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- J4 - Vauvert - Saint-Christol
Longueur de l'étape: 28 km Total parcouru: 67 km Je pars vers 7h. J'espère ainsi pouvoir marcher le plus longtemps possible au frais. Tout se passe plutôt bien même si la route n'est pas dingue au niveau paysages (beaucoup de routes, des industries, peu d'ombre). Lors de ma première pause, je constate que je me suis trompée de route. Je reviens sur mes pas et retrouve le chemin. Quelques kilomètres plus loin, je me perds à nouveau. Je passe plus d'une heure à tourner en rond, à chercher une route indiquée sur la carte mais qui n'existe pas dans la réalité. Je finis par retombée sur le bon chemin. J'ai perdu du temps et cela m'a fatiguée et stressée. J'arrive à Gallargue. J'en profite pour acheter de l'eau et faire ma pause repas dans un parc, à l'ombre des arbres. Je n'ai vraiment pas faim. Pourtant, ce matin, je n'ai mangé qu'une barre de céréales. Je me force à manger un peu. Cela passe difficilement. Puis, je fais une petite sieste. Je suis réveillée par un bruit familier : celui des bâtons de pélerin sur la route. Je vois un pélerin qui se dirige vers le magasin. Je décide de lui laisser prendre de l'avance avant de me remettre en route. Je n'ai pas spécialement envie de marcher avec quelqu'un. Je le croise quelques kilomètres plus loin. Il est en train de faire une pause. Je lui dis bonjour et continue ma route. Je vois qu'il range ses affaires et il me rejoint. Il commence à me parler en anglais. Je ne suis pas spécialement ravie qu'il m'accompagne mais je tente l'expérience. C'est ça aussi le Chemin. Le fait de devoir parler anglais est une difficulté pour moi. Cela me demande beaucoup de concentration et cela me fatigue en plus de la marche. Son rythme est plus rapide que le mien. Il est allemand. Il me raconte qu'il est parti d'Allemagne avec un ami. Ils sont passés par l'Italie (Pise, les Alpilles, les Dolomites) puis par Nice et Monaco. A Monaco, son ami est parti vers Alicante tandis que lui a rejoint la Voie d'Arles. Cela fait 48 jours qu'il marche et il fait le chemin en autonomie complète. Je suis très impressionnée. Au début, je trouve cela sympa de marcher à deux même si nous ne parlons pas beaucoup. J'ai l'impression d'être moins focalisée sur mes petits bobos. Puis, je me rends compte que cela ne me convient pas. Je ne peux pas me poser autant que je veux, le rythme n'est pas le mien. Je ne m'arrête plus pour contempler les paysages et prendre des photos . Dans le village de Vérargues, nous avons du mal à trouver le bon chemin et nous tournons en rond. Nous sommes en train de revenir sur nos pas quand un monsieur nous accoste et nous propose de nous accompagner pour nous montrer le chemin car Le Camino passe juste devant chez lui. Il m'explique ensuite comment prendre un raccourci. Nous nous disons au revoir. Quelques mètres plus loin, il nous rejoint à vélo. Il voulait juste s'assurer que nous ne nous étions pas perdus. Je trouve cela adorable. C'est la magie du Chemin. A partir de ce moment-là, je commence à souffrir de la chaleur et j'ai du mal à suivre le rythme. C'est difficile. J'ai l'impression que la route n'en finit pas. Le fait d'être accompagnée commence à m'agacer. Je n'ai plus envie de parler ni d'écouter. Le bruit de ses bâtons m'exaspère. J'ai hâte d'être à Saint-Christol et j'espère qu'il va continuer sa route au-delà étant donné qu'il fait de plus longues étapes que moi. Quand je lui explique que je n'irai pas plus loin que Saint-Christol car j'ai trouvé un logement là-bas pour 10€, il hésite à venir au gite avec moi. Finalement, il décide de continuer à marcher. Ouf ! Les derniers mètres jusqu'au gite communal sont pénibles. C'est une vraie épreuve. Je suis au bout du rouleau. J'arrive devant la commune qui vient juste de fermer. Je dois donc appeler l'un des bénévoles pour qu'il vienne ouvrir le gite. Il me dit qu'il sera là dans 15 minutes. Je suis un peu désespérée. J'avais hâte d'arriver, de me poser, d'enlever mes chaussures, de boire et de m'allonger un peu. J'attends, assise sur les marches devant la mairie. Allez, plus que 1604 km jusqu'à Compostelle Je vois André arriver en voiture. Il se gare un peu plus loin et il me fait signe de le rejoindre. A peine 100 mètres nous séparent et j'ai la sensation que c'est le bout du monde. André m'accueille avec un sourire jusqu'aux oreilles. Il est très enthousiaste. Il me raconte qu'il a fait la Voie du Puy il y a une dizaine d'années et que cette expérience l'a transformé. J'aimerais pouvoir discuter davantage avec lui mais je suis épuisée et je ne profite pas de ce moment. Je suis un peu découragée quand je vois le tout petit dortoir et surtout d'apprendre que nous serons deux à dormir là. J'aurai tellement aimé être seule. Mon compagnon de chambre s'appelle Viktor. Il est Ukrainien. Il ne parle pas bien anglais ni français. Et moi, je suis trop fatiguée pour parler anglais. La conversation étant limitée, nous restons chacun de notre côté : lui dans la cuisine et moi dans le dortoir. Cela me convient. Je me sens triste et découragée. Je pleure. Je donne des nouvelles à la famille en leur faisant part de mon état. Cela me fait du bien d'avoir du soutien. Je ne me sens pas bien. J'ai besoin de rester allongée. Je n'ai toujours pas faim. Je me repose un peu avant d'aller prendre ma douche. Je me force à manger quelques fruits secs qui ont du mal à passer. Je me couche juste après. Je laisse la lumière allumée pour que Viktor puisse s'installer même si je dors déjà. Je l'entends entrer dans la chambre un peu plus tard. Il prend un matelas, ses affaires, il éteind la lumière et il s'installe dans la cuisine pour dormir. Je ne sais pas pourquoi il a fait ça mais je le remercie intérieurement. J'ai du mal à m'endormir. Il fait chaud et je manque d'air dans cette petite chambre. J'ouvre la fenêtre pour respirer un peu. Cela m'aide à m'endormir. Aline Lourtie 04 septembre 2023
- J3 - Saint-Gilles - Vauvert
Longueur de l'étape: 17 km Total parcouru: 39 km Je me réveille un peu avant 7h. John, mon compagnon de chambre dort encore. Je me lève, fais quelques échauffements et étirements pour dérouiller mon corps un peu raide. Puis je déjeune en attendant que John se lève pour préparer mon sac. Avec les courses d'hier, il pèse son poids. Avant de me mettre en route, je discute un peu avec Thierry et Isabelle. Thierry a fait la voie de Tour et il a été bénévole à l'abbaye de Conques. Ce qu'il me raconte me passionne. J'apprécie ce moment de partage et je ne vois pas le temps passer. Je me mets en route vers 9h. Il fait déjà bien chaud. Heureusement, d'après Thierry, le chemin sera plus ombragé. La première partie du chemin est vraiment cool : c'est plat. Il y a de longs tronçons ombragés et un fleuve. Je trouve un endroit sympa (sans moustiques) pour me poser à midi. Je mange ce qui me semble être le meilleur repas de tous les temps : fruits secs, saucisson, avocat, fromage frais, pain, concombre et comme dessert une banane et une pâte de fruit. Je me régale. Je fais une petite sieste à l'ombre avant de reprendre la route vers 14h. L'après-midi est vraiment rude à cause de la chaleur. Il doit faire plus de 30°C. Je fais plusieurs kilomètres sans trouver un coin d'ombre. J'ai le corps qui chauffe. J'ai la sensation d'être en ébullition. Je me rationne au niveau de l'eau ne sachant pas si je vais pouvoir me ravitailler. Il y a plus de dénivelé qu'hier et ce matin. Je m'arrête quasi toutes les demies-heure. Je fais une longue pause à l'ombre d'un chêne. Cela me fait du bien et Vauvert n'est plus très loin. Dans la rue du gîte, une voiture s'arrête et m'aborde. C'est justement le propriétaire du gîte où je me rends. Il me dit qu'il va rendre visite à sa maman. Le gîte et ouvert. Je peux m'installer en attendant qu'il revienne. John m'avait un peu parler d'Eric et de son gîte. Eric a aménagé des chambres dans des anciens box d'écurie. C'est déroutant et très charmant. J'adore. Dans le jardin et sur le murs, il y a de belles citations. Je prends le temps de les lire, je m'installe dans une des chambres. Puis je file sous la douche. Je bois beaucoup d'eau, mange peu puis m'installe dans le jardin pour donner quelques nouvelles à la famille et écrire mes aventures du jour. Comment je me sens après ces deux premières journées de marche ? Je suis fatiguée physiquement, ça c'est sûr. J'ai mal aux hanches, aux jambes et aux pieds. Le reste du corps est OK. Je me sens aussi en confiance. Comme si je n'avais plus peur de ce qui pourrait arriver. Je pars en me disant « un jour à la fois. Un pas après l'autre et puis tu verras bien. » Je ne me sens pas seule. Loin de là. Cela me plait de marcher seule et puis de pouvoir échanger et partager avec les hôtes ou les autres pélerins en fin de journée. Cette manière de fonctionner me convient bien. Malgré les difficutés (chaleur, moustiques) et la fatigue physique, je me sens bien dans mon corps et sur le chemin. J'ai l'impression d'être chez moi et d'être à ma place. Je suis bien là où je suis et j'essaye un maximum de savourer l'instant présent sans trop réfléchir à après. Cela fait beaucoup de bien. Je me plains de la chaleur mais je suis heureuse que le soleil m'accompagne et qu'il fasse beau. Cela me permet de profiter vraiment de l'extérieur, des paysages et de la luminosité. Mon petit regret pour l'instant : j'ai un peu de mal à lâcher mon téléphone. Je me connecte souvent le matin, à midi et le soir. Je n'interagis pas forcément mais je vais voir ce qu'il se passe. J'ai encore besoin de cela pour l'instant. J'espère que j'arriverai à me déconnecter plus souvent. Oui, je me sens vraiment bien. Je n'arrive pas vraiment à décrire les sensations parfois contradictoires. Je crois que je suis juste là où je dois être. Tout est bien. Je suis émue en écrivant ces mots. Sur le chemin, il n'est plus possible de tricher. On fait avec ce que l'on est à l'instant présent. Il n'y a plus de faux-semblants, de performance. Il faut apprendre à s'écouter, à se respecter, à ne plus se juger de la manière dont on marche. Il faut juste être avec le Chemin. Je ressens l'envie de prier pour remercier, pour ressentir la présence de Dieu et de la Vierge. L'endroit où je suis m'y invite. Je m'installe devant la statue de la Vierge et je prie. Je termine ma prière. Eric, le propriétaire revient. Il est déjà tard (en tout cas, c'est l'impression que j'ai.) Je me sens fatiguée mais je prends un moment pour discuter avec lui. Il parle vite et il a un accent du sud très prononcé. Je dois me concentrer pour comprendre tout ce qu'il me dit. Il passe aussi d'un sujet à l'autre et répond à peine à mes questions. Il me parle de plusieurs itinéraires différents, il me conseille des gites et des endroits sympas pour me poser et/ou à visiter. Cela va trop vite. Je n'arrive pas à retenir. Je suis contente que cela se termine. Je suis épuisée. Je sens une frustration en moi et une pointe de colère à l'idée qu'Eric a voulu modifier mon itinéraire. Je me rends compte que, m'écarter du chemin balisé pour prendre des raccourcis, me stress. Ce n'est pas du tout confortable. A cause de cela (et des moustiques), j'ai du mal à trouver le sommeil. Aline Lourtie 03 septembre 2023
- J2 - Arles – Saint-Gilles
Longueur de l'étape: 22 km Total parcouru: 22 km Après avoir déjeuné en compagnie de Bénédicte et Jean-Pierre, ce dernier m'accompagne "à l'entrée" de la Voie d'Arles. C'est parti ! Me voilà en route. Je suis pleine d'enthousiasme. Après 2 heures de marche, je suis déjà en nage. La journée va être chaude. Quel bonheur de marcher, de profiter du soleil et de la nature. J'aime entendre le bruit de mes pas sur le gravier. Avec les bâtons, je marche d'un bon pas même s'il m'a fallu un peu de temps pour m'y habituer. J'étais un peu réticente à l'idée de marcher avec deux bâtons. Finalement, c'est vraiment aidant. Cela donne un ryhme, cela permet de garder mes mains en hauteur et d'éviter les gonflements des doigts. Mon guide du jour : le Petit Rhône. Tant qu'il est sur ma droite, je suis sur le bon chemin. Je ne le vois pas toujours mais je sens sa fraîcheur. Cela me fait du bien. C'est agréable de marcher près de l'eau même si je ne peux pas aller au bord et tremper mes pieds. Il fait chaud mais je bois peu pour économiser l'eau et être certaine de tenir juqu'à la fin de l'étape. Il y a peu d'endroits ombragés pour faire des pauses. J'en vois un qui à l'air sympa un peu à l'écart du chemin. Il y a des arbres et un peu de sable. A peine mon sac posé, je me fais attaquer par une nuée de moustiques. J'en ai au moins 5 sur la jambe et ils ne me lâchent pas. Ils sont féroces. Je remets vite mon sac sur le dos et je m'enfuis. Je trouve un autre endroit un peu plus loin. Je me repose une petite demie-heure le long du chemin avant de repartir. Je commence à avoir faim. Avant de déposer mon sac, je vérifie qu'il n'y a pas de moustiques. J'enlève mes chaussures pour faire respirer mes pieds et je m'installe pour manger. Là, je sens les moustiques qui m'attaquent dans le dos. Je termine de manger en vitesse et me remets en route. Je marche encore une petite heure avant de faire une pause à l'ombre. Il fait trop chaud pour marcher. Je reprends la route vers 14h. J'ai encore deux bonnes heures de route avant d'arriver à Saint-GIlles. Une petite sieste à l'ombre pour reprendre des forces L'après-midi est plus difficile. Je souffre de la chaleur, je n'ai plus beaucoup d'eau et les douleurs physiques se font sentir. J'essaye de ne pas me laisser envahir par les petits bobos et de continuer à profiter du chemin. Je finis par traverser le Petit-Rhône. Sans mon point de repère, je suis un peu perdue et les balisages sont inexistants. Heureusement, qu'il y a les guides et les applications pour m'aider à retrouver mon chemin. Je rencontre peu de gens. Cela me va. J'aime la solitude en marchant, pouvoir aller à mon rythme et être à l'écoute. J'apprends la marche consciente. Les gens que je croise sont vraiment gentils. Je reçois des "bonjour", des sourires, des "bon courage". C'est tellement gai. Me voilà enfin à Saint-Gilles. J'ai hâte de me poser, d'enlever mes chaussures et de boire un grand verre d'eau. Je trouve la maison des pélerins assez facilement. Mes hôtes, Thierry et Isabelle, sont adorables et acceuillants. Je discute un peu avec eux tout en buvant un verre de jus de citron bien frais. Puis je saute dans la douche avant de faire une lessive rapide et d'aller faire des courses. Je me pose sur la place de Saint-Gilles, devant l'abbatiale qui est magnifique. Je savoure ce moment tout simple. Je rentre ensuite à la maison des pélerins pour me faire à souper. La place de Saint-Gilles et son abbatiale Après le repas, je profite de la terrasse et je bouquine. John, un autre pélerin arrive. Il vient d'Ecosse. J'ai un peu de mal à comprendre son anglais. Il parle vite et beaucoup. Il fait le chemin à « l'envers » : il vient de Vauvert et demain il va à Arles. Il décide d'aller manger un morceau en ville. Seule à l'auberge, je m'effondre de fatigue dans mon lit. Aline Lourtie 02 septembre 2023
- J1 - Belgique – Arles
Jour J. Aujourd'hui, la grande aventure commence! Mes parents me conduisent à la gare. Je suis fébrile, excitée et impatiente. Quand je monte dans le train, je ne réalise pas encore que le voyage a bel et bien commencé. En route pour la grande aventure! Arrivée à Bruxelles, j'ai juste le temps de sauter dans le TGV direction Nimes. Cela devient de plus en plus concret. Je passe une partie du voyage à contempler les paysages et sutout les nuages. Je les trouve magnifiques. Je me laisse emportée par la musique et par les paysages qui défilent sous mes yeux. 5h30 de TGV plus tard, j'arrive à Nimes. Je me sens un peu perdue. Quand j'ai quitté la Belgique, il faisait gris, pluvieux et froid. Me voilà sous un beau ciel bleu, avec du soleil. Il fait chaud. Je trouve un petit banc à l'ombre sur le quai de la gare. Je m'y installe en attendant le train. Le trajet vers Arles est rapide. A la gare d'Arles, je retrouve Jean-Pierre, mon hôte du jour. Il est venu m'accueillir. Nous nous promenons dans la ville en attendant deux autres pélerines qui doivent nous rejoindre. Jean-Pierre me parle de la ville, de son histoire, de sa culture. Il a été directeur de la Culture et du Patrimoine à Arles. Il connait énormément de choses. Il est passionné et passionnant. N'ayant pas de nouvelles des deux autres pélerines, nous allons chez lui. Je rencontre Bénédicte, son épouse. Elle prend le temps de me montrer ma chambre, elle me parle du chemin et me conseille plusieurs itinéraires pour ma première journée de marche. Michèle et Marie-Claude, les deux autres pélerines, finissent par nous rejoindre. Marie-Claude habite la Réunion et elle est d'origine indienne. Au mois de novembre, elle part dans l'Himalaya pour donner un coup de main dans une école. Elle a perdu son mari il y a quelques mois. Je suis impressionnée par son parcours. Michèle vient d'Aix-en-Provence. Elle doit avoir une septentaine d'années. Là aussi, je suis impressionnée par sa condition physique. Elle a un regard de petite fille et elle s'émerveille de tout. Amies de longue date, cela fait plusieurs années qu'elles partent sur le chemin ensemble. C'est une manière pour elles de se retrouver. Etant donné que Marie-Claude habite la Réunion, elles n'ont pas l'occasion de se voir souvent. Elles vont aller jusque Montpellier, peut-être plus loin si elles ont encore un peu de temps. Demain, elles vont visiter Arles. Bénédicte nous a préparé un magnifique repas: pastèques et melons en entrée, pâtes au saumon en plat, salade, fromages et crème vanille pour le dessert. Je me régale. Après le repas, je suis KO. Nos hôtes viennent nous rejoindre et nous discutons un peu. J'ai du mal à suivre la conversation car je suis fatiguée. Je suis contente de pouvoir me retrouver seule dans ma chambre. Je prends une bonne douche puis me mets au lit avec mon bouquin. Je lis à peine deux pages et je m'endors. Il est à peine 20h30. J'ai hâte d'être demain pour commencer à marcher. Mon premier tampon sur ma crédentiale Aline Lourtie 01 septembre 2023
- Deux ans plus tard...
Il y a deux ans, jour pour jour, je prenais la décision d'arrêter de marcher et de rentrer chez moi. C'était donc ma dernière journée sur le Chemin de Compostelle. Le lendemain, je prenais des bus et des trains pour revenir en Belgique. Coïncidence (ou pas), il se trouve qu'aujourd'hui, je viens de retranscrire la dernière ligne de mon journal de bord. Cela fait plusieurs jours que je travaille dessus. Je me suis replongée dans ce voyage incroyable. Je revis les souvenirs, je revois les paysages, les auberges, les personnes que j'ai rencontré. Je revis certaines émotions, les joyeuses, les plus tristes, la colère, la frustration. Je ressens les douleurs physiques et la fatigue. Je ressens aussi les petits bonheurs : les douches bien chaudes, le confort d'une chambre d'hôtel, les piques-niques en pleine nature, les levers de soleil,.... Cela fait deux jours que je suis rivée à mon écran d'ordinateur et que rien d'autre n'existe autour de moi. Je ne suis pas dans ma maison à Oteppe, je suis retournée sur le Chemin. Deux ans plus tard, les images deviennent floues, les sensations et les émotions, elles, restent bien vivantes en moi. Ce chemin reste à jamais gravé dans mon corps et mon coeur. Ce soir, les émotions sont contrastées. Je me sens à la fois nostalgique et à la fois je revis les derniers jours qui ont été intenses et douloureux. Je me sens triste et joyeuse en même temps. Bientôt, je vous partagerai des morceaux de mon journal de bord. Et puis, il y a toujours cette envie qui, après m'être replongée dans ce voyage, revient, comme un petit feu au creux de mon ventre : celle d'écrire un livre à partager avec vous. Qui sais ? Un jour... peut-être.... Aline Lourtie 26/10/2025 Un de plus beau moment vécu sur le Chemin. Il y en a eu tellement... L'émotion ressentie, cette voix qui tremble, les larmes de gratitude qui coulent. J'étais heureuse d'être là à savourer l'Instant Présent.
- Home Sweet Home
Home Sweet Home... Après un trajet de presque 36h en bus, en train, en métro et en voiture, je suis (enfin) de retour en Belgique. Je suis revenue samedi soir. Hier, c'était journée et soirée en famille. Aujourd'hui, je suis revenue chez moi. J'ai un bon contre-coup. La fatigue m'est tombée dessus. Je sens aussi que je dois retrouver mes repères. J'ai encore un peu de mal à réaliser tout ce qu'il s'est passé. Cela me semble à la fois très proche et à la fois très loin comme si ces dernières semaines n'avaient pas existé. Je me sens dans un univers connu et je me sens aussi un peu perdue. J'ai la sensation d'être toujours la même et en même temps, je sens que quelque chose a changé sans savoir ce que c'est. Besoin de repos, de pouvoir prendre le temps d'intégrer. Besoin aussi de prendre soin de moi (médecin, massage, thermes,...) Et puis, le Chemin n'est pas fini. En allant me promener cet après-midi, plusieurs idées, envies, projets me sont revenus en tête. Envie de donner une suite à cette aventure (livre? Album photo? Présentation?); Envie de continuer à marcher et de découvrir de jolis coins en Belgique; Envie de proposer des marches mensuelles suivies d'un goûter fait maison; Envie de continuer à proposer des plats à ceux qui le souhaitent; Envie de mettre en place des ateliers de méditations; Envie de continuer à me former ; Envie de reprendre le yoga; Envie de masser, d'accompagner, de prendre soin et de développer Artis'Âme - Voyager Vers l'Essence ; Envie de continuer à m'investir dans le projet des ColibrYs; Envie de créer des projets avec d'autres personnes. Le Chemin n'est pas fini. Il ne fait que commencer. Merci à tous pour votre soutien, vos encouragements, vos messages, vos pensées, vos réactions. Sans vous, ce voyage n'aurait pas eu lieu. P.S: je vais continuer à alimenter ce groupe car j'ai vraiment l'intention de donner une suite à cette aventure, de continuer à partager et à la faire vivre Aline Lourtie 30 octobre 2023
- Il était une fois
Il était une fois... J'aime bien les histoires qui commencent par « il était une fois ». Cela me fait penser aux contes de fée. Et les contes de fée, cela finit toujours bien. A la différence de mes héroïnes de Disney préférées, mon histoire ne commence pas par la perte d'un être cher, un emprisonnement ou un mauvais sort. Au contraire, je me sens épanouie dans ma vie. A 35 ans, j'ai tout pour être heureuse. J'habite dans la banlieue de Paris. Un bel appartement lumineux et au calme. J'ai une fille de 6 ans, Maëlle. Elle est merveilleuse. Elle est arrivée à cet âge où elle s'émerveille de tout. Elle est curieuse, souriante et pleine de vie. C'est ma princesse. Je vis seule depuis mon divorce, il y a 4 ans. Mathieu et moi c'était... comment vous dire... un conte de fée. En tout cas, notre histoire a commencé comme cela. Nous nous sommes rencontrés en primaire et nous sommes devenus inséparables. C'était mon meilleur ami, mon compagnon de jeu, mon confident. Au début, c'était comme un frère. Petit à petit, l'amitié a fait place à l'amour. Nous étions passionnés. Fous de nous. C'était l'homme de ma vie et j'étais la femme de la sienne. Devant l'autel, avec ma robe blanche, les yeux dans les siens, j'étais convaincue que rien ne pourrait nous arriver. Que nous deux se serait pour toujours, que nous viverions heureux et aurions beaucoup d'enfants. Le conte de fée a duré quelques années. Et puis... sans trop savoir comment, sans trop savoir pourquoi, l'amour s'est peu à peu transformé. Nous vivions l'un à côté de l'autre sans nous voir, sans nous écouter, sans nous toucher. Lassitude, non-dit, rancoeur, indifférence nous ont mené sur le chemin de la colère. Je me suis toujours demandé comment un amour aussi passionné et fusionnel que le nôtre avait pu se transformer en haine, en violence et en dégoût de l'autre. Bref, après des disputes, des déchirements, le divorce a été prononcé. Depuis, nous ne nous adressons plus la parole. C'est à peine si nous arrivons à nous voir, à nous regarder dans les yeux. Il a refait sa vie. Moi aussi. Les seuls contacts que nous avons sont lorsque nous « échangeons » Maëlle une semaine sur deux. Il m'a fallu du temps pour me remettre de cette rupture. Il m'a fallu du temps pour faire à nouveau confiance. Il m'a fallu du temps pour ne plus considérer tous les hommes comme des monstres. Il m'a fallu du temps pour accepter d'ouvrir à nouveau mon coeur. J'ai pu faire ce chemin grâce à Olivier. Nous nous sommes rencontrés à l'anniversaire d'une amie commune. Je n'avais pas envie d'y aller. J'étais déprimée, mal dans ma peau, fatiguée. Ma seule envie était de me vautrée dans le canapé devant une série à l'eau de rose. Je me suis forcée à y aller. Il a suffit d'un seul regard. Ses magnifiques yeux verts ont fait tombés toutes mes résistances. Nous avons dansé toute la nuit. Cela fait maintenant un an que nous sommes ensemble et que nous filons le parfait amour et Maëlle l'adore. Bien qu'il soit souvent à la maison, nous ne vivons pas ensemble. J'ai peur de passer le cap. Je sens que cela le rend triste mais il respecte mon choix et est patient. Niveau professionnel, je suis sous-directrice d'une grosse boite parisienne. J'aime mon métier. Je suis sûre de moi. Mes employeurs me font entièrement confiance. J'ai beaucoup d'autonomie et je me suis entourée de gens compétents avec qui j'ai plaisir à travailler. Je suis respectée et reconnue. Et puis, le salaire en vaut la peine. « Ma vie est parfaite. » C'est ce que je me dis en me regardant dans le miroir ce soir là. Nous sommes le 13 novembre 2015. Je termine de me préparer. J'ai rendez-vous avec Elisa, ma meilleure amie. Nous allons voir un concert ensemble. Olivier reste à la maison pour garder Maëlle. Il me regarde me préparer. Il me prend dans ses bras, m'enlace, m'embrasse. « Reste avec moi ce soir ». « J'ai envie de toi. » Il me porte jusqu'à la chambre et me couche sur le lit. Il m'embrasse. Me caresse. Difficile de résister. Un coup de klaxon. J'entends la voix d'Elisa dans la rue. « Qu'est ce que tu fous ? Dêpeche ! On va être en retard ! » Je me dégage de l'étreinte de mon prince charmant et telle Cendrillon, je file dans le carosse de mon amie. Nous arrivons juste à temps. Le concert ne tarde pas à commencer. Soudain, des bruits sourds. Le temps s'arrête. Je ne comprends pas tout de suite ce qu'il se passe. Les bruits recommencent. Je vois les gens autour de moi s'affoler, crier, courir dans tous les sens. La scène semble se déroulée à la fois très vite et à la fois au ralenti. Je ne sais pas comment, je me retrouve allongée au sol, entre les rangées de siège. Je tourne ma tête vers mon amie Elisa. Je vois son corps étendu. Un trou au milieu du front. Ses yeux sans vie me regardent. La tristesse m'envahie. J'ai envie de hurler, de pleurer, de la prendre dans ma bras. J'en suis incapable. Je suis tétanisée. Mon corps tremble, j'ai froid, j'ai peur. Je ferme les yeux pour ne plus voir la panique autour de moi. Je me bouche les oreilles pour ne plus entendre les coups de feu et les cris. Ne plus trembler, ne plus bouger, ne plus respirer. Comment en suis-je arrivée là ? Je pense à Maëlle, à Olivier. Et si je n'étais pas partie. Si j'avais succombé aux caresses de mon amoureux. Et si... A ce moment, je pense à la chanson « Encore un soir » de Céline Dion qui passait à la radio ce matin. Comme une prophétie. « Encore un soir. Encore une heure. Encore une larme de bonheur. ». Je prie. « Oui, Seigneur, s'il vous plait, accordez-moi encore un soir. Je ne veux pas mourir. Pas comme ça. Pas maintenant. ». Je pense à toutes les choses que je n'ai pas faites. Je pense à toutes les choses que je ferai si je m'en sors. J'irai chez Mathieu, le prendre dans mes bras, lui dire pardon. J'emmenerai Olivier faire le tour du monde et je lui demanderai de vivre avec moi. J'irai voir mes parents. Je les serrerai fort dans mes bras et je leur diraique je les aime. Je téléphonerai à ma soeur qui habite en Australie pour prendre des nouvelles. Si je m'en sors, je... Je ne sais pas combien de temps je reste-là à prier, à esperer. Cela me semble une éternité. Je finis par ouvrir les yeux. Je tourne lentement ma tête pour regarder autour de moi. Plus rien ne bouge. Tout est calme. Les cris ont fait place à un silence lourd et pesant. A quelques mètres de moi, la sortie de secours. Et si... J'essaye de mettre mon corps en mouvement. Je ne le sens plus. Il est raide, figé, immobile. Je regarde à nouveau l'issue de secours. Je pense à Maëlle, à Olivier. Mes bras et mes jambes commencent à bouger. Je me mets à ramper. Petit à petit je me rapproche. Je ne suis plus très loin. Je commence à percevoir des voix, les sirènes de police. « Maëlle, Olivier, je serai bientôt près de vous ». Soudain, un bruit, suivi par une douleur dans la poitrine. Une odeur de chairs brûlées. Un liquide chaud qui coule. Une sensation de chaleur puis de froid. Un voile noir devant les yeux et puis le vide. Aline Lourtie 08/06/2023 Ecriture du Coeur du 25/06/2023 Thème « Comment en suis-je arrivée là ? »
- Dans tes pas
Une rencontre fortuite et attendue C'est la première fois Que je te voie Une impression de déjà-vu Il me semble te connaitre Ton regard m'est familier Le début d'une amitié ? Peut-être... Un premier regard Un premier toucher Un premier lien Près de toi, je me sens en sécurité Sans crainte Je peux me laisser guider D'abord, mes pas dans tes pas Tu mènes la danse, je te suis J'essaye de comprendre Où tu m'emmènes Je savoure les pauses Le temps d'une caresse D'un regard D'une connexion Tu me laisses à mon chemin Tu n'es jamais très loin Tel un gardien Tu veilles Un dernier moment avant le départ Cette fois, c'est moi qui t'emmène Tranquille, tu suis mon pas Puis cet instant de silence Où j'ai juste envie de sentir ta présence Dans ton regard, je peux voir Tout ton savoir Tu détiens dans la profondeur de tes yeux Tel un ancêtre Ou un grand maitre Un secret merveilleux De toi, il restera des sensations Des émotions Qu'aucun mot ne peut décrire Car l'intense beauté de l'Instant Ne se dit pas Elle se ressent Aline Lourtie 15/06/2025 Texte inspiré par Blanco
- Fière d’être une petite Colibrys
“Fière d’être une petite colibrys”. Voilà ce que j’ai dit hier pour clôturer une conversation. Et ce matin, l’envie de partager, de parler de mon expérience au sein du Domaine des ColibrYs. Exercice pas facile. Trouver les bons mots, les bonnes phrases pour parler de ce projet n’est pas simple. 16 novembre 2022, première rencontre avec Etienne. La sauce prend rapidement. Le projet me séduit. Ça bouillonne dans ma tête et je vois tout ce que je vais pouvoir amener. Ça pétille, ça vibre. J’intègre le cercle communication puis, dans la foulée, celui d’EvolibrYs. Il me faut un peu de temps pour rencontrer les personnes faisant partie du projet et en comprendre toute la vastitude, la complexité et toutes les possibilités. Je me sens rapidement à ma place au sein de l’équipe des ColibrYs. Je m’investis un peu plus: communication, EvolibrYs, gouvernance, gestion,... C’est une aventure un peu dingue qui commence. Les ColibrYs, ce sont des heures de réunion, de discussion, de chantiers participatifs, d’organisation. Cela demande beaucoup d’énergie, de travail, d’engagement, et de patience. C’est loin d’être rose tous les jours. J’ai connu des disputes, des moments de tensions, des doutes, de la frustration, de la colère, de la tristesse, des déceptions, des remises en question. Et parfois l’envie de tout arrêter. De ne plus trop savoir pourquoi je faisais tout cela, de ne plus me sentir à ma place. Les ColibrYs, cela change la manière de poser mon regard sur le collectif, sur moi, sur ma relation au monde, sur le vivant, sur la terre. Cela remet de la perspective et permet de changer d’angle de vue. Alors oui, tout cela bouscule. J’apprends, j’expérimente, je cherche, j’évolue, je construis, je déconstruis, je sors de ma zone de confort, je m’exprime, je fais des erreurs, je me casse la gueule, je me relève, je recommence, je continue,... Bref, je vis le projet. L’équipe est là pour soutenir, pour donner des p’tits coups de pieds au fesse quand c’est nécessaire, pour redonner confiance, pour lancer des challenges et me dire “Allez, vas-y! T’en est capable. On a confiance en toi. Fonce! Eclate-toi!”. Les ColibrYs ce sont de nombreux moments de partage, des instants simples comme rester assis sur un banc à observer le terrain et à rêver, à discuter autour d’un feu, à boire une bière ensemble après une journée de chantier. Ce sont aussi des caps importants qui sont franchis et célébrés: la signature de baux, l’achat du terrain, l’emménagement dans la maison,... C’est un projet qui se construit étape par étape. C’est une histoire collective qui s’écrit et se raconte. De l’extérieur, je suis certaine qu’on nous colle un grand nombre d'étiquettes: hippies, anarchistes, écolo-bobo, utopistes, doux rêveurs, amateurs,... et bien d'autres encore. Je nous vois plutôt comme une bande de gamins: enthousiastes, maladroits, fougueux, impatients, ne sachant pas toujours où l’on va, on se trompe, on rêve. Cela ne nous empêche pas de garder les pieds sur terre, d’être ancrés et de mettre en place des choses concrètes. C’est bien plus qu’un rêve. C’est une réalité que nous créons ensemble. Les ColibrYs, c’est une flamme, là, au fond de mon ventre. Un truc qui pétille. Parfois la flamme est plus petite et il suffit de pas grand-chose pour la raviver. C’est quelque chose qui est là, qui reste, qui ne s’éteint pas. Ça m'anime. Les ColibrYs, c’est un projet qui me dépasse. Cela va bien au-delà de moi, de nous, des individus que nous sommes. Je ne comprends pas toujours ce qu’il s’y passe. Il y a des choses qui ne s’expliquent pas. C’est là. La magie opère malgré les obstacles que l’on croise sur le chemin. Les ColibrYs, c’est aussi des personnes qui donnent de leur temps et de leur cœur. Ce sont des personnes qui ont une Foi incroyable dans l’humain, dans la terre, dans le vivant et dans le projet. Ce sont des rêveurs, des fous de la vie, des semeurs de graines, des illuminés, des visionnaires, des adultes qui ont gardé leur âme d’enfant. Ce texte est bien plus qu’un simple témoignage. C’est un hommage à toutes ces personnes qui s’investissent de près ou de loin, qui donnent sans compter pour que le rêve devienne réalité, qui lâchent rien, qui y croient de tout leur cœur. Alors oui, pour toutes ces raisons, je peux dire, avec beaucoup d’émotion, que je suis fière d’être une petite colibrYs. Je suis fière de faire partie de ce grand Tout et de pouvoir amener ma petite pierre à l’édifice que nous bâtissons ensemble. Aline Lourtie 24/10/2024
- « Parfois, tout ce dont nous avons besoin, c'est d'un câlin »
Parfois, nous n'avons pas besoin de thérapeute, pas besoin de conseils, pas besoin de paroles bienveillantes, positives. Parfois, nous n'avons pas besoin que l'on nous dise ce qu'il convient de faire ou de ne pas faire pour aller mieux même si cela vient d'une bonne intention, même si les paroles prononcées sont justes et pleine de vérité. Parfois, nous ne sommes juste pas capable de recevoir. Pas prêt/e à entendre. Parfois, nous n'avons juste plus la force d'avancer, de faire de notre mieux, de changer, de nous remettre en question, de lâcher-prise, de s'ouvrir à l'amour, d'être plus ceci ou moins cela. Parfois, nous avons juste envie de nous asseoir au bord du chemin, de nous laisser traverser par toutes ces émotions, par tout ce trop plein qui nous bouleverse, qui nous panique, qui nous fait vasciller. Parfois, nous n'avons plus le courage ni l'envie de nous justifier, d'expliquer, de faire comme-ci, de ne pas être victime, d'être autre chose que ce qui est là pour nous à cet instant. Parfois, nous n'avons pas besoin que l'on nous pousse pour avancer tout simplement parce que la pression est déjà trop grande et que nous n'y arrivons plus. Parfois, nous nous sentons tellement petit/e que, lorsqu'avec bienveillance, on nous invite à transmuter, accepter, ne plus être victime et à reprendre son pouvoir créateur, nous nous sentons juste encore plus minable parce que nous n'en sommes pas capable à ce moment-là. Parce que c'est trop tôt. Parce que nous sommes en « mode survie » et c'est déjà énorme. Parfois, nous n'avons pas l'énergie, le courage même l'envie de demander de l'aide. Parfois, pourtant, nous avons juste envie de nous écrouler et de savoir qu'une personne sera là pour nous soutenir. Parfois, nous avons juste besoin d'une présence. Pas quelque chose de lointain genre « je suis là si besoin d'aide » ou « tu passes quand tu veux » ou « n'hésite pas à demander ». Parfois, nous n'avons pas besoin d'un sauveur, de la pitié ou de la compassion des gens. Parce que cela étouffe et culpabilise encore plus. C'est lourd à porter. Parfois, nous avons juste besoin d'une personne qui vient s'asseoir en silence juste à côté de nous, qui nous prend la main, qui nous prend dans les bras, qui nous fait un câlin, qui, par de simples gestes, par le regard, sans qu'aucune parole ne soit prononcée, nous dit « Je suis là. Tu existes. Je te vois tel/le que tu es. Tu peux tomber. Je reste près de toi, le temps que tu retrouves l'énergie de te relever et de continuer à avancer. Je suis là pour toi parce que je t'aime ». Aline Lourtie 26/03/2025
- Le point de rupture
Me voici arrivée à nouveau à ce fameux point de rupture. Ce moment où tout bascule. Ce moment où j'atteins ma limite. Ou plutôt où j'atteins LA limite, la dernière, celle qu'il ne fallait pas franchir. Celle du non-retour. Ce moment où l'élastique, à force d'avoir tiré dessus, se casse et me pète à la figure. C'est toujours la même histoire, le même schéma qui se répète. Je vois, ressens et vis des choses qui ne sont pas confortables. Je me sens blessée et non-respectée par certaines personnes. Mais je ne dis rien. Je prends sur moi. J'attends que cela passe. Je trouve des excuses à moi, aux autres. Je ravale mes rancunes, ma colère, mes reproches. Une fois, deux fois, trois fois... jusqu'à arrivée à saturation. La gorge est nouée, le ventre est serré. Impossible d'avaler. J'ai juste envie de dégueuler tout ce trop plein, d'envoyer tout ce paquet à la figure des « coupables », de ceux qui m'ont trahie, maltraitée. Les mettre face à leurs « erreurs », leur dire « regardez ce que vous m'avez fait ». Les blesser autant qu'ils m'ont blessée. Oui, quand le point de rupture est atteint, une réconciliation est difficile. La confiance est rompue. Je n'accorde pas facilement mon pardon. J'ai la rancune tenace. J'ai une longue liste de toutes les choses que j'ai accumulées. Des faits qui prouvent que les coupables sont bien coupables. C'est tellement plus facile de pointer du doigts les fautifs. Beaucoup plus facile d'accuser. Beaucoup plus facile de tourner son regard vers les autres plutôt que vers soi. Si j'ai l'audace de regarder ce que la situation me renvoie réellement, je reconnais que les coupables ne sont pas si coupables. Certes, ils ont une part de responsabilité car tout cela n'est pas parti de rien. Mais moi dans tout ça, qu'ai-je fait ? Ben... rien. J'ai laissé faire. J'ai attendu gentiment que la solution vienne d'eux. J'ai espéré, tout en ruminant, qu'ils allaient comprendre leurs erreurs, s'excuser, rectifier le tir. J'ai attendu qu'ils prennent leur responsabilité sans bougé le petit doigt. Je leur ai laissé plein pouvoir, je me suis simplement écrasée. Je me suis planquée derrière une barrière de non-dits. Mais avaient-ils seulement conscience que la situation n'était pas confortable pour moi ? Je n'ai rien dit. Comment auraient-ils pu deviner ? Et moi ? Ai-je essayer de comprendre ce qu'ils vivaient ? Peut-être qu'eux aussi avaient des choses à me renvoyer. Ai-je seulement essayer d'écouter, de communiquer ? Non, je n'ai fait que supposer, interpréter, imaginer. J'ai élaboré de nombreux scénarios où j'étais la gentille victime qui n'a rien à se reprocher et eux les méchants bourreaux. Au final, qui m'a trahie, qui m'a blessée ? C'est moi, en ne disant rien. C'est moi qui ne me suis pas écoutée, qui ne me suis pas respectée. J'aurais dû dire les choses dès l'instant où je sentais que cela grattait pour moi. Leur exprimer qu'il y a certaines choses qui n'étaient pas confortables, certaines choses que je ne comprenais pas. Et si je n'avais pas été entendue, j'aurais dû répéter, peut-être de manière plus affirmée ou trouver d'autres mots. J'aurais dû essayer d’établir un dialogue. Oui, j'aurais dû... Maintenant, c'est trop tard... le retour en arrière n'est plus possible. Je ne peux pas rectifier ce qui est passé. Je me suis enfermée dans une prison de reproches. Cette longue liste de frustrations, je ne peux plus les dire. A quoi cela servirait ? A part à attiser un feu de colère. Une escalade de reproches qui détruit et ne répare rien. C'est de la violence gratuite qui ne résout rien. Et je sais que je ne me sentirais pas mieux après. Au contraire... Et cela risque de faire des dommages collatéraux et ça, je veux l'éviter à tout prix. Bref, me voilà coincée avec ce gros paquet dont je ne sais que faire. Je peux juste le regarder, peut-être essayer de jouer avec. Peut-être le mettre en mots ou en danse puisque je ne peux pas le dire. Peut-être que je peux le voir aussi comme un gros paquet cadeau, le déballer et voir qu'il y a un autre point de rupture. Une rupture de moi à moi. La rancune, la violence, la colère se sont des parts de moi. Je ne peut pas les effacer, je ne peux pas les nier ni les mettre de côté. Par contre, je peux les observer et ne plus me laisser contrôler par elles. Elle est là, la rupture : dans le choix de ne plus reproduire ce schéma qui ne m'est plus utile, d'en faire autre chose. Je choisis de quitter le chemin des non-dits, de la frustration, de la violence et de la colère envers moi-même et les autres pour emprunter un chemin plus doux et authentique. Un chemin que je ne connais pas, que je vais expérimenter et découvrir pas à pas. Aujourd'hui, j'ai envie de m'engager sur cette voie et de mettre en place tout ce que je peux pour aller vers plus d'authenticité et de respect de mes propres limites en exprimant les choses qui sont inconfortables au moment où elles le sont et d'établir un dialogue. 1er Accord Toltèque : Parole Impeccable. Je choisis de ne plus m'enfermer dans des non-dits, de ne plus me mettre à la place des autres en imaginant ce qu'ils peuvent vivre ou penser. 2ème Accord Toltèque : Ne pas faire de supposition. Je choisis aussi d'essayer d'être à l'écoute de ce que les autres ont à me renvoyer, qu'ils puissent se sentir libre de me dire ce qui gratte et ne leur plaît pas chez moi. 3ème Accord Toltèque : Ne rien prendre personnellement. Je vais certainement trébucher, me perdre, retourner en arrière. Il n'y a aucune garantie de réussite. Il n'est pas facile de changer des schémas que l'on pratique depuis tant d'années. Il y a de grandes chances que j'y revienne encore et c'est OK. 4ème Accord Toltèque : Faire du mieux que je peux avec ce qui est là et ce que je suis. Bref, y du taf... Aline Lourtie 17/01/2025











