d'aller plus loin. J'ai beaucoup trop mal. Je sens ma cheville qui se bloque. J'ai peur qu'un tendon lâche. Je pense que c'est une tendinite. Je décide de m'arrêter à Villafranca del Bierzo et de prendre un hôtel là-bas.
Je suis en pleurs sur le chemin. Je suis déçue et j'ai mal. J'essaye de retenir mes larmes et de ne pas pleurer devant les autres pélerins. C'est difficile. C'est aussi pour cela que je veux aller à l'hôtel : pour avoir mon espace et pouvoir lâcher ce qu'il y a à lâcher sans pudeur. Je ne peux pas aller à l'hôtel avant 14h. Je vais manger un morceau dans un petit restaurant en attendant.

Quand j'arrive dans la chambre d'hôtel, je m'effondre. Je pleure toutes les larmes que je retiens depuis ce matin. Je pleure de douleur. Je pleure de colère. Colère contre moi-même de ne pas m'avoir écouté, d'avoir voulu aller trop vite. Je pleure aussi de déception en prenant conscience que je vais devoir réduire la cadence ou arrêter. Je ne suis pas bien du tout.
La chambre d'hôtel est spacieuse et il y a même une baignoire. Je profite d'un bon bain d'une heure tout en continuant à pleurer toutes les larmes de mon corps. Je vais demander des glaçons à la réception. Je donne quelques nouvelles sur FB et explique ma situation. Le fait d'écrire et d'avoir discuter avec Maman m'amène de l'apaisement. Je commence à me calmer. Le reste de la journée, je me repose. J'essaye de ne pas trop bouger et de prendre soin de ma cheville. Je descends juste à la pharmacie qui est juste à côté de l'hôtel pour acheter de quoi soulager la douleur.
Je n'étais pas très motivée à l'idée de sortir pour manger. Je n'ai pas vraiment le choix car il n'est pas possible de manger à l'hôtel et je n'ai plus grand chose de correcte comme réserve de nourriture. Je prends donc mon courage à deux mains et trouve un petit restaurant pas trop loin. Dès que j'ai fini le repas, je rentre à l'hôtel et me couche. Je suis épuisée physiquement et émotionnellement. Je suis à bout.
Dans un demi sommeil, la pensée de m'arrêter ici me traverse l'esprit. Elle arrive de manière posée, sans culpabilité, sans remords ou regrets. C'est comme si cette décision était sereine et alignée.
Aline Lourtie
25 octobre 2023



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