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  • J43 - Azofra - Tosantos

    Longueur de l'étape: 38 km Total parcouru: 1038,51 km Jai super bien dormi. Je me lève vers 5h30-6h. Il y a déjà pas mal d'animation et plusieurs pélerins sont déjà prêts à partir dont Claire, la pélerine de Virginie que j'ai croisé à Sansol. Je prends le temps de déjeuner. J'ai encore la chance de voir une étoile filante. Je me sens en forme et bien dans ma marche. Je prends beaucoup de plaisir à marcher dans la nuit et à être seule. Je croise quelques pélerins mais j'ai aussi de long tronçons sans voir personne. Je regarde la longue route en ligne droite devant moi et j'ai la sensation que tout est possible et que le monde s'ouvre devant moi.J'ai envie de marcher jusqu'à aller toucher le bout de l'horizon. Rien ne peut m'arrêter aujourd'hui. C'est grisant. Je décide d'allonger mon étape. Le chemin est facile et je m'en sens capable. Comme je longe la route, je mets mes écouteurs pour me couper du bruit. La musique me motive encore plus. Je suis dans ma bulle. Cela me permet aussi de me couper du flot des pélerins qui est devenu plus important au fur et à mesure de la journée. J'avance vite et ne me sens pas fatiguée. J'ai envie de danser et de chanter et même de courir. Je me sens comme une petite fille. Je ne sens plus le poids de mon sac à dos. Niveau de la météo, le soleil du matin a fait place à un ciel nuageux et le vent s'est levé mais la température reste agréable. Malgré quelques rafales de vent en pleine figure, mon énergie est toujours là. J'ai même la sensation que le vent me porte et je joue avec le vent. C'est tellement gai. J'ai profité d'une chouette pause de midi à Viloria de Rioja. Plusieurs pélerins y étaient. Cela m'a dérangé au début puis j'ai lâcher prise. J'ai juste profité. Avec la musique dans les oreilles, je continue d'avancer d'un bon pas. Je me tracasse de ne pas trouver de magasin sur le chemin. Je dois aussi aller aux toilettes mais il n'est pas vraiment possible de faire pipi nature. Heureusement, je trouve une station essence avec des WC. Je peux donc à la fois faire des courses et me soulager la vessie. Je remercie l'Univers. Je suis complètement détendue pour faire les derniers kilomètres. J'arrive à l'auberge tout sourire malgré la fatigue. Je viens quand même de marcher presque 40 kilomètres. Je suis accueillie par 6 ou 7 hospitaliers. Je me sens tout à coup perdue face à tout ce monde. Après m'être inscrite, les hospitaliers me présente l'horaire et le fonctionnement de l'auberge. A 17h, visite de la chapelle dans la roche. A 18h30, préparation du repas commun. A 20h repas puis prière commune. Il y a un couvre feu à 23h et jusqu'à 6h30 le lendemain, c'est silence. Le petite déjeuner est à 7h. J'explique que je ne déjeunerai pas avec eux car je pars en générale vers 6h30. Cela jette un froid. Ce n'est pas la politique de la maison de se lever avant 6h30. Je comprends que cela les dérange car le plancher grince et je risque de déranger les autres occupants. J'essaye d'expliquer que je me réveille quasi tous les jours entre 5h et 5h30. C'est mon rythme naturel. Je demande s'il est possible de venir lire dans le salon si je me réveille trop tôt. L'un des hospitaliers à l'air ok avec cette proposition mais cela semble rester problématique. Ce manque de flexibilité et d'ouverture me refroidi un peu même si je peux comprendre. Je me sens un peu prisonnière de cet horaire. Mais bon... J'accepte. C'est le fonctionnement de l'auberge. Je fais avec. Il y a tout un groupe de jeunes déjà installés dans le dortoir. J'ai à peine le temps de prendre une douche et m'installer qu'il est déjà l'heure d'aller visiter la chapelle. J'ai encore de l'énergie et j'ai hâte de la découvrir. J'y vais en étant enjouée. La chapelle est magnifique. Elle me plait beaucoup. Le coup de pompe arrive quand nous rentrons à l'auberge. Je n'ai pas vraiment le temps de me reposer car il faut descendre pour préparer le repas. Nous sommes 11 pélerins et il y a 6 hospitaliers. Cela fait beaucoup de monde dans cette petite auberge. Je galère à trouver ma place. J'ai la sensation d'être dans le chemin. Je n'ai rien à faire. Je n'ose cependant pas monter de peur d'être jugée. Je zone dans l'auberge sans savoir trop quoi faire et le temps me semble long. Je commence à avoir faim et à être fatiguée. Le groupe est constitué de 4 coréennes, 2 espagnoles (qui parlent très bien français), 3 françaises et 1 hollandais qui parle aussi français. Nous discutons dans le salon. Cela me fait du bien de pouvoir parler français et de participer aux discussions même si je reste principalement en observatrice. Sandra, l'une des française explique qu'elle souhaite faire un film sur l'Amour Inconditionnel. Je souris intérieurement car je trouve son discours sur l'Amour Inconditionnel et sur l'Ego un peu naïf. Par contre, j'aime beaucoup le point de vue d'Arnold (le Hollandais). Je rejoins sa vision de l'ego. Je n'interviens pas. Il n'y a pas l'espace. Sandra prend beaucoup de place. Elle fait également une réflexion que je ne comprends pas vraiment et qui me blesse. Elle dit que la parole ouvre le coeur et que les personnes qui ne disent rien ont le coeur fermé. Je ne suis pas du tout d'accord avec cette réflexion. Il faut aussi une belle ouverture de coeur pour pouvoir écouter l'autre. Cela me met même un peu en colère. J'ai envie de lui dire qu'écouter est tout aussi important que parler. J'ai envie de l'emmener faire une méditation pour lui montrer à quel point le coeur peut s'ouvrir dans le silence et l'immobilité. Il est possible de dire beaucoup de chose sans parler. Le repas tire en longueur. J'ai hâte de retrouver mon lit. Après le repas, la vaisselle et le ragement, c'est le temps de la prière. Nous nous retrouvons tous dans la chapelle de l'auberge. Cela va me faire du bien de retrouver du calme. C'est sympa car les prières, les chants et les lecture sont traduites dans chaque langue. Chacun de nous lit une partie de texte. Nous terminons la célébration en lisant des intentions qui ont été écrites par les pélerins précédents. Ce sont des prières pour des proches malades ou pour remercier. L'idée est d'emporter ces intentions avec nous sur le chemin et de les amener jusqu'à Compostelle. J'aime beaucoup la manière dont José (celui qui semble être le maître des lieux) présente le Chemin de Compostelle. Il parle de 3 choses importantes sur le Chemin : la solitude, le silence et le repos de l'esprit. Cette vision rejoint la mienne et cela me fait du bien de l'entendre. Nous pouvons enfin aller nous coucher. Je m'effondre dans mon lit. Il est presque 23 heures alors que j'ai l'habitude d'aller dormir vers 21h. Tu m'étonne que je sois fatiguée après cette longue journée de marche. Je passe une bonne nuit remplie de rêves. Aline Lourtie 13 octobre 2023

  • 1.000 km parcourus!

    J'AI PASSÉ LA BARRE DES 1000 KM!!! Incroyable mais vrai! Je ne me rends pas compte de ce que cela représente ni même que j'ai réellement marché 1.000 km. Cela me semble tellement énorme. Il reste +/- 580 km jusqu'à Santiago. J'ai un peu modifié mon plan de marche pour essayer d'éviter les grandes villes et les endroits de grandes affluences de pèlerins (je suis encore traumatisée par Puenta La Reina). Jusqu'ici cela fonctionne plutôt bien. Avec ces nouvelles étapes, l'arrivée à Santiago est prévue pour le 4 novembre. Cela peut encore changer car je ne respecte pas toujours ce que j'ai prévu J'essaye de ne pas trop me projeter et de rester autant que possible dans l'instant présent, de voir les étapes au fur et à mesure. Pourtant, plus Compostelle se rapproche, plus cela devient difficile de ne pas penser au moment où j'arriverai devant la Cathédrale, de ne pas imaginer comment je vais vivre mes dernières journées de marche, de ne pas imaginer ce que je vais ressentir quand je serai au bout, que cela sera fini, que je me réveillerai le matin et que je n'aurai plus à mettre mes chaussures de marche. Quel effet cela va faire? Et après? Comment va se passer le retour en Belgique? Je suis à la fois impatiente d'arriver à Santiago. Je décompte les jours et/ou les km. Je suis impatiente de rentrer en Belgique, de retrouver ma maison (et un peu d'intimité), mon chat, de pouvoir cuisiner et manger de bons produits et plus sainement, de pouvoir prendre un bain et changer de vêtements, de pouvoir recevoir un massage et prendre soin de mon corps, de pouvoir aller au yoga et à la danse, de pouvoir masser et surtout de pouvoir revoir les amis et la famille. Oui, je suis impatiente de retrouver tout cela. Et d'un autre côté, il y a une crainte. La crainte du vide et de la routine qui reprend. La peur de ne pas arriver à conserver tout ce que le chemin m'apprend, de ne pas réussir à le ramener avec moi en Belgique. Il y a tout cela qui se mélange pour l'instant. L'envie de profiter encore et encore et l'envie de rentrer et de pouvoir défaire mon sac. Satisfaite de l'aventure et de mettre des choses en place pour continuer de la faire vivre. Le chemin me paraît encore long et à la fois, j'ai la sensation que cela va filer à toute allure. Dans un peu plus de 3 semaines, je serai à Santiago. Aline Lourtie 12 octobre 2023

  • J42 - Navarrete - Azofra

    Longueur de l'étape: 21,94 km Total parcouru: 1000,51 km Je me fais réveillé par le réveil des autres pélerins. Je crois que c'est la première fois que je ne suis pas la première à me réveiller. Il est 5h30. Je me lève et prends le temps de dejeuner. Je me mets en route une heure plus tard. Je suis plutôt cool aujourd'hui. Le ciel est de nouveau rempli d'étoiles. J'ai même la chance de voir une étoile filante. Pendant la première partie du chemin, je longe une route. Comme il fait toujours sombre, cela ne me dérange pas trop. Je n'ai pas l'impression de louper de beaux paysages. Le lever de soleil est de nouveau magnifique. Il donne des couleurs splendide à la terre. Je me sens très sereine et cool pendant cette marche. C'est tranquille. Je croise peu de pélerins. Je traverse plusieurs vignobles. Après Najera, j'arrive dans de magnifiques paysages de terres ocres. Avec le bleu du ciel, le soleil et le vert des vignes, c'est juste splendide. Il y a aussi des rapaces. J'adore. J'arrive à l'auberge à midi mais elle n'ouvre qu'à partir de 13h30. Je m'installe un peu plus loin pour patienter. L'auberge est sympa. Il y a beaucoup de lit. Ils sont divisés en dortoirs de 2 personnes. Il y a même une petite piscine. Cela fait déjà un moment que je n'ai pas eu l'occasion de faire une lessive. Comme je suis là tôt et qu'il fait beau, c'est l'occasion. En plus, il y a une machine à lessiver. Je vais faire quelques courses. Je m'installe en terrase avec une bière bien fraîche et du maïs grillé. J'envoie des nouvelles à la famille, aux ColibrYs et sur FB. Je prends le temps d'écrire mon journal. L'après-midi passe à une vitesse folle. Ce soir, je vais manger au resto. Je n'ai pas le courage de me faire à manger et puis c'est l'occasion de fêter la barre des 1000 km! Il me reste plus ou moins 580 km jusqu'à Compostelle. Un peu plus de 3 semaines de marche. Cela me semble court et long à la fois. Je suis quand même impatiente de rentrer. Au menu : salade, poulet avec frite et crème caramel comme dessert. Un menu pélerin classique. Je rentre à l'auberge vers 20h. Il y a encore de l'animation. Il y a beaucoup de jeunes. Cela ressemble à un campus universitaire. Cela me fait aussi penser à l'ambiance du film « l'Auberge Espagnole » surtout avec toutes les langues différentes : espagnols, anglais, allemand, ... Je lis quelques pages avant de m'endormir. Aline Lourtie 12 octobre 2023

  • J41 - Sansol - Navarrete

    Longueur de l'étape: 31,25 km Total parcouru: 978,57 km Je reste dans mon lit. Il est beaucoup trop tôt pour me mettre en route. Je me lève une heure plus tard. Je fais rapidement mon sac pour partir de là au plus vite. Je n'en peux plus. Avant de partir, je laisse un petit mot à Josu pour le remercier de son hospitalité et pour son délicieux repas. Daniel, le Tchèque se lève en même temps que moi. Nous partons à quelques minutes d'intervalles. Il me suit mais ne semble pas vouloir me dépasser. Cela m'agace. Je décide de le laisser passer devant pour avoir la paix. Aujourd'hui, je suis râleuse et en colère. Tout m'agace. J'ai du mal à trouver du positif. Jusqu'à Viana, je marche dans le noir. Je ne profite donc pas des paysages. L'entrée à Viana n'est pas top : beaucoup de routes et de zones industrielles. Même la ville n'est pas jolie. Je suis frustrée car, derrière le béton et les bâtiments, il y a de très beaux paysages. Cela me questionne sur la place de l'humain dans la nature. La suite de la route vers Logrona n'est pas mieux. Cela me desespère de ne pas pouvoir me raccrocher à la nature pour calmer ma colère et ma frustration. Je me gave de sucre pour m'apaiser. C'est ma seule solution. Mais cela n'aide pas vraiment. Là, j'ai juste envie de rentrer en Belgique. J'en ai assez de manger des trucs en boite. J'ai envie de cuisiner, de manger de bons produits, de refaire du yoga, de méditer, de prendre soin de mon corps qui n'en peut plus, de dormir, de retrouver mon espace, mon intimité et de revoir ceux et celles que j'aime. Tout cela me manque. En même temps, je ne me vois pas arrêter de marcher. C'est comme si j'avais pris un rythme, une habitude qu'il était maintenant difficile de casser. Que va-t-il se passer quand je serai arrivée à Compostelle ? Quelle sera la sensation quand cela sera fini, que j'arrêterai de marcher ? Je suis prise entre ces deux sentiments : celui de continuer et celui d'arrêter. Cela fait quelques jours qu'il y a une impatience qui s'installe chez moi. Une envie de marcher vite, de faire de longues étapes pour arriver rapidement à destination. Je croise peu de monde sur le chemin. C'est devenu assez rare. Ma bulle est préservée et cela me fait du bien. Quand j'apperçois Logrona au loin, je me crispe. Je redoute la traversée de cette ville. Je repense à Toulouse. Non, je n'ai pas envie de revivre ça. Surtout aujourd'hui. Malgré la fatigue, je décide d'attendre avant de faire une pause, j'ai d'abord envie de traverser la ville au plus vite. Peut-être qu'il y aura un endroit sympa où me poser près de l'église. Logrona est une belle surprise. La ville est très jolie. L'église est très belle. Je prends un moment pour aller prier. C'est moment d'intériorité me font beaucoup de bien et me recharge. Puis, je fais une pause dans le parc qui est agréable. En plus, il y a une fontaine où je peux me rafraichir et remplir mes gourdes. Cette pause me fait le plus grand bien. Le chemin devient sympa. Il traverse plusieurs parcs. Il y a même un très beau lac. Je commence à me détendre mentalement et à profiter un peu plus du chemin. Le calme revient. Par contre, la fatigue physique commence à se faire sentir. Je n'ai pas bu beaucoup aujourd'hui et je le sens. J'ai aussi mangé beaucoup de sucre. Les 4 derniers kilomètres sont moins drôles : route bétonnée en plein soleil. Navarrete est une chouette petite ville. L'auberge où je m'arrête est sympa également. Je suis dans une chambre de 7. J'arrive en même temps que Florent, un pélerin français. Il voyage avec son amie Laurence qui n'est pas encore arrivée. La douche est froide. Heureusement, je vais vite au soleil pour me réchauffer. Je vais faire quelques courses pour le diner. J'ai juste envie de manger n'importe quoi. J'achète des chips, des boissons sucrées, du chocolat et une salade composée. Je m'installe au soleil pour manger. Je prends ensuite le temps de donner quelques nouvelles et d'appeler l'auberge à Azofra pour vérifier qu'elle est bien ouverte demain. J'ai même la possibilité de réservé un lit. L'étape de demain va être vraiment cool : à peine 22 km et plus besoin de me tracasser pour le logement. Je vais pouvoir y aller tranquillement. Je vais faire un petit tour à l'église qui est juste à côté. L'église est très belle. Je prends quelques minutes pour me recueillir. Prier me fait souvent beaucoup de bien. Il est déjà l'heure du souper. Je rentre à l'auberge pour me cuisiner quelque chose. J'essaye de faire attention à mon budget. Cela va vite. Après le repas, je me sens fatiguée. Après avoir ranger mes affaires et fais mon sac, je ne traine pas à aller dormir. Je n'entends pas les autres pélerins rentrer. Je suis dans un dortoir très calme. Je me réveille sans raison vers minuit. J'ai chaud et je manque d'air. J'ai du mal à me rendormir. Je zone sur FB et Instagram. Je m'inscris à un programme de méditation de 21 jours donné par Deep Choka. Cela commence dans quelques jours. Cela ne va peut-être pas être simple de trouver l'espace pour méditer mais je vais essayer. Cela me fera certainement beaucoup de bien. Je finis par me rendormir. Je me réveille encore deux fois durant la nuit. Malgré les réveils nocturnes, quand j'arrive à dormir, le sommeil est profond. Je rêve peu ces derniers temps. Aline Lourtie 11 octobre 2023

  • J40 - Ayegui - Sansol

    Longueur de l'étape: 25,13 km Total parcouru: 947,32 km Je me lève vers 5h30. et me mets rapidemet en route. La nuit est belle. Le ciel est rempli d'étoiles. Je passe devant le monastère dont Maman m'a parlé hier. C'est vrai qu'il a l'air beau. Je m'en veux un peu de ne pas avoir eu le courage d'aller le visiter hier. J'aurais pu le voir en plein jour. Je passe devant la fontaine du vin. Je bois quelques gouttes pour me donner force et courage pour le chemin. Le chemin est simple : peu de dénivelé, pas du tout accidenté. Cela me laisse tout le loisir de profiter des paysages et de ce qui m'entoure. Les paysages sont très beaux. Je ne sais pas pourquoi mais je suis touchée. Je n'arrive pas à décrire ce que je ressens pendant que je marche. Une grande paix intérieure peut-être est-c le vin qui fait cet effet-là. J'arrive à Sansol vers 12h30. L'hébergeur n'a pas encore terminé de préparer le dortoir. Je m'installe sur un banc à l'ombre. Quand il m'accueille et qu'il apprend que je n'ai pas réservé, il semble mécontent. Il m'explique qu'il est préférable de réserver sinon je risque de me retrouver sans place. Cela m'étonne car depuis que je suis en Espagne, plusieurs auberges ont refusé de prendre ma réservation. C'est premier arrivé, premier servi. L'auberge est très jolie. Elle m'attiré à cause de son nom « Karma Albergue ». Je comprends vite que Josu est sensible au yoga et à la méditation. Cela se voit dans sa déco. Cela donne ue chouette ambiance. Je suis rejointe un peu plus tard par Claire, une autre pélerine. Je discute un peu avec elle avant de partir faire un tour dans le village. Je m'installe sur un banc près de l'église pour manger. J'en profite aussi pour faire mon nouvel itinéraire. Si je le respecte, j'arriverai à Compostelle soit le 4 soit le 5 novembre. Quand je rentre à l'auberge, deux autres pélerins sont arrivés : Daniel, le pélerin Catalan que j'ai déjà croisé à Sangüeza et Rafa. Ils parlent très vite et je ne comprends pas tout ce qu'il me raconte. Josu, l'hébergeur, vient discuter avec moi. Il me parle de la Belgique. Il l'air supris que je ne parle pas flamand et que je ne sache pas que Bruges a été sous domination espagnole. Je retourne faire quelques courses. En allant au magasin, je croise une autre pélerine appelée Claire aussi. Elle vient de Virginie aux USA. Nous nous sommes croisé sur le chemin tout à l'heure. Elle est en train de manger. Je suis impressionnée de la voir manger du pain avec du choco et du beurre de cacahuète. J'imagine que cela doit avoir son poids dans son sac. Elle termine son repas et puis reprend le chemin. Au magasin, je croise l'autre Claire, Raul, Roberto, Rafa. Ils dorment tous chez Josu. L'épicerie est miniscule et avec tout ce petit monde à l'intérieur, ce n'est pas évident de se déplacer. De retour à l'auberge, Josu nous enregistre en scannant nos cartes d'identité et en tamponnant nos crédentiales. Nous descendons ensuite pour manger le repas préparé par Josu. Nous sommes 6 : Claire, Daniel, Rafa, Raul, Roberto et moi. Au menu : salade de thon, tomates, oeufs, aperges, maïs. Cela fait du bien de manger un peu de légumes. Puis pâtes carbonara et comme dessert une succulente crème vanille. C'est un vrai régal. Josu ne mange pas avec nous car il a d'autres plans. Au début, nous échangeons en espagnol et parfois en anglais pour Claire. Les espagnols parlent vite et j'ai du mal à les comprendre. Milieu de repas, nous sommes rejoint par un autre pélerin, Daniel qui vient de République Tchèque. Il commence à parler anglais avec Claire. De ce que je comprends, cela parle politique. J'ai donc d'un côté une conversation en espagnol et de l'autre une conversation en anglais. Je ne sais plus où donner de la tête. Je n'arrive à suivre ni l'une ni l'autre. Cela me demande trop de concentration et me fatigue. Je n'ai plus l'élan de me sociabiliser. Je sens, qu'eux, ils ont plutôt envie de faire la fête et de continuer à discuter. Je suis la première à quitter la table et à monter me coucher. Je m'endors rapidement. Par contre, je suis réveillée quand les autres viennent se coucher. Ils ne sont pas du tout discrets. Vers minuit, je suis à nouveau réveillée par des ronflements. C'est horrible. Genre le général allemand dans « La Grande Vadrouille ». Impossible de dormir. Je mets mes boules quies. Je l'entends encore. J'enfouis ma tête dans mon oreiller. Je l'entends encore. Je m'énerve. J'ai juste envie de l'étouffer avec son oreiller. J'essaye de me concentrer sur ma respiration et de penser à autre chose. Je finis par m'endormir. A 3 heures du matin, c'est le défilé pour aller aux toilettes : un premier qui se lève puis un second, puis un troisième. Bref, tout le monde y va. Chacun à son tour. De nouveau, impossible de me rendormir. Vers 4h30, je suis complètement réveillée. Nuit très difficile. Aline Lourtie 10 octobre 2023

  • J39 - Puenta la Reina - Ayegui

    Longueur de l'étape: 22,28 km Total parcouru: 922,19 km A partir de 3-4 heures du matin, je ne cesse de me réveiller, changer de position, ... je décide de me lever vers 5h. Je me mets en route directement après avoir mangé et fais mon sac. Je fuis l'auberge. D'autres personnes sont déjà sur le chemin. J'en dépasse plusieurs pélerins. Il y a une belle montée pour débuter l'étape. Je ne m'y attendais pas. Elle me mets un peu KO. Je me mets la pression pour avancer car j'ai juste envie de fuir le monde. Je n'aime pas être rattrapée par d'autres pélerins. Et quand j'en dépasse, j'accelère pour mettre de la distance. Bref, je ne marche pas du tout à mon rythme. Il y a une sorte de compétition. Pas pour être la meilleure mais pour mettre de la distance. entre le reste du monde et moi. Un désir de me retrouver seule. Je décide de m'arrêter plus loin que Estrella qui est l'étape que j'avais prévue à la base. J'espère ainsi trouver une auberge avec moins de monde. J'arrive à réserver un lit. je suis rassurée d'avoir un endroit où dormir. Par contre, je me sens épuisée et oppressée. C'est difficile de ne pas pleurer. Le chemin n'est pas difficile mais j'ai mal partout. Je serre les dents et les mâchoires. Tout est contracté. Tout est tendu. Les personnes que je dépasse ont toutes l'air sereines et de profiter du moment. Ce n'est pas du tout mon cas. Pourquoi ne suis-je pas capable de faire la même chose ? Pourquoi je me mets autant de pression ? Pourquoi je me sens oppressée par les autres ? Pourquoi est-ce si difficile de m'ouvrir aux autres, de les laisser entrer dans ma bulle, de lâcher prise ? Cela me ramène à des événements que j'ai vécus en secondaires et en Equateur. Je m'en veux. Je culpabilise de retomber toujours dans les mêmes schémas et questionnements. Cela devient de plus en plus récurrent. Toutes ces ruminations affectent très fort ma marche. Je le sens. Je décide de lâcher prise, de regarder autour de moi, de profiter des paysages, de sortir de ma tête, de respirer, de faire des pauses et de ralentir. Cela semble fonctionner. Je sens que mon corps commence à se détendre et je retrouve une sorte de sérénité. Cela me fait du bien. J'arrive à Estrella. Il est à peine 11h. Je prends le temps d'aller visiter l'église. J'allume un cierge à Saint-Jacques et lui demande de m'aider à trouver plus de paix sur le chemin. Une gentille dame vient me proposer d'aller visiter le cloître et de tamponner ma crédentiale. J'accepte avec plaisir. Lorsque je récupère mon sac, un monsieur m'offre un flèche jaune « pour ne pas me perdre » me dit-il. Je vois cela comme un signe de Saint-Jacques. Je ressors de l'église calme et posée. Il me reste seulement 2 km avant d'arriver à l'auberge. Je suis la première à arriver. Il y a 3 dortoirs : 2 dortoirs de 16 lits et 1 avec 10 lits. Je suis dans un dortoirs de 16 lits. Le dortoir est grand et il y suffisamment de place pour ranger nos affaires et se déplacer entre les lits et dans le dortoirs (pas comme hier). Je m'installe tranquillement. Je suis plus disposée à accueillir d'autres personnes dans ces conditions. Le temps de prendre ma douche, un autre pélerin est arrivé. Il s'appelle Robert. Il vient du Canada et a commencé le chemin à Saint-Jean-Pied-De-Port. Il parle anglais et français. Je vais faire un tour et m'installe dehors pour diner et écrire. Je prends le temps de répondre à Florent que j'ai rencontré en France près de Toulouse. Quand je rentre à l'auberge, je croise un groupe d'asiatique. Ils sont installés dans un autre dortoir. Dans mon dortoir, il y a une autre jeune fille très calme et silencieuse. Elle semble avoir besoin de son espace. Je comprends très bien cela et je respecte son besoin. Il n'y a pas de possibilité de cuisiner. Par contre, la cafétaria propose des menus pélerins. Je vais donc manger là-bas ce soir. Au menu : salade, poulet et frite et crème au chocolat comme dessert. Ce n'est pas de le grande cuisine mais cela convient parfaitement à mon estomac affamé. Je viens de manger mon tout premier menu pélerin. Il y en aura beaucoup d'autres.... Je savoure un bon chocolat chaud avant d'aller lire quelques pages de mon bouquin dans mon lit. Je passe une très bonne nuit. La première depuis bien longtemps. Aline Lourtie 09 octobre 2023

  • J38 - Monreal - Puenta la Reina

    Longueur de l'étape: 30,98 km Total parcouru: 899,91 km Débout vers 5h30. Je ne suis pas la seule lève tôt. Julian, un autre pélerin est également debout. Je me prépare rapidement et me mets directement en route. Je dejeunerai en chemin. L'étape est longue et la journée s'annonce chaude. Tous les km fait au frais sont bons à prendre. L'étape se passe en douceur. Beaucoup de petits sentiers comme je les aime, des parties boisées. Aujourd'hui, c'est ma dernière étape sur la Voie d'Arles. A partir de Puenta la Reina, j'entamerai el Camino Francès. Puenta la Reina est le premier objectif que je me suis fixé et c'est aussi la moitié du chemin. Compostelle je rapproche et devient de plus en plus concret et accessible. Je me perds dans mes pensées. J'ai envie de proposer à mes connaissances de venir faire les derniers kilomètres avant Compostelle avec moi. Je me projette beaucoup. De temps en temps, je me raisonne et essaye de rester dans le moment présent et de profiter de l'étape du jour. J'essaye de voir chaque pas sur le chemin et pas la destination mais c'est parfois difficile. Il y a une certaine impatience qui s'installe. Ainsi que de la fatigue. Je me trouve un chouette endroit pour la pause de midi et je m'assieds au pied d'un arbre. C'est tellement agréable. Quand je reprends la route, il me reste à peine une dizaine de kilomètres à faire. La marche de l'après-midi est plus difficile à cause de la chaleur. Je suis attentive à faire de petites pauses et à bien m'hydrater. Quand j'arrive à l'auberge de Puenta la Reina, c'est le choc ! Il y a une foule de pélerins à l'entrée. Je dois faire la file pour m'inscrire. Cela ne m'est jamais arrivé. C'est une auberge de 100 places. L'hospitalier est agité et semble un peu perdu avec tout ce monde. Certains pélerins perdent patience et s'en vont. Ce ne sont pas les auberges qui manquent à Puenta la Reina. C'est une étape importante du Chemin de Compostelle de nombreuses route sy' rejoignent: la voie d'Arles, la voie de Tours, la voie du Puy-en-Velay et la voie de Vézelay. Je suis dans un tout autre monde et me sens complètement perdue. Je peux enfin m'inscrire et à aller m'installer. Il s'agit de dortoir de 8 personnes. La chambre est petite. Nous n'avons pas beaucoup d'espaces pour poser nos affaires. Je file vite sous la douche en espérant qu'il n'y aura pas de file. Je me dépêche pour ne pas mobiliser la douche trop longtemps et laisser la place aux autres. Après avoir préparer mes affaires, je m'enfuis de l'auberge. Les rues sont aussi bien animées. Il semble y avoir des pélerins partout. Je ne m'attendais pas à cela. Je vois beaucoup de bars et de restaurants ouverts mais pas de magasins. Normal, nous sommes dimanche. Je finis pas trouver une petite épicerie. Je fais mes provisions. Je m'achète aussi une glace. Envie de frais et de sucré pour me réconforter. Je sens que je ne suis vraiment pas bien. Je trouve un endroit tranquille pour me poser. Je suis à l'ombre, pourtant, je meurs de chaud. Je transpire. Je rentre à l'auberge pour manger. La cuisine est disponible. Nous sommes seulement 2 à l'utiliser. Heureusement, car elle n'est pas très grande et déjà à deux on se marche un peu dessus. Je me prépare de la soupe et un plat de riz et m'installe dans le réfectoire. Je me sens toute petite et complètement perdue. Qu'est ce que je fais là ? Je ne sais pas où me mettre et ne trouve pas ma place. Cela me fait peur pour la suite. Est-ce que cela va être comme cela tout le long du chemin ? Si oui, est-ce que je vais réussir à m'adapter ? Je suppose que cela ne va pas s'arranger à l'approche de Compostelle. J'ai un peu discuté avec une pélerine française qui partage le même dortoir que moi. Elle a démarré à Saint-Jean-Pied-de-Port. Elle m'explique qu'il y a beaucoup de monde sur le Chemin. Apparemment, deux pélerines n'ont pas réussi à trouver de logement à Pampelune. J'ai l'impression de devenir livide en entendant cela. J'ai juste envie de m'enfuir. Cela amène une autre ambiance. Un truc énorme, avec beaucoup de monde. Il y a un aspect touristique qui ne me plaît pas et j'ai peur de perdre le côté spirituel. Fini les gîtes en solitaire, les repas sympas à 4-5. Fini les verres d'accueil et les repas préparés par les hospitaliers. Fini aussi l'intimité, l'espace privé, le calme, le silence. Je regarde autour de moi et je vois beaucoup de groupes de jeunes et moins jeunes. Cette agitation ne semble déranger personne. Tout le monde semble très à l'aise et passe du bon temps. Une jeune fille m'interpelle en anglais et me demande si je veux l'accompagner elle et son groupe d'amis à la rivière. Je décline l'invitation poliment. Vers 19h, je me rends à l'église pour assister à la messe des pélerins. L'église Saint-Jacob est magnifique. J'y retrouve Regio et Daniela. Ils sont dans la même auberge que moi. Ils m'invitent à m'installer près d'eux. Je suis touchée par cette attention. La messe est en espagnol. Je ne comprends pas tout ce que le prêtre raconte. Je me « raccroche » à tous les rituels (prière de l'eucharistie, le Notre-Père, ...). Il s'agit d'un jeune prêtre. Il est chaleureux. Il me touche même si je ne comprends pas son discours. Je ne me sens pas très bien pendant la messe : j'ai chaud, je transpire, j'ai une douleur aiguë qui irradie dans l'omoplate et se diffuse dans toute l'épaule. J'ai du mal à rester debout et j'ai l'impression que je vais faire un malaise. Cela finit pas se dissiper. Je retrouve un peu de calme et de paix et je peux apprécier le moment. A la fin de messe, il y a une bénédiction des pélerins. Nous sommes invités à aller devant l'autel. Nous recevons une carte avec la prière de Saint-Jacques ainsi qu'un pendentif que le prêtre nous passe autour du cou. C'est un beau moment. Le prêtre tamponne ensuite notre crédentiale. Comme je ne l'ai pas avec moi, je lui demande de mettre le tampon sur la carte que je viens de recevoir. Après la messe, je reste u moment pour prier devant la statut de la Vierge. Je me sens plus calme et plus sereine quand je rentre à l'auberge. Certains de mes compagnons de chambre sont déjà couchés. Je ne tarde pas à faire de même. J'essaye de faire le moins de bruit possible en montant dans mon lit. Ce n'est pas facile. Dès que je bouge, le lit grince. Je me demande comment je vais réussir à être discrète et à ne pas réveiller les autres demain matin. Je m'endors rapidement. Aline Lourtie 08 octobre 2023

  • J37 - Sangüesa - Monreal

    Longueur de l'étape: 25,95 km Total parcouru: 868,93 km Je me réveille tôt. Je me tourne et me retourne dans mon lit avant de me décider à me lever. Je descends pour déjeuner. J'ai acheté un Wraps à réchauffer. C'est pas très bon. Mais je préfère déjeuner salé. Les autres se lèvent quand je suis en train de préparer mon sac. Je me mets en route rapidement avec l'envie de fuir tout ce monde. L'étape est relativement facile malgré quelques belles montées et descentes. Ma cheville est fragile et j'ai du mal à trouver mon rythme. Au début, les paysages sont plutôt agricoles : des collines avec des champs. Avec la chaleur, il y a un aspect aride et désertique avec des petits buissons épineux. Ensuite, j'arrive sur des sentiers à flanc de colline avec des pins tout autour. Cela me fait penser à certains paysages français. J'apprécie et cela amène de la fraicheur et de l'ombre. Je me fait rattraper par Richard et son ami. Je les laisse me devancer. Ils semble aller plus vite que moi. Je les rattrape un peu plus loin. Je les sens derrière moi. Nous jouons au chat et à la souris jusqu'à Izco où ils s'arrêtent pour manger. de mon côté, je continue ma route en espérant trouver rapidement un endroit à l'ombre pour me poser. J'aime pique-niquer en pleine nature, au soleil, assise sur mon sac. Richard et son ami me dépassent à nouveau. Je n'ai pas fini de manger, cela leur laisse le temps d'avancer. Je me remets en route. Il ne reste pas beaucoup de kilomètres. Il fait chaud sur cette longue route sans ombre. Ce n'est qu'à la fin de l'étape que je retrouve la fraicheur d'un bosquet. Je suis contente d'arriver au gîte. Apparemment, Richard et son ami sont arrivés également. Leurs sacs sont dans l'entrée mais il n'y a personne. Je croise la propriétaire. Elle m'explique le fonctionnement du gîte et repassera plus tard pour le paiement et la credentiale. Le temps de ma routine habituelle, les deux pélerins reviennent ainsi que Regio et Daniela suivis par la propriétaire revient. Elle nous donne quelques infos pratiques. Il n'y a pas de supermarchés dans le coin. Par contre, il y a un restaurant. Les autres vont manger là-bas ce soir. Je serais seule au gîte. J'ai fait mes réserves et j'ai de quoi manger au moins jusqu'à Puenta la Reina. Je passe un peu de temps à écrire, à donner des nouvelles, ... la routine s'installe. Puis je vais manger. Les autres pélerins reviennent rapidement. Je termine de manger, fais la vaisselle en monte me coucher. Aline Lourtie 07 octobre 2023

  • J36 - Arrès - Sangüesa

    Longueur de l'étape: 26,78 km Total parcouru: 842,78 km Nous déjeunons tous ensemble. Juan met de la musique. D'abord « Imagine » de John Lennon puis Ludovico Einaudi, Yann Tiersen, Yanni, ... Toutes des musiques que j'adore. A croire qu'il a pris une de mes playlist. Je lui dis que j'aime beaucoup ses musiques et notamment Yanni. Il me fait découvrir Wim Mertens, un pianiste belge. C'est déjà l'heure de partir. Je reçois un gros câlin de mes deux papys de coeur et je me mets en route avec Regio et Daniela. J'ai du mal à contenir mes larmes. Je suis tellement reconnaissante de ce que j'ai reçu : les attentions et messages de Belgique, la rencontre avec Juan et Gilberto, leur gentillesse et leur douceur envers moi, les échanges avec Regio et Daniela. Je ne sais pas si Juan et Gilberto ont senti ma fragilité et ma baisse de moral quand je suis arrivée au gite. Je ne sais pas à quel point ils ont su que j'avais besoin de tous ces petits cadeaux. Je ne sais pas s'ils ont conscience de l'effet que cela a eu sur moi et de la trace qu'ils laissent dans mon coeur. Le Chemin m'a appris une nouvelle leçon : celle du coeur et de la simplicité. J'ai pris conscience que quelques mots simples, quelques gestes simples, quand ils sont dit et fait avec le coeur peuvent considérablement changer la journée de quelqu'un. J'aimerais être capable de donner autant d'amour sans rien attendre en échange. Avec Regio et Daniela, nous marchons chacun de notre côté mais nous sommes attentifs à rester ensemble et à ne pas nous perdre de vue. Nous arrivons à Artieda vers 11h30. Nous attendons le taxi au bord de la route. Il fait déjà chaud. Quelle sensation bizarre de monter dans une voiture. J'ai même un peu peur au début. Puis je suis frustrée de voir les paysages défiler aussi rapidement et de ne pas pouvoir en profiter. Je me rends compte aussi de la distance que je parcours chaque jour depuis plus d'un mois. En fait, 20 km c'est assez conséquent comme distance. Arrivée à Undues de Lerda, Regio, Daniela et moi nous séparons. Eux, restent sur place pour manger et moi, je continue mon chemin. Un peu plus loin, je trouve un endroit sympa à l'ombre. Je m'y installe pour pique-niquer. Je rencontre un couple de pélerins qui va également à Sangüeza. Une fois repue, je me remets en route. Le Chemin est simple, plat et pas trop accidenté. Ce sont de longues lignes droites avec peu de zones d'ombre. Etant descendue en altitude, il fait de nouveau chaud et la température avoisine les 30°C. J'arrive à l'auberge vers 15h. Je suis rejointe par Regio, Daniela et le couple de pélerin que j'ai croisé ce midi. Après ma routine habituelle, je prends le temps d'envoyer quelques nouvelles pour rassurer les gens et les remercier personnellement pour leurs messages et encouragements. Puis je vais faire quelques courses. Quand je rentre à l'auberge, il y a deux autres pélerins qui attendent devant la porte. Je leur ouvre et discute un peu avec eux. Richard est suisse et il va jusqu'à Puenta la Reina. L'autre pélerin (dont j'ignore le prénom) vient de Catalogne et va jusqu'à Compostelle. Tout ce petit monde part manger à l'extérieur. Je reste seule à l'auberge et me prépare un repas simple : soupe, légumes, riz au lait et quelques raisins. Je prends le temps d'écrire et de lire avant d'aller me coucher. Une journée sans encombres et presque banal maintenant... Aline Lourtie 06 octobre 2023

  • J35 - Jaca - Arrès

    Longueur de l'étape: 25,51 km Total parcouru: 816 km Je me suis endormie rapidement et je n'ai pas entendu les autres rentrer. Je descends déjeuner pour ne pas déranger. Quand je remonte pour préparer mon sac, Regio et Daniela sont debout et tout le dortoir est allumé. Pas certain que cela plaise aux espagnols qui dorment encore. Je me mets en route vers 7h. Comme hier, j'emprunte des petits sentiers qui longent la nationale. Ma cheville droite est toujours douloureuse. J'espère que je ne suis pas en train de forcer dessus. J'essaye de marcher normalement, sans boiter pour ne pas compenser avec l'autre cheville. Je me sens fatiguée physiquement et mentalement. J'ai du mal à me raccrocher à l'instant présent et aux paysages. J'écoute de la musique pour m'aider à avancer, me couper du bruit des voitures et me remonter le moral. Je suis dans ma bulle. Je sens tout mon cafard qui remonte. Je pleure. Je me sens seule. Je remarque que, depuis Toulouse, les pélerins que je croise marchent à 2 ou 3. Cela accentue ma solitude. Avec Regio et Daniela, nous nous retrouvons à chaque étape depuis Sarrance mais nous ne parlons pas à cause de la barrière de la langue. Ils restent dans leur coin et moi dans le mien. C'est parfois dur à vivre. Je souffre aussi du manque de contact physique. Ma vision du Chemin est bien négative aujourd'hui. Beaucoup de choses m'insupportent et beaucoup de choses me manquent. J'ai hâte de revoir la famille, les amis, les ColibrYs, de masser, faire du yoga, reprendre la formaion RAT. Tout cela me manque. J'ai le coeur lourd. Je reçois un message d'une amie qui me dit qu'elle pene à moi. Bouffée d'amour dans mon coeur. Je lui réponds en lui disant que son message tombe à pic, que j'en ai bien besoin. Elle me répond que mon absence lui fait prendre conscience de notre lien d'amitié. Cela me touche et me fait pleurer davantage. Je fais des rencontres sur le chemin. Elles sont intenses, parfois superficielles mais toujours éphémères. J'aimerais pouvoir partager le chemin avec des gens que j'aime, qui comptent pour moi. Cela m'amène à réfléchir. J'ai envie de consolider, de renforcer mes liens d'amitié. J'ai déjà tout ce qu'il faut en Belgique. Je n'ai plus envie de m'enfuir, d'être ailleurs. J'ai envie de m'engager vraiment dans ce que je fais, d'y rester. J'ai aussi envie de m'engager dans une relation amoureuse. J'ai envie de partage, de connexion de toucher et d'être touchée. Tout cela vient remuer le sentiment de solitude déjà présent en Belgique. Un peu plus loin, le chemin se corse : ronces, arbres morts, buissons épineux. Je ne vois plus le chemin ni de balises. Je suis peut-être perdue. D'après le GPS, je suis sur la bonne voie. Ma cheville en prend un coup. Je sors de ce tronçon fatiguée, avec quelques égratinures et surtout bien énervée. Là, j'ai envie de tout plaquer. Je suis contente de retrouver des sentiers sans embûches. Je voulais me rendre directement à Arrès, sans pause midi. Mais, là, j'ai besoin de m'arrêter. Je me trouve un endroit sympa près d'une rivière. Je n'ai pas spécialement envie de manger. Je suis nouée. Je me remets en route d'un bon pas. La pause a fait du bien. Le chemin s'est éloigné de la route. C'est plus agréable. J'arrive à Arrès, un joli petit village avec des maisons en pierre. Le chemin arrive directement à l'auberge où je suis accueillie par Juan et Gilberto, deux adorables papys. Juan m'aide à enlever mon sac et Gilberto me sers un verre de jus de citron bien frais avec un morceau de chocolat. Deux petites choses toutes simples mais que je reçois comme un cadeau précieux. Je comprends parfaitement Juan et Gilberto quand ils me parlent. Ils sont attentifs à ne pas parler trop rapidement. J'ai plus de difficulté à parler. Je ne trouve pas mes mots, je m'embrouille, ... Voyant mes difficultés, Juan me dit « Tranquila, tranquila ». Régio et Daniela arrivent au gîte. Je m'installe dans un dortoir et le couple d'italien va dans un autre. Je serai donc seule pour dormir. Nous avons rendez-vous à 19h avec Juan et Giberto pour une visite guidée du village puis nous mangerons tous ensemble. Je prends le temps de m'allongée. Le moral est un peu remonté mais je suis épuisée et ma cheville est douloureuse. Régio vient me trouver. Apparemment, le gite de la prochaine étape est complet car il y a une fête important ce jour-là. Le prochain logement se trouve à 40 km. Je pâlis. Je ne me sens pas du tout capable de marcher 40 km. Juan nous propose d'aller à pied jusqu'à Artieda. Puis de prendre un taxi jusqu'à Undues de Lerda et de terminer l'étape à pied jusque Sangüeza. Ce qui fait une étape de 26 km et cela nous fait gagner un jour de marche. Je laisse la petite voix qui crie « tricheuse » de côté. C'est une bonne solution. Juan s'occupe de nous réserver un taxi et l'auberge. Je suis soulagée de ne pas devoir m'occuper de ça et de savoir où je vais dormir demain. Nous partons ensuite visiter l'église. Elle est toute petite et tombe en ruine. C'est dommage car elle est adorable. Nous visitons ensuite la Tour de Garde. Il y a une vue magnifique de là où nous sommes. C'est le moment des selfies. C'est sympa cette petite visite. Juan et Gilberto me font beaucoup de bien. Nous rentrons à l'auberge. Regio et Daniela cuisinent des pâtes avec des tomates, des oignons et de l'ail le tout accompagné d'une salade de tomates, de carottes et de thon. ke repas est servi avec un verre de vin. Je me régale et je savoure cette soirée en bonne compagnie. Le dessert a été préparé par Gilberto : un succulent riz au lait. Pendant le repas, Regio, Daniela Juan et Gilberto parlent de leurs enfants de leurs petits-enfants et me montrent des photos. Je leur dit que j'ai presque le même âge que leurs enfants. Juan me dit « Tu eres como nuestra hija a todos ». Je suis extrêmement touchée par ces mots et par ces deux anges gardiens qui ont croisé mon chemin. Je suis comme une petite fille entourée de ses deux papys. Bien que nous ne nous connaissions pas, il y a de la tendresse, de la douceur et une certaine complicité. Le repas se termine par un Amaretto. Je passe mon tour. Je monte me coucher. Quelle belle soirée ! Je suis quand même contente de retrouver mon lit. Je m'endors rapidement et sereinement. Aline Lourtie 05 octobre 2023

  • J34 - Canfranc - Jaca

    Longueur de l'étape: 19,45 km Total parcouru: 790,49 km Finalement, pas vraiment de grasse matinée. Je me réveille à 5h30. Je reste dans mon lit jusque 6 heures. Je me préparer tranquillement. J'ai le temps. C'est une petite étape. Je me mets en route vers 7h45. Il fait déjà clair. Cela change des autres jours. C'est rare quand je pars sans avoir besoin de ma lampe de poche. Quand je suis partie, je n'ai pas entendu de bruit dans le dortoir de Flora, je me suis dit qu'ils dormaient encore. J'envoie un message à Flora pour lui dire que je me mets en route, que j'espère qu'ils ont passé une bonne nuit reposante et leur souhaite une bonne journée. En y repensant, je me demande s'ils ont dormi là. Je n'ai pas vu Kitty dehors ni leurs chaussures à l'entrée. Peut-être sont-ils repartis après avoir pris leur douche. Je ne sais pas. Je n'ai pas reçu de réponse à mon message. Mon message n'en demandait pas. Cela me fait du bien de reprendre la route en solo. Je peux aller à mon rythme, faire des pauses quand j'en ai besoin. Je me sens fatiguée et le moral est un peu bas. Ma cheville droite est douloureuse. J'ai un peu de mal à trouver mon rythme. La journée ne va pas être simple. J'ai hâte d'arriver à Jaca. Heureusement, c'est une petite étape. Les montagnes s'éloignent déjà. Il est temps de dire au revoir aux Pyrénées. Le chemin devient plus plat ce qui fait du bien à mes chevilles. Par contre, il longe souvent la route. Les paysages ne sont pas dingues et il y a pas mal de bruit avec la circulation. J'arrive à Jaca vers 13h mais l'auberge n'ouvre qu'à 15h. Je trouve un parc au calme pour me poser. Je mange tranquillement à l'ombre et j'en profite pour appeler mes parents. Cela me fait du bien de parler. J'en ai un peu gros sur la patate aujoud'hui. J'ai des montées d'émotion et des larmes qui me montent aux yeux quand je parle de mon envie de partager mon arrivée à Santiago avec d'autres personnes. Je suis plus négative que les autres jours. J'ai peur du changement et de cette nouvelle adaptation à l'Espagne. La solitude est parfois difficile à supporter. Mes ami/es me manquent et surtout les contacts physiques. Je suis très émue en disant cela. Après ce long coup de téléphone, je peux aller m'installer à l'auberge. Je toune un peu en rond avant de la trouver. Elle était pourtant bien indiquée. La personne qui me reçoit n'est pas très sympa. Elle parle vite mais je comprends l'essentiel. J'ai l'impression que je la dérange. Petite routine habituelle : douche, lessive, courses. Je dois faire quelques réserves car il n'y a pas de magasin durant les 2-3 prochaines étapes. Mon sac va être lourd. Je m'installe ensuite à la terrase d'une pâtisserie pour y déguster un mille-feuille avec un thé. Cela me goûte bien. Je rentre à l'auberge et m'installe pour écrire. Pour le moment, nous sommes 3 : Régio, Daniela et moi. Cela me convient et j'espère que cela va reste comme cela. De là où je suis, j'entends l'hopsitalière discuter avec une femme. Par les quelques mots que je perçois, je crois comprendre qu'il s'agit de Flora. La disussion est animée. Cela parle beaucoup. J'ai cette pensée pas très sympa où j'espère qu'elle va être refusée. J'ai envie d'être tranquille ce soir et je sens aussi que sa manière de fonctionner me dérange. Le fait de ne pas respecter les règles, de ne pas avoir sa crédentiale, ses papiers, ... Elle a parfois un côté « je m'en foutiste » qui me dérange. Cela gratte chez moi. Je constate que si cela me pose problème c'est parce que, moi, je ne m'autorise pas cette liberté et ce « je m'en foutisme ». Je me conforme aux règles même si parfois, je ne suis pas en accord ou que j'aimerais être plus libre. Je me sens aussi coupable d'avoir ce genre de pensée et d'être méchante à son égard. J'ai la sensation d'être une petite princesse dans sa tour confortable qui rejette les autres. Je ne le vis pas bien du tout. Finalement, je n'entends plus rien. J'en déduis qu'elle a dû partir. J'espère quand même que l'hospitalière lui a donné une autre adresse. Pendant que je me prépare à manger, deux autres pélerins arrivent à l'auberge pour domir. Petit pincement : mince nous seront plus que 3 finalement. Ils sont installés juste à côté de moi. Tant pis. C'est comme cela. Il faut pouvoir accepter de vivre avec les autres. Le Chemin ne m'appartient pas. Et puis, cela va arriver de plus en plus souvent. Je peux juste m'estimer heureuse d'être seulement 5 dans un dortoir de 15 personnes. L'auberge pourrait être complète. Le couple d'italien est partis mangé à l'extérieur et les deux marcheurs espagnols ne tardent pas à partir également. Je me retrouve seule. Cela me donne l'espace dont j'ai besoin pour passer une soirée au calme. Aline Lourtie 04 octobre 2023

  • J33 - Borce - Canfranc

    Longueur de l'étape: 34 km Total parcouru: 771,04 km Nous nous levons tous en même temps. Le gite est petit, j'ai l'impression de manquer de place et d'être tout le temps dans le chemin des autres. Je ne sais pas où me mettre. Comme je n'ai rien pour déjeuner, je décide de me mettre en route. Je trouverai certainement quelque chose sur le chemin. Cela me permet de fuir l'agitation de la maison et de partir tôt comme prévu. Je me retrouve dans le noir sur une route nationale. Heureusement, à cette heure-ci, il n'y a pas beaucoup de passage. Je ne suis quand même pas très rassurée. J'ai peur de me faire choper par une voiture et peur de manquer la déviation et de tomber dans les travaux. Sur la carte, je vois une route parrallèle qui rejoint la nationale un peu plus loin. J'hésite à la prendre. Mon intuition me dit que je vais rejoindre la route dans la zone des travaux. Par prudence, je continue sur la Nationale et prie pour que la déviation ne soit plus très loin. J'attends avec impatience que le soleil se lève. Enfin, je vois la déviation. Je me retrouve dans un tunnel très sombre à marcher sur des gros cailloux entre des rails de chemin de fer. C'est glauque et pas rassurant. Cette route me semble interminable. Je vois enfin la lumière au bout du tunnel (au sens propre comme au figuré). Je continue de longer la route jusqu'à Urbos mais sur des chemins parallèles. Je suis en sécurité et le soleil se lève. Arrivée à Urbos, je trouve une petite épicerie. Je m'achète de quoi manger et je m'installe pour déjeuner. Je me sens déjà fatiguée à cause du stress de ce début de journée. J'ai l'impression d'avoir parcourus 15 km alors que je n'en ai fait que 5 km. Je suis contente de retrouver les sentiers de montagne. Il y a quelques belles montées et aussi pluieurs tronçons sans dénivelés. Ce qui me permet de souffler. Cela me semble plus facile que ce que j'imaginais. Je m'imagine presqu'aller jusqu'à Jaca aujourd'hui (41 km) mais j'abandonne vite l'idée. Une chose à la fois. L'étape ne fait que commencer. D'abord le Somport après on verra. J'espère y être pour midi. Il fait nuageux aujourd'hui, je n'ai donc pas le plaisir de savoureux les payages montagneux qui doivent être splendides. J'espère que cela va se dégager. Durant les 6 derniers km avant le Somport, ce n'est que de la montée. Les choses se corsent. Sur le chemin, je croise une maman avec ses deux enfants et leur chien. Nous ne parlons pas vraiment. Ils me laissent passer car mon rythme est plus rapide. Un peu plus loin, je me trompe de chemin. Je tourne à gauche au lieu d'aller à droite. Je m'en rend compte assez rapidement. Durant mon détour, la petite famille est à nouveau passée devant moi et je la retrouve en train de faire une pause un peu plus loin. Je prends le temps de discuter. Flora est une amie de Bruno et Amélie (mes hôtes à Lodève). Elle a une maison près de chez eux. Elle est partie de Lodève à pied avec ses deux enfants, Anaé (11 ans) et Ilam (6 ans) et Kitty leur petite chienne de 10 ans (qui n'a pas l'air enchantée d'être là). Cela fait 3 semaines qu'ils sont en route. Ils vont aussi jusqu'à Compostelle. Ils voyagent en autonomie. La plupart du temps, ils dorment sous tente. Parfois, ils dorment en gîte ou chez l'habtitant. Ce n'est pas toujours simple de trouver un logement. Flora n'a pas beaucoup d'argent. Elle préfère le garder pour acheter de la nourriture. Ce n'est pas tous les jours facile de manger correctement. Elle cuisine des soupes d'ortie, du miso et des châtaignes. Je suis impressionnée. Nous décidons de continuer le chemin ensemble et de nous arrêter en haut du Somport pour manger. Ilam est très bavard. Il me raconte qu'il a trouvé des fossiles et qu'il aimerait être archéologue. Je ne sais pas comment il fait pour marcher et parler en même temps sans être éssoufflé. Il arrive même à courrir dans la montée. Il est plein d'énergie. Nous voilà en haut, à la frontière espagnol. Nous prenons quelques photos. Les enfants m'aiment bien. Moi aussi, je les aime bien. Ils sont attanchants. Nous nous arrêtons un peu plus loin pour manger. Pendant notre pause, Régio et Daniela nous dépassent. J'explique à Flora que je vais jusqu'à Canfranc Estacion pour trouver une auberge. Normalement, il est possible de dormir là-bas. Ils vont aller jusque là aussi. Dormir dans un gîte, prendre une douche et un bon repas leur fera du bien. Il reste un peu moins de 8 km donc deux bonnes heures de marche. Je suis impressionnée par les enfants qui marchent sans se plaindre et d'un bon rythme. La fatigue se fait malgré tout sentir en fin d'étape. Ilam veut s'arrêter au bord d'un ruisseau. La petite famille fait une pause. Je continue le chemin de mon côté pour essayer de trouver un logement. A Canfranc Estation, sur le chemin pour aller vers l'auberge, je croise un autre prélerin, Jean-Michel. Nous commençons à parler en espagnol avant de nous rendre compte que nous parlons tous les deux français. Il rentre chez lui après un périple de 5 mois et 3.500 km parcourus. Il me parle un peu de son expérience. Entre temps, Flora et les enfants me rejoignent. Nous allons faire quelques courses avant de se remettre en route. Tout le monde est un peu fatigué. L'auberge est fermée. Il y en a une un peu plus loin. Je vais jusque là avec Ilam pendant que Flora va à la pharmacie avec Anaé. La seconde auberge est également fermée. Je commence à me tracasser d'autant que j'ai entrainé tout ce petit monde avec moi. Je m'en veux un peu. Il y une auberge à Canfranc, 4 km plus loin. Flora et les enfants ne se sentent pas de faire le trajet. Ils préfèrent rester sur place et s'offrir un beau restaurant. De plus, elle n'a pas de crédentiale et n'est donc pas certaine de pouvoir dormir à l'auberge. Nos chemins se séparent mais nous échangeons nos numéros pour rester en contact. Nous nous recroiserons peut-être. Je me mets en route jusqu'à Canfranc. Je trace car je suis impatiente d'arriver. Il commence à se faire tard et j'avais dit que j'arriverais dans une heure. Bref, je me mets la pression. J'arrive vers 19h. Je suis KO. Je suis super bien accueillie par les deux hospitalières (dont j'ai oublié les prénoms) et l'auberge est confortbale. Régio et Daniela sont là ainsi qu'un couple sud africain. Il y a 4 dortoirs de 4 lits. J'ai donc un dortoir pour moi toute seule. Ouf ! Je me sens mieux. Je vais pouvoir passer une bonne soirée. J'envoie vite quelques nouvelles à la famille avant de filer sous la douche. Je me prépare un plat de pâte bolo. Je suis affamée. La journée a été longue. Nous sommes tous dans la cuisine mais chacun dans notre coin. C'est silencieux. Cela me fait du bien. Quand je termine mon repas, Flora m'appelle pour me dire qu'elle est à l'auberge. Ils ont trouvé quelqu'un qui les a déposé en voiture. Je suis un peu embêtée car les hospitalières m'ont dit que les animaux n'étaient pas acceptés. J'espère qu'ils pourront quand même rentrer. Kitty doit rester dehors. Après quelques négociations, Flora et les enfants peuvent prendre une douche et dormir sur place. Il est presque 21 heures et cela chahutent. J'ai du mal à lâcher prise. Je me sens responsable de ce désordre : d'avoir amener la petite famille jusqu'ici, de mettre les hospitalières dans une position délicate par rapport aux règles du gîte, vis-à-vis des autres pélerins pour le bruit. Je lis un peu pour me changer les idées. Cela se calme. Je sens que j'ai besoin de repos après cette journée. Je décide de m'accorder une petite grasse matinée et de partir plus tard demain matin. Aline Lourtie 03 octobre 2023

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