J46 - Hornillos del Camino – Itero de la Vega
- Aline Lourtie
- 15 oct. 2023
- 3 min de lecture
Longueur de l'étape: 26,82 km
Total parcouru: 1125,62 km
Je me réveille tôt. Allongée dans mon lit, je prends le temps de méditer. J'entends les autres qui commencent à se lever. Je reste dans ma méditation. Cela me fait du bien. Une fois levée, je me prépare rapidement et je quitte rapidement l'auberge. Envie de quitter cet endroit et de mettre de la distance entre moi et les autres.
Aujourd'hui, j'ai un peu plus de mal à marcher dans le noir. Il fait humide. Je ne me rends pas tout de suite compte qu'il pleut. Je m'équipe un peu tard. Heureusement, je n'ai pas froid et il n'y a pas de vent. Je suis suprise quand j'arrive à Hontanos. Je ne m'attendais pas à être déjà là. Je fais une pause dans un bar. Je savoure un croissant, un pain au chocolat et un chocolat chaud. Cela faisait longtemps que je n'avais plus mangé un petit-déjeuner comme cela. Je me régale.

Quand je me remets en route, il ne pleut presque plus. Les kilomètres défilent. J'avance vite sans m'en rendre compte. Je marche avec beaucoup de facilité et l'humidité ne me dérange pas. Cela me fait du bien d'avoir un peu de fraicheur. De plus, la terre est plus meuble ce qui amorti mes pas et fait du bien à mes genoux et mes chevilles. Il y a de bonnes odeurs de terre et des couleurs automnales. La Meseta est splendide. Je me sens bien dans ce paysage. Tout me semble possible. J'ai envie d'aller toucher l'horizon. Je me sens à la fois toute petite et à la fois très grande. J'ai une sensation de liberté. Je ressens beaucoup d'émotions que je n'arrive pas à décrire ou à nommer. Je suis tellement heureuse d'être là. Cela me réconcilie un peu avec l'Espagne. Jusqu'à présent, j'étais un peu déçue des paysages. Cela redonne du sens et de la motivation pour la suite du chemin. J'espère que je ne vais pas me lasser et qu'il y aura d'autres beaux endroits.
Il n'y a presque pas de pélerins sur la route aujourd'hui. Quel plaisir de marcher seule avec moi-même. Cette journée me semble parfaite et peut-être l'une des meilleures que j'ai passé depuis que je suis arrivée en Espagne. J'arrive à Itero de la Vega vers 14h. Je suis un peu frustrée de déjà m'arrêter de marcher. J'hésite à aller jusqu'au village suivant qui se trouve à 8 km. Mais j'ai peur que les auberges soient toutes complètes quand j'arrive. Je sens aussi que mes pieds sont un peu fatigués. C'est donc plus raisonnable de m'arrêter ici.
L'auberge est sympa. Je m'offre la demi-pension avec une chambre de 3 lits (et pas le dortoir), souper et petit déjeuner. Cela coûte un peu plus cher mais j'ai besoin d'un peu de confort aujourd'hui. J'espère que je vais rester seule dans la chambre. Mais c'est utopique. Je suis rapidement rejointe par deux autres personnes. Pas grave. Je lâche.

Demain, je vais essayer de ne pas partir trop tôt. L'étape fait 23 ou 27 km. Comme j'ai un bon rythme, elle peut être vite terminée. Inutile de partir aux aurores. Je me sens bien dans l'auberge et je pourrai ainsi profiter du petit déjeuner. Cela me semble parfait comme programme. Comme d'habitude, petite routine d'arrivée : installation, douche, donner des nouvelles, préparation de l'itinéraire du lendemain, un peu d'écriture. Puis je descends dans le réfectoire pour prendre un thé et me réchauffer. J'ai un peu froid. Mon pull est humide. Je m'installe pour lire. Un groupe de jeunes arrive vers 18h. Le réfectoire se remplit au fur et à mesure. Il y a tout d'un coup beaucoup d'agitation. Nous sommes 15 au total. La salle est petite et résonne. A ma table, tout le monde parle anglais. Je suis en bout de table et j'ai du mal à me raccrocher à une conversation. Le bruit me dérange et me fatigue. Je suis impatiente que le repas se termine pour pouvoir retrouver le calme.
Dès que le repas est terminé, je file me réfugier dans ma chambre. Je discute un peu avec ma voisine de lit. Elle est Québécoise et a commencé le chemin à Saint-Jean-Pied-de-Port. Elle aimerait aller jusqu'à Fisterra mais elle doit être rentrée pour le 14 novembre. Elle n'est pas certaine d'y arriver à temps. Les autres pélerins font beaucoup de bruit. Cela discute. Cela boit. Ils font la fête dans le réfectoire. Cela m'énerve. Je sens que je n'ai pas du tout la même vision du Chemin que je vois comme quelque chose de calme, silencieux, intérieur et solitaire. J'ai la sensation que les autres ne sont là que pour faire la fête. Tout ce bruit. Je trouve que c'est un manque de respect. Je m'endors fâchée contre tous ces gens irrespectueux.
Aline Lourtie
16 octobre 2023









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