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- J55 - Ponferrada – Villafranca del Bierzo
Longueur de l'étape: 23,44 km Total parcouru: 1378,18 km Malgré le confort de la chambre d'hôtel, je n'ai pas passé une bonne nuit. Ma cheville est douloureuse mais je ne me tracasse pas. Je me dis qu'il va falloir un peu de temps pour qu'elle se réchauffe et que cela ira mieux après. Je prends le temps de bien la masser. Je me mets en route direction Trabadelo. Il fait sec quand je démarre. Le chemin longe la route. Il n'y a pas grand chose d'intéressant. Plus j'avance, plus ma cheville est douloureuse. Je transpire beaucoup. Je m'arrête sans arret pour enlever ou remettre ma veste. Ma cheville me fait de plus en plus mal. Je me fais à l'idée que faire 30 kilomètres aujourd'hui ne sera pas possible. J'essaye d'avancer un maximum et d'aller le plus loin possible. Je me dit que je vais m'arrêter à Villafranca del Bierzo pour faire une longue pause de midi. Je serai à la moitié du chemin. Arrivée à Villafranca, impossible d'aller plus loin. J'ai beaucoup trop mal. Je sens ma cheville qui se bloque. J'ai peur qu'un tendon lâche. Je pense que c'est une tendinite. Je décide de m'arrêter à Villafranca del Bierzo et de prendre un hôtel là-bas. Je suis en pleurs sur le chemin. Je suis déçue et j'ai mal. J'essaye de retenir mes larmes et de ne pas pleurer devant les autres pélerins. C'est difficile. C'est aussi pour cela que je veux aller à l'hôtel : pour avoir mon espace et pouvoir lâcher ce qu'il y a à lâcher sans pudeur. Je ne peux pas aller à l'hôtel avant 14h. Je vais manger un morceau dans un petit restaurant en attendant. Quand j'arrive dans la chambre d'hôtel, je m'effondre. Je pleure toutes les larmes que je retiens depuis ce matin. Je pleure de douleur. Je pleure de colère. Colère contre moi-même de ne pas m'avoir écouté, d'avoir voulu aller trop vite. Je pleure aussi de déception en prenant conscience que je vais devoir réduire la cadence ou arrêter. Je ne suis pas bien du tout. La chambre d'hôtel est spacieuse et il y a même une baignoire. Je profite d'un bon bain d'une heure tout en continuant à pleurer toutes les larmes de mon corps. Je vais demander des glaçons à la réception. Je donne quelques nouvelles sur FB et explique ma situation. Le fait d'écrire et d'avoir discuter avec Maman m'amène de l'apaisement. Je commence à me calmer. Le reste de la journée, je me repose. J'essaye de ne pas trop bouger et de prendre soin de ma cheville. Je descends juste à la pharmacie qui est juste à côté de l'hôtel pour acheter de quoi soulager la douleur. Je n'étais pas très motivée à l'idée de sortir pour manger. Je n'ai pas vraiment le choix car il n'est pas possible de manger à l'hôtel et je n'ai plus grand chose de correcte comme réserve de nourriture. Je prends donc mon courage à deux mains et trouve un petit restaurant pas trop loin. Dès que j'ai fini le repas, je rentre à l'hôtel et me couche. Je suis épuisée physiquement et émotionnellement. Je suis à bout. Dans un demi sommeil, la pensée de m'arrêter ici me traverse l'esprit. Elle arrive de manière posée, sans culpabilité, sans remords ou regrets. C'est comme si cette décision était sereine et alignée. Aline Lourtie 25 octobre 2023
- Douloureuse impatience
Aujourd'hui, le Chemin m'a appris une nouvelle leçon: apprendre à maîtriser mon impatience, mon esprit de compétition et mon ego pour mieux m'écouter. Plusieurs fois j'ai exprimé ma fatigue et le fait que je sentais que j'en demandais peut-être trop à mon corps. Il y a une semaine, j'étais malade. J'ai dû me freiner. Vous avez été nombreux à me conseiller de me reposer et à me mettre en garde contre les blessures. Plusieurs fois sur le Chemin j'avais conscience que je ne buvais pas assez, que je ne faisais pas assez de pauses. Oui, j'ai senti mais j'étais tellement impatiente. Impatiente d'éprouver la joie d'arriver à Santiago. Impatiente de rentrer en Belgique Impatiente de retrouver mon chez moi, la famille, les amis. Je me suis laissée guider par mon impatience et n'ai fini par n'écouter qu'elle. Me disant que plus vite j'y serai, plus vite je pourrais me reposer en Belgique. Hier, la journée a été difficile. Le chemin était compliqué: dénivelés avec rochers et cailloux en tout genre, de la boue et de la pluie. 34 km au total. J'étais épuisée et mes chevilles ont souffert. Aujourd'hui, je me remets en route. J'ai prévu une étape de 30 km. Ma cheville gauche est toujours douloureuse. Pas grave, c'est déjà arrivé et souvent, quand je me mets en mouvement, la douleur passe. Pas cette fois-ci... Plus j'avançais, plus c'était douloureux. J'ai eu plusieurs occasions de m'arrêter mais je m'étais fixé un objectif et je n'étais pas prête à le lâcher. Résultat, j'ai dû m'arrêter à Villafranca. Cheville trop douloureuse. Je n'étais plus capable de marcher. Tout le long du chemin, j'ai retenu mes larmes. Arrivée à l'hôtel, j'ai tout lâché. Je pleurais de douleur mais surtout de déception et de colère envers moi-même. Déception de voir mes plans (je me voyais déjà à Santiago dans une semaine) tomber à l'eau. Déception de me dire qu'il va falloir que je ralentisse et que cela recule mon retour Déception de me dire que je ne vais peut-être pas pouvoir aller à Santiago Colère d'être encore tombée dans le piège de l'ego, de l'impatience et d'avoir encore une fois dépasser mes limites, de ne pas avoir voulu écouter. Aujourd'hui, je dois apprendre à ralentir, à changer mes plans, à accepter que le Chemin va prendre une autre forme que celle que j'imaginais. C'est une leçon difficile à encaisser. Et je ne suis pas encore prête à l'accepter. Ma priorité, aujourd'hui, repos et prendre soin de moi et de ma cheville. Demain est un autre jour et j'aurai certainement les idées plus claires pour décider de la nouvelle forme que mon Chemin va prendre. Merci El Camino pour tes enseignements (même s'ils sont parfois douloureux). Aline Lourtie 25 octobre 2023
- J54 - Rabanal del Camino - Ponferrada
Longueur de l'étape: 34,64 km Total parcouru: 1354,74 km Je termine de préparer mon sac dans la salle à manger des pélerins pour ne pas déranger les autres dans le dortoir. Je profite pour déjeuner avec un thé, un fruit, des biscuits et un morceau de chocolat. Ces derniers jours, je constate que cela ne me réussit pas des masses de partir le ventre vide car je me fatigue plus vite. Je me mets en route vers 7h. Je croise Anne qui me dépasse. L'étape commence par un dénivelé dans des petites routes de pierrailles en pleine nuit. Ma lampe de poche commence à rendre l'âme. Il faut que je rachète des piles. Je glisse, je trébuche sur des pierres. J'avance lentement et péniblement. Ce qui est chouette, c'est que les paysages changent. Il y a plus de collines. Je peux apprécier un lever de soleil malgré les nuages. Il commence à pleuviner quand j'arrive à la Croix de Fer. Il y a déjà beaucoup de pélerins qui prennent des photos. J'attends patiemment mon tour. J'ai la chance de voir la Croix de Fer avec un magnifique arc-en-ciel. La route est compliquée : beaucoup de dénivelés et de boue. La route est glissante. Les chevilles en prennent un coup. J'ai froid. Je suis mouillée à cause de la pluie. Il y a un petit vent qui refroidit. Mes gants sont trempés et j'ai les mains gelées. Je sais que j'aurai fait la moitié de l'étape quand j'arriverai à El Acebo mais cela me semble interminable. Je me décourage. Je suis au bord des larmes car je n'en peux plus. Les sentiers sont étroits et il y a beaucoup de pélerins. Nous nous suivons en file indienne. Cela casse le rythm et ce n'est pas agréable pour marcher. Heureusement, les paysages sont beaux. Je relève la tête de temps en temps pour les admirer et en tirer du positif. Mon sac pèse sur mes épaules. La matinée est très compliquée. Vu les circonstances, je fais peu de pauses, je ne bois pas beaucoup. J'encaisse et je continue d'avancer. Fin de matinée, il s'arrête un peu de pleuvoir. Il y a quelques éclaircies avec un petit vent qui aide les vêtement à sécher même s'il est froid. Je continue à avancer. Je décide de faire une pause à midi même si ce n'est pas ce que j'avais prévu. Passer El Acebo, je m'arrête dans un bar pour manger. J'en profite pour réserver l'hôtel. J'ai déjà fait une vingtaine de kilomètres. Il m'en reste une douzaine. Le restaurant est vraiment sympa. Il n'y a pas beaucoup de monde. Je mange un délicieux spaghetti au légumes. Cela me fait beaucoup de bien. Cela me réchauffe. Mes vêtements sont un peu plus secs. Quand je reprends la route, j'ai un peu plus d'énergie et je suis un peu plus positive. Par contre, il se remet à pleuvoir. Une grosse pluie cette fois-ci. Et c'est parti pour une immense descente qui me parait interminable dans les pierres, le schiste. Mes chevilles se tordent, je glisse à cause de la boue. Je dégouline. Il y a une file de pélerins devant moi. Je ne sais plus regarder le paysages car je regarde mes pieds pour ne pas tomber. Je transpire en dessous de mon manteau. Je n'en plus plus. Je suis épuisée. Cela me semble durer des heures. J'ai la sensation de ne pas avancer. Je suis complétement découragée. La seule chose qui me maintien c'est le fait de savoir qu'une chambre d'hôtel m'attend à Ponferrada. Arrivée dans un village, la descente s'arrête et je retrouve la route. La fin de l'étape est difficile. Je suis trempée. Je suis ravie d'arriver à l'hôtel vers 16h. Je dépose mon sac et puis je vais faire des courses. J'ai envie de me faire plaisir et de manger du sucre. Quand je rentre à l'hôtel. Je suis claquée. J'avais mis le chauffage à fond avant d'aller faire les courses. Il fait bien chaud. Cela me permet de faire sécher mes vêtements. Je prends une douche bien chaude. Je me fait un bon massage des pieds, des chevilles et des genoux. Et puis c'est bouffe, lit, Netflix. J'envoie quand même quelques nouvelles. Je me mets également à jour dans mes mémo vocaux. Je n'ai pas eu la possibilité de les faire avant. Cest difficile de trouver un espace d'intimité dans les auberges. Je fais aussi mon itinéraire. J'avance plus vite que prévu. Suivant mon nouveau plan de route, qui prévoit des étapes de 30 km à chaque fois sauf pour les deux dernières, j'arriverai à Compostelle le 31 octobre. Cela signifie que je peux assister à la messe des pélerins le 01 novembre et peut-être voir le Botafumaro. Cela signifie aussi qu'il me reste une grosse semaine de marche avant d'atteindre mon but et de rentrer en Belgique. Donc, c'est ma dernière semaine. Tant mieux car je n'en peux plus. Hier, j'ai reçu un petit message d'Etienne qui me demande des nouvelles. Cela m'a fait plaisir. J'ai beaucoup pensé aux ColibrYs parce qu'il y avait une journée consacrée à la gouvernance hier. J'ai aussi beaucoup pensé à Sandra et Claude dont le stage a débuté aujourd'hui. Ils me manquent tous. J'ai hâte de les revoir. Je trouve le temps long. La Belgique me manque à crever. J'ai besoin de repos. J'ai besoin d'arriver, de me poser. Je suis en train de tirer sur la corde. J'espère que je ne vais pas me blesser en forçant mais j'ai envie d'y arriver et d'y arriver vite parce que je ne vais pas pouvoir marcher plus longtemps. J'espère que je vais tenir le coup. J'ai les larmes aux yeux. Aujourd'hui, j'ai vraiment dû faire fonctionner mon mental pour m'encourager. Il me reste un peu plus de 200 km , c'est la dernière ligne droite. J'espère que je vais aller jusqu'au bout. Aline Lourtie 24 octobre 2023
- J53 - Santibanez de Valdeiglesia – Rabanal del Camino
Longueur de l'étape: 32,02 km Total parcouru: 1320,10 km Je n'ai pas très bien dormi. J'ai essayé une méditation contre les insomnies mais cela n'a pas vraiment fonctionné. Je me réveille vers 6h30. Je commence à faire mon sac. Je suis la seule à être debout. Je fais donc un peu de bruit en me préparant. Je n'ai pas prévu le coup en pensant que tout le monde serait debout et prêt pour partir à 7h comme ils l'avaient dit la veille. Il fait bon. Le trajet nocturne se passe bien même si je commence à avoir de plus en plus de mal à marcher dans le noir. J'ai vu deux lièvres, une biche et un peu plus tard des cigognes et des hérons. Cela me fait plaisir de voir des animaux et de quitter un peu la route. J'ai pris des variantes qui me permettent de retrouver la nature et de m'éloigner des pélerins. J'ai traversé une chouette petite ville avec une jolie petite cathédrale. Je ne fais pas vraiment de pause. Je grignote en marchant. Je me fait rattraper par Anne. Christophe est devant nous. Vers 10h, il commence à pleuvoir. C'est de la petite pluie qui mouille bien. Il pleut tout le reste de la journée. Du coup, je ne traine pas. Je fais quand même une pause sur la route où j'ai mangé une délicieuse paëlla. J'ai un peu de mal à repartir. J'ai froid et je n'ai pas envie de remettre mon pull mouillé. Je suis contente d'arrivéeà Rabanal del Camino. Je trouve une petite auberge qui me semblait sympa de l'extérieur mais qui n'était pas top. Je ne suis pas super bien accueillie. Le dortoir est grand : une trentaine de lit superposés. Il y a du monde. Le bar est froid et mal chauffé. Le petite salle à manger prévue pour les pélerins est un peu mieux chauffée avec un poêle à bois. Je vais m'installer là-bas pour boire un thé, bouquiner et me réchauffer. Je mange ensuite un plat de pâtes. En flânant sur FB, je découvre une publication qui s'appelle PolarStep et qui permet de retracer ses voyages en ajoutant des photos. J'ai téléchargé l'application et j'ai passé le reste de l'après-midi à retracer mes différentes étapes, à ajouter des photos. Cela me fait du bien de repasser les étapes en revue, de me rappeler les bons moments, les beaux paysages, ... Vu la grandeur du dortoir et le nombre de vêtements mouillés, j'ai peur que mes vêtements ne sèchent pas bien. Heureusement, ce n'est pas le cas et malgré le nombre de pélerins dans le dortoir, il y fait calme. Deux pélerins arrivent vers 20h30 et s'installent bruyamment. Je lâche prise, je mets mes écouteurs et me plonge dans ma méditation du soir. Cela devient de plus en plus difficile de marcher, d'être dans les dortoirs, de ne pas avoir d'intimité le soir, le matin. Je fatigue. J'ai envie de rentrer. Je me sens seule. Je me replie de plus en plus sur moi-même. J'ai hâte de retrouver ma maison avec un bon feu, des bougies, un endroit cocoon. Demain, je vais jusqu'à Ponferrada. Au départ, je voulais aller au village suivant mais cela me fait une trop longue étape. Ponferrada est une étape clé du chemin. Il risque d'y avoir du monde. Je décide donc que ce jour-là, j'irai dormir à l'hôtel. D'autant que l'étape de demain est longue avec quelques difficultés. Cela va me motiver. Aline Lourtie 23 octobre 2023
- J52 - Oncina de Valoncina – Santibanez de Valdeiglesia
Longueur de l'étape: 28,97 km Total parcouru: 1288,08 km Je me réveille tôt. La table du petit déjeuner est prête. Je n'ai pas vraiment envie de discuter avec les autres. Les paysages commencent à changer mais cela reste principalement de la route, des chemins e graviers avec peu de dénivelés. La météo est identique à la veille. Il fait un peu plus froid. J'avance bien. Je fais une petite pause à Puente de Orbigo pour manger. Je me remets en route. Il me reste à peine 6 km à faire. L'auberge est sympa. L'hospitalière est accueillante et souriante. Elle me dessine même un petit coeur sur ma crédentiale. Le dortoir est grand avec de l'espace entre des lits. Christophe est déjà là. Le dortoir se remplit au fur et à mesure mais ce n'est pas complet. Je retrouve le petit groupe de la veille. Je suis plus fatiguée et je n'ai pas spécialement envie de parler et de me sociabiliser. Je prends une douche puis je m'installe au bar pour prendre un thé. J'ai de nouveau très froid. J'ai du mal à me réchauffer quand j'arrête de marcher. Je ne fais pas grand chose d'intéressant. Vers 19h, le repas est servi. Je mange un hamburger aux épinards. Je discute avec les autres pélerins. Visiblement, nous allons tous au même endroit demain aussi. Tout le monde va se mettre en route vers 7h. Pas de pression donc pour préparer mon sac la veille. La soirée est sympa. Quand je serais bien au chaud dans mon lit cela ira mieux. Aline Lourtie 22 Octobre 2023
- J51 - Reliegos – Oncina de Valoncina
Longueur de l'étape: 33 km Total parcouru: 1259,11 km J'ai bien dormi. La météo est parfaite : pas de pluie, pas de vent, nuageux avec quelques éclaircies, pas trop chaud et pas trop froid. C'est super agréable de marcher. Cela donne envie d'aller très loin et de marcher un maximum de kilomètres. Il y a de nouveau beaucoup de route. Je redoutais l'entrée à Léon qui est une grosse ville. Cela se passe plutôt bien et Léon est une belle ville. Elle donne envie de s'attarder. La Cathédrale est magnifique mais je ne peux pas aller la visiter car elle est fermée. Il y a beaucoup d'animation à Léon car c'est le jour du marché. C'est sympa comme ambiance avec plein de petits bars et restos dans le quartiers historiques. Je décide de manger là-bas et m'installe dans un resto. Je me prends une heure pour manger. Je repars pleine d'énergie. La sortie de Léon est moins fun. Il y a un peu moins de pélerins sur la route. J'arrive à Oncina de Valoncina. L'hospitalière semble énervée. Je ne me sens pas du tout accueillie. Elle me demand si j'ai réservé. Je lui dit oui. Elle cherche mon nom mais ne semble pas le trouver. Cela me fait un peur. Elle a peut-être mal compris mon nom. Je n'ose pas trop poser de question car j'ai peur de la déranger. Heureusemet, il reste de la place. Nous sommes 8 dans la chambre. Nous sommes très serrés. Sauf un qui est Qébécois et qui parle anglais, tous mes autres compagnons de chambre sont français et ils marchent depuis plusieurs semaine aussi : l'une est partie du Vezelay, un est parti du Mont-Saint-Michel, deux sont partis du Puy-en-Velay, deux autres sont partis de Saint-Jean-Pied-de-Port. C'est sympa de retrouver des français. Je redoute qu'une personne vienne prendre ma place puisque l'hospitalière, lorsqu'elle m'a accueilli, à barrer un nom. Soit c'était le mien soit c'était le nom d'une autre personne dont j'ai pris la place. J'ai très frois et j'ai du mal à me réchauffer. Je decsends vers 18h30. L'hospitalière est en tain de cuisiner. Je n'ai pas réservé de repas. J'espère qu'il y en aura un peu pour moi. Je n'ose pas poser de question. Je lui dmande si elle souhaite que je lui donne un coup de main pour mettre la table. Elle me sourit. Cela fait plaisir. Il y a bien 8 couverts. Je suis donc comptée dedans. Nous nous installons tous à table. Au menu : soupe comme entrée, omelette avec des légumes comme plat et un yaourt comme dessert. Nous prenons le temps de nous présenter. Ils se sont tous rencontrés sur le chemin et ils se suivent depuis plusieurs étapes. Ils se connaissent déjà. Je suis la petite nouvelle. Ils sont très chouettes. Nous avons un peu la même philosophie du chemin, les mêmes envies, le même rythme, le même style d'étape. Nous allons certainement nous recroiser. Je monte assez rapidement après le repas. Dans la chambre, je discute avec Anne qui est partie de Vezelay. Elle m'explique qu'elle est architecte et q'elle fait des formations en géobiologie. J'aime bien cette conversation. Je m'installe pour lire quelques pages. Aline Lourtie 21 octobre 2023
- J50 - Sahagùn - Reliegos
Longueur de l'étape: 33 km Total parcouru: 1226,11 km Je me réveille en forme après la journée de repos d'hier et ma super nuit. Je suis toute disposée à retourner sur le chemin. Je me sens beaucoup mieux. Je prends un petit-déjeuner sucré et protéiné. Je me mets en route vers 7h. Il n'y a pas de pluie mais il y a de grosses rafales de vent. Je suis en bord de route. Il y a beaucoup de pélerins. Marcher contre le vent est épuisant. J'écoute de la musique pour casser le bruit du vent dans mes oreilles et pour me donner du courage. Je suis très contente d'arriver à Reliegos. J'ai un peu peur car les deux premières auberges dans lesquelles je me rends sont fermées. Heureusement, il y a de la place dans la 3ème. Le dortoir est calme et les pélerins qui dorment avec moi sont aussi calmes et respecteux. Je m'installe pour diner au restaurant de l'hôtel. Je m'offre un magnifique hamburger et coca. Je meurs de faim. Mon estomac semble ok avec ce repas riche et copieux. Je retourner dans le dortoir pour lire et donner quelques nouvelles en disant que cela va mieux. Quand je descends pour souper, il n'y a plus de place pour manger. Je m'installe au bar en attendant qu'une place se libère. L'hospitalière est très gentille. Elle cours dans tous les sens pour servir tout le monde. Ils sont deux pour tout gérer. Le repas était servi à partir de 18h. Je suis descendue vers 18h30. Je ne peux m'installer qu'à partir de 20h. J'ai donc patienté plus d'une heure et demie. Finalement, l'hopsitalière m'installe dans la salle à manger des pélerins. Cette salle se trouve dans un autre bâtiment. Il faut traverser la cours pour y accéder. J'y retrouve deux pélerins italiens qui partagent le même dortoir que moi, un pélerin coréen et il y a Serge et Marie, les deux français que j'ai croisé quelques étapes plus tôt. Les deux français et les deux italiens terminent leur repas. Le Coréen et moi allons seulement commencer à manger. Je ne suis pas spécialement ravie de retrouver les deux français. Ils sont de nouveau très négatifs. Ils parlent de l'actualité qui est terrible. Ils m'ont complètement déprimer. Je suis contente qu'ils terminent leur dessert et qu'ils s'en aillent. J'espère ne pas les recroiser sur le chemin. Je mange donc en compagnie de Charlie, le coréen. Au début, nous n'osons pas trop nous parler. Finalement, nous entamons la discussion. Il m'explique qu'il est sur le chemin grâce à son prof de guitare. Il me fait écouter quelques morceaux qu'il joue dont du Ludovico Einaudi. J'aime beaucoup. C'est une rencontre toute simple, toute timide presque pudique. Nous n'allons pas beaucoup plus loin dans l'échange. On mange rapidement car nous sommes tous les deux fatigués. Je me couche directement après avoir mangé. Aline Lourtie 20 octobre 2023
- J49 - Moratinos - Sahagùn
Longueur de l'étape: 9,7 km Total parcouru: 1193,11 km Je me réveille un peu mieux. Cela reste fragile. J'ai un peu mal partout. Je me lève vers 7 heures. J'avais besoin de rester le plus longtemps possible dans mon lit. Je suis la dernière à partir. Cela ne m'est jamais arrivée. Je me mets en route vers Sahagun qui se trouve à une dizaine de kilomètres. Je me prendrai un hôtel là-bas. Au niveau de la météo, il pleut et il y a baucoup de vent comme hier. Heureusement, j'ai réussi à avancer à un bon rythme et en deux heures l'étape est terminée. J'arrive épuisée à l'hôtel. Avant de m'installer, je prends mon courage à deux mains pour faire des courses, passer à la pharmacie, aller chercher des sous. Cela me prends une bonne heure. Après cela, je m'enferme bien au chaud dans ma chambre d'hôtel. Plus question de sortir ou de marcher aujourd'hui. Je prends une longue douche bien chaude pour me réchauffer et me détendre. Ensuite, je mange quelques craquottes avec du philadelphie et je termine par une pomme. Mon estomac semble supporter le repas. Je bois beaucoup pour me réhydrater. Je passe le reste de l'après-midi sous la couette. Malgré la douche bouillante, j'ai beaucoup de mal à me réchauffer. Je regarde des films. Je profite du fait d'être seule et d'avoir mon intimité pour relater ce qu'il s'est passé ces derniers jours. N'ayant plus de carnet, je fais des enregistrements. J'ai ensuite donner quelques nouvelles sur FB et papoter avec maman sur Whatsapp. J'ai reçu beaucoup de mots d'encouragement qui ont fait du bien au moral. Je me suis rendu compte que je reprenais très vite mes mauvaises habitudes : rester couchée à regarder des films, zoner sur FB. J'ai aussi pris le temps de bien ranger mon sac, de faire une lessive, de faire mes comptes. Je me suis reposée et cela m'a fait le plus grand bien. Je me suis endormie relativement rapidement et j'ai dormi d'une traite. Chose qui ne met plus arrivée depuis très longtemps. Pour la petite anecdote: Sahagùn, la ville où je me trouve, est à la moitié du Camino Francès. Il me reste donc l'autre moitié à faire avant d'arriver à Santiago. Cela se rapproche même si aujourd'hui, cela me semble très loin. Aline Lourtie 19 octobre 2023
- J48 - Villacazar de Sirga - Moratinos
Longueur de l'étape: 31,94 km Total parcouru: 1183,41 km Après avoir fait ma petite méditation dans mon lit, je me prépare pendant que les autres déjeune. Je me mets en route tôt. Il fait encore noir. Il y a beaucoup de vent et un peu de pluie. La route n'est pas top. Je suis de nouveau à côté d'une grand route. A partir de Carrion los Condes, c'est un défilement de pélerins. Ce n'est pas une situation qui me va. De plus, je dois lutter contre le vent et des rafales de 30-40km/heure en pleine figure avec parfois de la pluie. C'est compliqué de s'arrêter et de faire des pauses. Difficile aussi de profiter des paysages avec le vent, la pluie, les nuages, la route d'un côté, la file de pélerins devant moi. Le moral est bas et je suis fatiguée physiquement. J'avance vite pour terminer cette étape le plus vite possible. J'arrive à l'auberge vers 14h. Je n'ai pas fait de pause à midi. Le temps ne s'y prêtait pas vraiment et j'avais surtout envie de tracer. Je me suis arrêter dans une petite ville un peu avant pour faire quelques courses pour mon repas. L'auberge est sympa. Quand j'arrive, il y a déjà une autre pélerine. Une dame plus âgée qui reste dans son coin et qui est très silencieuse. Elle a une canne et marche difficilement. Elle est très voûtée. Je suis impressionnée et me demande comment elle fait pour faire le chemin dans cet état. Il y a 3 dortoirs : un de 8 lits, une chambre avec un seul lit occupé par la dame plus âgée et mon dortoirs avec un lit superposé qui se trouve entre les deux autres dortoirs près de la porte d'entrée. J'ai fait le choix de me mettre là même si c'est un endroit de passage pour être avec moins de monde et aussi pour pouvoir partir sans trop déranger les autres demain matin. D'autres pélerins arrivent : un père et sa fille. Ils sont américains et 3 français. Les 3 français sont loin d'être discrets. Ils ne semblent pas voir que nous sommes là. Ce genre de comportement m'énerve très fort. Je sens que je suis épuisée. Après ma douche, je mange un bout. Je m'emballe ensuite dans mon sac de couchage car j'ai froid à cause du vent et de la pluie. Je commence à écrire un long message à Maman. En écrivant, je sens que mes yeux se fement et que j'ai juste envie de domir. Je terminerais plus tard. Je fais une petite sieste. C'est la première fois dans ce voyage que j'ai à ce point besoin de dormir durant l'après-midi. Quand je me réveille, il est déjà 16h. Je continue d'envoyer des nouvelles et je reste couchée car je n'ai pas l'énergie de faire autre chose. Je trouve quand même la force de ranger mon sac. Je fais un tri et me déleste de certaines choses qui sont devenues inutiles genre crème solaire, crème anti-moustique, ... Vers 18h30, je me prépare à aller manger au restaurant de l'auberge. En me levant, je sens que je suis nauséuse, j'ai des vertiges. Je me dis que c'est la fatigue et la faim et que cela ira certainement mieux après le repas. Je commande un coca pour avoir une bonne dose de sucre et m'aider à me remonter. Je commande aussi un menu pélerin avec de la soupe, un plat typique espagnol dont j'ai oublié le nom et une crème citron comme dessert. J'ai beaucoup de mal à terminer ma soupe. Quand la serveuse m'apporte le plat principal, je sens que je suis dégoûtée par la nourriture. Impossible d'avaler une cuillère en plus. Je vais trouver la serveuse et essaye de lui expliquer la situation. Je m'excuse et je retourne me coucher. Je suis malade peu de temps après. Je vomis. Après, je me sens un peu mieux. Je retourne me coucher et essaye de me reposer. Les autres pélerins rentrent au gîte. Les 3 français font un boucan de dingue. Je m'endors rapidement mais je me réveille vers 23h. J'ai chaud. Je ne me sens pas bien. Je vais aux toilettes. Je suis de nouveau malade. Mon estomac semble soulagé. Je retourne me coucher mais j'ai du mal à me rendormir. Je me retourne dans tous les sens. J'ai chaud, j'ai froid, j'ai des frissons, j'ai mal à la tête. Maman a répondu à mon message où je lui expliquait que j'étais KO. Elle me dit qu'elle est d'accord de me payer une chambre d'hôtel à Moratinos pour que je puisse me reposer demain matin et reprendre la route quand je serai en meilleure forme. Je suis touchée. J'y réfléchi. Est-ce que je vais arriver à m'arrêter ? Est-ce que c'est une bonne idée ? En regardant mon itinéraire, je vois que Sahagùn est à une dizaine de kilomètres. C'est une ville plus importante avec des magasins, une pharmacie, des hôtels. Je me dis que c'est peut-être mieux de m'arrêter là-bas plutôt que de rester ici. Je me dis que la mise en mouvement va peut-être me faire du bien. Et ce n'est qu'à 10 km. J'arrive finalement par m'endormir. Je sens que je suis un peu triste de ce qui se passe et d'être KO. C'est aussi cela le Chemin: des jours "sans", des baisses de morale, tomber malade, une météo pas très fun. Il faut faire avec et essayer de trouver les solutions pour se faire du bien et ainsi continuer à avancer. Aline Lourtie 18 octobre 2023
- J47 - Itero de la Vega – Villacazar de Sirga
Longueur de l'étape: 25,85 km Total parcouru: 1151,47 km Je réveille pertubée suite à une série de rêves où Papy et Mamy étaient malades. Je suis toujours fâchée contre les autres pour le bruit qu'ils ont fait hier. Cela me pose beaucoup de question sur mon rapport aux autres. J'ai souvent la sensation, que cela soit sur le chemin ou en général, d'être une extraterrestre, de ne pas être comme les autres, d'être à part, d'être marginale et surtout de ne pas réussir à aller à la rencontre des autres. Je fais la petite méditation dans mon lit puis je me prépare à partir. Quand je descends dans le réfectoire, je constate qu'il n'y a pas d'électricité et donc pas la possibilité de me faire un thé. Je mange des tartines avec un peu de beurre histoire de ne pas partir le ventre vide. D'autres pélerins se réveillent. Je me sens oppressée. Je quitte rapidement l'auberge. Le ciel est nuageux avec quelques éclaircies. Il y a aussi pas mal de vent. Je ne sais pas encore où je vais m'arrêter aujourd'hui, j'hésite entre trois villes : Villacazar de Sirga (ce qui fait une petite étape), Carrion de los Condés (où il risque d'y avoir beaucoup de pélerins) et la ville d'après est beaucoup plus loin ce qui fait presque 48 km. Je m'arrête à Villacazar de Sirga pour manger et je me sens bien sur cette petite place. Je vois les pélerins défiler devant moi. Je me dit qu'ils vont tous à l'étape d'après. Je décide donc de rester ici. Je trouve une chouette petite auberge. Je suis rejointe par un autre pélerin. Le temps de m'installer d'autres pélerins arrivent dont trois anglais qui étaient dans la même auberge que moi à Itero de la Vega. Il y a aussi une pélerine. Je me sens fermée et triste. Le moral est relativement bas. Je suis fatiguée physiquement. Je m'interroge sur ce que je fais là et si cela à encore du sens de marcher. Je me dis qu'il est temps que je lâche vraiment prise par rapport au autres soit en acceptant pleinement mon côté marginal et me dire que c'est ok d'avoir envie d'être dans ma bulle et d'être aussi ok sur le fait que d'autres ne sont pas comme moi et qu'ils ont envie de se rencontrer. Soit de m'ouvrir aux autres et de faire la fête avec eux et d'aller à leur rencontrer. Peu importe le choix que je vais faire, il est important qu'il soit assumé et que je n'en veuille pas aux autres de vivre leur propre chemin. Beaucoup de questions. Je décide d'aller me promener. Je croise James, un des trois pélerins anglais. Nous discutons. Il parle un peu en français mais nous communiquons prncipalement en anglais. Cela me fait du bien d'avoir une conversation en tête à tête. C'est plus facile et moins fatiguant pour moi que lorsque je suis en groupe. On fait un petit tour dans la ville puis on va boire un verre au bar. De retour à l'auberge, je discute avec les autres pélerins : une jeune fille allemande dont j'ai oublié le prénom, Richard et Andy. Je propose de faire un massage de la nuque et des épaules à James. Cela me plait. Les autres n'ont pas l'air preneur. James s'en va de son côté. Je reste avec l'allemande et Richard. Je décide d'aller manger au bar. J'y retrouve James et Andy. James m'offre un verre. Nous mangeons tous les trois un menu pélerin. Richard vient nous rejoindre. Un autre pélerin Irlandais arrive. Il parle vite avec un fort accent. J'ai du mal à le comprendre et je commence à fatiguer. Après le repas, nous rentrons tous à l'auberge. Les garçons jouent au poker. De mon côté, je me préparer à aller me coucher. Avant, je leur dis au revoir. James me prend dans ses bras et me remercie. Il me dit que je suis une belle personne. Cela me fait beaucoup de bien. Nous échangeons nos numéros. Cette soirée m'a fait du bien et m'a remonté le moral. Par contre, ils font beaucoup de bruit quand ils reviennent dans le dortoir. Cela me réveille. Je ne trouve pas cela très respectueux de parler fort et d'allumer la lumière alors qu'il y a d'autres personnes qui dorment déjà. Je mendors rapidement. La nuit et bonne et remplie de jolis rêves d'amour. Aline Lourtie 17 octobre 2023
- J46 - Hornillos del Camino – Itero de la Vega
Longueur de l'étape: 26,82 km Total parcouru: 1125,62 km Je me réveille tôt. Allongée dans mon lit, je prends le temps de méditer. J'entends les autres qui commencent à se lever. Je reste dans ma méditation. Cela me fait du bien. Une fois levée, je me prépare rapidement et je quitte rapidement l'auberge. Envie de quitter cet endroit et de mettre de la distance entre moi et les autres. Aujourd'hui, j'ai un peu plus de mal à marcher dans le noir. Il fait humide. Je ne me rends pas tout de suite compte qu'il pleut. Je m'équipe un peu tard. Heureusement, je n'ai pas froid et il n'y a pas de vent. Je suis suprise quand j'arrive à Hontanos. Je ne m'attendais pas à être déjà là. Je fais une pause dans un bar. Je savoure un croissant, un pain au chocolat et un chocolat chaud. Cela faisait longtemps que je n'avais plus mangé un petit-déjeuner comme cela. Je me régale. Quand je me remets en route, il ne pleut presque plus. Les kilomètres défilent. J'avance vite sans m'en rendre compte. Je marche avec beaucoup de facilité et l'humidité ne me dérange pas. Cela me fait du bien d'avoir un peu de fraicheur. De plus, la terre est plus meuble ce qui amorti mes pas et fait du bien à mes genoux et mes chevilles. Il y a de bonnes odeurs de terre et des couleurs automnales. La Meseta est splendide. Je me sens bien dans ce paysage. Tout me semble possible. J'ai envie d'aller toucher l'horizon. Je me sens à la fois toute petite et à la fois très grande. J'ai une sensation de liberté. Je ressens beaucoup d'émotions que je n'arrive pas à décrire ou à nommer. Je suis tellement heureuse d'être là. Cela me réconcilie un peu avec l'Espagne. Jusqu'à présent, j'étais un peu déçue des paysages. Cela redonne du sens et de la motivation pour la suite du chemin. J'espère que je ne vais pas me lasser et qu'il y aura d'autres beaux endroits. Il n'y a presque pas de pélerins sur la route aujourd'hui. Quel plaisir de marcher seule avec moi-même. Cette journée me semble parfaite et peut-être l'une des meilleures que j'ai passé depuis que je suis arrivée en Espagne. J'arrive à Itero de la Vega vers 14h. Je suis un peu frustrée de déjà m'arrêter de marcher. J'hésite à aller jusqu'au village suivant qui se trouve à 8 km. Mais j'ai peur que les auberges soient toutes complètes quand j'arrive. Je sens aussi que mes pieds sont un peu fatigués. C'est donc plus raisonnable de m'arrêter ici. L'auberge est sympa. Je m'offre la demi-pension avec une chambre de 3 lits (et pas le dortoir), souper et petit déjeuner. Cela coûte un peu plus cher mais j'ai besoin d'un peu de confort aujourd'hui. J'espère que je vais rester seule dans la chambre. Mais c'est utopique. Je suis rapidement rejointe par deux autres personnes. Pas grave. Je lâche. Demain, je vais essayer de ne pas partir trop tôt. L'étape fait 23 ou 27 km. Comme j'ai un bon rythme, elle peut être vite terminée. Inutile de partir aux aurores. Je me sens bien dans l'auberge et je pourrai ainsi profiter du petit déjeuner. Cela me semble parfait comme programme. Comme d'habitude, petite routine d'arrivée : installation, douche, donner des nouvelles, préparation de l'itinéraire du lendemain, un peu d'écriture. Puis je descends dans le réfectoire pour prendre un thé et me réchauffer. J'ai un peu froid. Mon pull est humide. Je m'installe pour lire. Un groupe de jeunes arrive vers 18h. Le réfectoire se remplit au fur et à mesure. Il y a tout d'un coup beaucoup d'agitation. Nous sommes 15 au total. La salle est petite et résonne. A ma table, tout le monde parle anglais. Je suis en bout de table et j'ai du mal à me raccrocher à une conversation. Le bruit me dérange et me fatigue. Je suis impatiente que le repas se termine pour pouvoir retrouver le calme. Dès que le repas est terminé, je file me réfugier dans ma chambre. Je discute un peu avec ma voisine de lit. Elle est Québécoise et a commencé le chemin à Saint-Jean-Pied-de-Port. Elle aimerait aller jusqu'à Fisterra mais elle doit être rentrée pour le 14 novembre. Elle n'est pas certaine d'y arriver à temps. Les autres pélerins font beaucoup de bruit. Cela discute. Cela boit. Ils font la fête dans le réfectoire. Cela m'énerve. Je sens que je n'ai pas du tout la même vision du Chemin que je vois comme quelque chose de calme, silencieux, intérieur et solitaire. J'ai la sensation que les autres ne sont là que pour faire la fête. Tout ce bruit. Je trouve que c'est un manque de respect. Je m'endors fâchée contre tous ces gens irrespectueux. Aline Lourtie 16 octobre 2023
- J45 - Cardeñuela Riopico – Hornillos del Camino
Longueur de l'étape: 31,80 km Total parcouru: 1098,80 km Réveil à 5h. Je me lève vers 6h15 pour ne pas trop déranger mes compagnons de chambre. Mon sac étant déjà fait, je suis prête rapidement. Je grignote quelques biscuits sur un banc à l'extérieur avant de prendre la route. Il fait noir. Je suis sur une grand route et il me semble que je longe l'aéroport de Burgos. Jusqu'à Burgos, la route est toute droite et je traverse plusieurs zones industrielles. Et c'est très long (15 kilomètres). La Cathédrale de Burgos est impressionnante. Je prends le temps de visiter l'intérieur et de me recueillir quelques minutes. Je suis impatiente de quitter Burgos et de découvrir la Meseta. Il s'agit d'une grande étendue toute plate où il n'y a pas grand chose. Au-delà des pylones électriques, des ponts d'autoroute et de la route, les paysages sont jolis. Jusqu'à Tradajos, la route n'est pas très agréable. Jusqu'à Burgos, j'étais seule sur le chemin. Depuis, plusieurs pélerins m'ont rejoint. Je suppose qu'il s'agit des pélerins qui ont quitté Burgos ce matin. J'essaye de lâcher prise et de profiter. Je fais ma pause de midi sur un banc près d'une petite chapelle dans le village de Rabé de la Calzadas. C'est agréable. J'ai de nouveau de l'énergie pour le reste de la route. La prochaine étape est Hornillos del Camino. Je pense que la plupart des pélerins croisés ce matin vont également s'arrêter là. Le prochain village est à 6 km. Je ne pense pas que j'aurai le courage d'aller jusque là car la fatigue est déjà présente. Un peu loin sur le chemin, je rencontre un vieux monsieur. Il me demande si je fais le chemin seule. Je lui réponds oui. Il me dit que le Camino est le chemin de l'Amour et qu'une jeune fille comme moi devrait trouver un beau jeune homme pour l'accompagner. Cela me fait sourire. Après Rabé de las Calzadas, j'arrive dans la Meseta. C'est magnifique !. Ce sont des grandes étendues de rien et tout à la fois. Je me sens toute petite et gigantesque. J'ai un grand sentiment de liberté et d'espace. C'est un peu gâché par la fatigue qui s'accumule. Cela devient de plus en plus compliqué. J'essaye de faire des pauses régulièrement pour m'hydrater. J'ai aussi envie d'avancer. Mon sac me pèse et je n'arrive pas à trouver le bon réglage pour ne plus avoir mal aux épaules. Concernant la météo, il fait sec et nuageux. Il n'y a pas de vent et il fait même un peu lourd l'après-midi. J'arrive à Hornillos del Camino. Il y a plusieurs auberge. Je me rends à l'auberge municipale. L'hopistalière me dit qu'il ne reste qu'un seul lit. Ouf ! J'arrive juste à temps. Je ne me voyais vraiment pas faire 6 km de plus aujourd'hui. Je prends le temps de faire un long massage des pieds. Ils ont bien chauffé aujourd'hui. Mon tendon d'Achille est sensible et un peu douloureux. Il faut que je fasse attention pour ne pas me blesser. Demain est aussi une longue étape. Après avoir soigné mes petits bobos, je m'installe à l'extérieur pour écrire. Je vais manger tôt car la cuisine doit être libre à partir de 18h pour le repas en commun (auquel je ne participe pas cette fois-ci). J'en profiterai pour faire mon sac. Je ne me sens pas très bien dans cette auberge. Je me sens mal à l'aise. Je ne sais pas trop pourquoi. Comme si j'étais de trop. J'ai très envie de partie d'ici et je pense même à me remettre en route et à marcher de nuit. Je me prépare un plat de riz que je mange dehors pour ne pas déranger en cuisine. Je vais ensuite m'allonger sur mon lit. Là, je suis sûre que je ne dérange pas et je retrouve un semblant d'intimité. J'essaye de faire une méditation pour nettoyer les corps énergétique car je me sens envahie. Ce n'est pas évident avec les autres pélerins qui font des allers-retours et qui discutent dans la chambre. J'arrive quand même à me concentrer. Je suis en colère envers les autres. Je les trouve irrespectueux. Je me rends compte que je suis de plus en plus souvent dans le jugement par rapport aux autres et qu'ils m'exaspère. J'ai vraiment un problème à régler avec le collectif. J'ai du mal à trouver le sommeil et je me réveille plusieurs fois pendant la nuit. Aline Lourtie 15 octobre 2023











