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- J33 - Borce - Canfranc
Longueur de l'étape: 34 km Total parcouru: 771,04 km Nous nous levons tous en même temps. Le gite est petit, j'ai l'impression de manquer de place et d'être tout le temps dans le chemin des autres. Je ne sais pas où me mettre. Comme je n'ai rien pour déjeuner, je décide de me mettre en route. Je trouverai certainement quelque chose sur le chemin. Cela me permet de fuir l'agitation de la maison et de partir tôt comme prévu. Je me retrouve dans le noir sur une route nationale. Heureusement, à cette heure-ci, il n'y a pas beaucoup de passage. Je ne suis quand même pas très rassurée. J'ai peur de me faire choper par une voiture et peur de manquer la déviation et de tomber dans les travaux. Sur la carte, je vois une route parrallèle qui rejoint la nationale un peu plus loin. J'hésite à la prendre. Mon intuition me dit que je vais rejoindre la route dans la zone des travaux. Par prudence, je continue sur la Nationale et prie pour que la déviation ne soit plus très loin. J'attends avec impatience que le soleil se lève. Enfin, je vois la déviation. Je me retrouve dans un tunnel très sombre à marcher sur des gros cailloux entre des rails de chemin de fer. C'est glauque et pas rassurant. Cette route me semble interminable. Je vois enfin la lumière au bout du tunnel (au sens propre comme au figuré). Je continue de longer la route jusqu'à Urbos mais sur des chemins parallèles. Je suis en sécurité et le soleil se lève. Arrivée à Urbos, je trouve une petite épicerie. Je m'achète de quoi manger et je m'installe pour déjeuner. Je me sens déjà fatiguée à cause du stress de ce début de journée. J'ai l'impression d'avoir parcourus 15 km alors que je n'en ai fait que 5 km. Je suis contente de retrouver les sentiers de montagne. Il y a quelques belles montées et aussi pluieurs tronçons sans dénivelés. Ce qui me permet de souffler. Cela me semble plus facile que ce que j'imaginais. Je m'imagine presqu'aller jusqu'à Jaca aujourd'hui (41 km) mais j'abandonne vite l'idée. Une chose à la fois. L'étape ne fait que commencer. D'abord le Somport après on verra. J'espère y être pour midi. Il fait nuageux aujourd'hui, je n'ai donc pas le plaisir de savoureux les payages montagneux qui doivent être splendides. J'espère que cela va se dégager. Durant les 6 derniers km avant le Somport, ce n'est que de la montée. Les choses se corsent. Sur le chemin, je croise une maman avec ses deux enfants et leur chien. Nous ne parlons pas vraiment. Ils me laissent passer car mon rythme est plus rapide. Un peu plus loin, je me trompe de chemin. Je tourne à gauche au lieu d'aller à droite. Je m'en rend compte assez rapidement. Durant mon détour, la petite famille est à nouveau passée devant moi et je la retrouve en train de faire une pause un peu plus loin. Je prends le temps de discuter. Flora est une amie de Bruno et Amélie (mes hôtes à Lodève). Elle a une maison près de chez eux. Elle est partie de Lodève à pied avec ses deux enfants, Anaé (11 ans) et Ilam (6 ans) et Kitty leur petite chienne de 10 ans (qui n'a pas l'air enchantée d'être là). Cela fait 3 semaines qu'ils sont en route. Ils vont aussi jusqu'à Compostelle. Ils voyagent en autonomie. La plupart du temps, ils dorment sous tente. Parfois, ils dorment en gîte ou chez l'habtitant. Ce n'est pas toujours simple de trouver un logement. Flora n'a pas beaucoup d'argent. Elle préfère le garder pour acheter de la nourriture. Ce n'est pas tous les jours facile de manger correctement. Elle cuisine des soupes d'ortie, du miso et des châtaignes. Je suis impressionnée. Nous décidons de continuer le chemin ensemble et de nous arrêter en haut du Somport pour manger. Ilam est très bavard. Il me raconte qu'il a trouvé des fossiles et qu'il aimerait être archéologue. Je ne sais pas comment il fait pour marcher et parler en même temps sans être éssoufflé. Il arrive même à courrir dans la montée. Il est plein d'énergie. Nous voilà en haut, à la frontière espagnol. Nous prenons quelques photos. Les enfants m'aiment bien. Moi aussi, je les aime bien. Ils sont attanchants. Nous nous arrêtons un peu plus loin pour manger. Pendant notre pause, Régio et Daniela nous dépassent. J'explique à Flora que je vais jusqu'à Canfranc Estacion pour trouver une auberge. Normalement, il est possible de dormir là-bas. Ils vont aller jusque là aussi. Dormir dans un gîte, prendre une douche et un bon repas leur fera du bien. Il reste un peu moins de 8 km donc deux bonnes heures de marche. Je suis impressionnée par les enfants qui marchent sans se plaindre et d'un bon rythme. La fatigue se fait malgré tout sentir en fin d'étape. Ilam veut s'arrêter au bord d'un ruisseau. La petite famille fait une pause. Je continue le chemin de mon côté pour essayer de trouver un logement. A Canfranc Estation, sur le chemin pour aller vers l'auberge, je croise un autre prélerin, Jean-Michel. Nous commençons à parler en espagnol avant de nous rendre compte que nous parlons tous les deux français. Il rentre chez lui après un périple de 5 mois et 3.500 km parcourus. Il me parle un peu de son expérience. Entre temps, Flora et les enfants me rejoignent. Nous allons faire quelques courses avant de se remettre en route. Tout le monde est un peu fatigué. L'auberge est fermée. Il y en a une un peu plus loin. Je vais jusque là avec Ilam pendant que Flora va à la pharmacie avec Anaé. La seconde auberge est également fermée. Je commence à me tracasser d'autant que j'ai entrainé tout ce petit monde avec moi. Je m'en veux un peu. Il y une auberge à Canfranc, 4 km plus loin. Flora et les enfants ne se sentent pas de faire le trajet. Ils préfèrent rester sur place et s'offrir un beau restaurant. De plus, elle n'a pas de crédentiale et n'est donc pas certaine de pouvoir dormir à l'auberge. Nos chemins se séparent mais nous échangeons nos numéros pour rester en contact. Nous nous recroiserons peut-être. Je me mets en route jusqu'à Canfranc. Je trace car je suis impatiente d'arriver. Il commence à se faire tard et j'avais dit que j'arriverais dans une heure. Bref, je me mets la pression. J'arrive vers 19h. Je suis KO. Je suis super bien accueillie par les deux hospitalières (dont j'ai oublié les prénoms) et l'auberge est confortbale. Régio et Daniela sont là ainsi qu'un couple sud africain. Il y a 4 dortoirs de 4 lits. J'ai donc un dortoir pour moi toute seule. Ouf ! Je me sens mieux. Je vais pouvoir passer une bonne soirée. J'envoie vite quelques nouvelles à la famille avant de filer sous la douche. Je me prépare un plat de pâte bolo. Je suis affamée. La journée a été longue. Nous sommes tous dans la cuisine mais chacun dans notre coin. C'est silencieux. Cela me fait du bien. Quand je termine mon repas, Flora m'appelle pour me dire qu'elle est à l'auberge. Ils ont trouvé quelqu'un qui les a déposé en voiture. Je suis un peu embêtée car les hospitalières m'ont dit que les animaux n'étaient pas acceptés. J'espère qu'ils pourront quand même rentrer. Kitty doit rester dehors. Après quelques négociations, Flora et les enfants peuvent prendre une douche et dormir sur place. Il est presque 21 heures et cela chahutent. J'ai du mal à lâcher prise. Je me sens responsable de ce désordre : d'avoir amener la petite famille jusqu'ici, de mettre les hospitalières dans une position délicate par rapport aux règles du gîte, vis-à-vis des autres pélerins pour le bruit. Je lis un peu pour me changer les idées. Cela se calme. Je sens que j'ai besoin de repos après cette journée. Je décide de m'accorder une petite grasse matinée et de partir plus tard demain matin. Aline Lourtie 03 octobre 2023
- Un mois de marche
Le 1er septembre, je prenais le train pour Arles et le 2 septembre, je faisais mes premiers pas sur le chemin de Compostelle. Petit bilan après un mois de marche : Nombre de pas: plus d'un million (c'est le podomètre qui le dit) Nombre de km parcourus: plus de 700 km (c'est aussi le podomètre qui le dit) Nombre d'étapes: 32 (ma première crédentiale est remplie) Poids: moins 2kg de tente et quelques kilos de charge mentale en moins Météo: 99% de soleil et de ciel bleu et 1% de pluie, nuage et vent Ampoules/blessures: 0 et je croise les doigts pour que cela reste comme ça Ça c'est pour les chiffres et pour vous en mettre un peu plein la vue et me faire mousser Un mois sur le Chemin de Compostelle c'est bien plus qu'un nombre de km et que des chiffres. Un mois sur le Chemin: C'est des rencontres de 5 minutes, 10 minutes, 1 soirée, 1 jour ou plusieurs jours; C'est des chemins qui se croisent, se séparent et parfois se recroisent; C'est des moments "pépites", des moments magiques, uniques qui resteront gravés dans ma mémoire; C'est des soirées en solitaire et des soirées bien entourée; C'est du bitume, de la terre, des pierres, des cailloux, de la roche et de l'herbe; C'est des sardines, du maquereau, des boîtes de conserves, du pain, des repas au resto et des bons petits plats préparés par les hôtes; C'est des villes, des villages, des vignes, des montagnes, des canaux, des rivières, des cours d'eau; C'est des paysages sublimes et d'autres bof; C'est des moments de fatigue, des douleurs physiques, des moments de joie intense et d'émotion; C'est plein de choses et aussi le vide en moi; C'est me sentir petite et grande à la fois; C'est avoir la sensation d'être partout chez moi, d'être là depuis toujours; C'est des moments de calme, de prière, de méditation, des envies de chanter et de danser; Un mois sur le Chemin de Compostelle c'est tout ça et plus encore. Demain, je fais ma dernière étape française avec le passage du col du Somport et de la frontière espagnole. Une toute autre aventure va commencer: nouveau pays, nouvelle langue, nouveaux paysages, nouveau rythme de vie, nouveau type d'hébergement... Compostelle se rapproche... Aline Lourtie 02 octobre 2023
- J32 - Sarrance - Borce
Longueur de l'étape: 24,02 km Total parcouru: 737,04 km Je me réveille vers 5h30. Je traine un peu dans mon lit et me lève un peu avant 6h. Je fais quelques exercices assouplissement des pieds, je prépare mon sac et mange un reste de riz de la veille. Sylvie me rejoint un peu après. Elle sourit de me voir manger salé au petit-déjeuner. Ma ration de riz ne suffit pas à ma rassassier. J'ajoute donc la note sucrée avec des tartines de confiture. Quand les autres se lèvent, je suis déjà presque prête à partir. Je prends le temps de dire au revoir à Sylvie. Je vais remplir mes gourdes à la fontaine de la place. Il parait qu'elle a des propriétés guérisseuses. En passant devant l'église, j'entends les moines chanter. J'hésite à les rejoindre mais l'office ayant déjà commencé, j'ai peur de les déranger. Je continue ma route. Je me retrouve rapidement sur des petits sentiers de forêt comme ceux d'hier mais ils sont plus praticables. Tant mieux, car il fait encore noir. Plus je m'éloigne de Sarrance, plus j'ai la gorge serrée et les larmes aux yeux. Je suis triste de quitter cet endroit. C'est la première fois que je ressens cela. Je suis remplie de gratitude pour les instants que j'ai passé là-bas et les personnes que j'y ai rencontré. Malheureusement, je ne suis pas du bon côté de la montagne pour voir le lever de soleil. Mais j'ai d'autre magnifiques paysages qui s'offrent à moi : des montagnes majestueuses. Je suis fasinée. Je marche d'un bon pas. Il y a quelques tronçons sur des axes routiers mais pas trop. Fin de matinée, il commence déjà à faire chaud. Je sens que cela me fatigue. Comme hier, je choisis de ne pas faire de pause de midi et d'aller directement au gîte. J'arrive vers 14h. Je donne un coup de fil la propriétaire pour la prévenir de mon arrivée puis je m'installe et prend le temps de donner quelques nouvelles. Il y a un déjà une autre personne installée mais je ne l'ai pas croisée. Régio et Daniela me rejoignent au gîte. Je vais ensuite faire quelques courses au village. J'espère trouver une petite épicerie, une boulangerie ou un petite brasserie. Mais le seul commerce est fermé pour congé annuel. Pas de chance. Je me débrouillerai avec ce qu'il me reste dans mon sac. L'avantage: je serai plus légère pour ma grosse étape de demain et la moter du Somport. J'essaye aussi de trouver un logement pour demain. L'auberge du Somport est fermée depuis le 1er cotobre. De nouveau, pas de chance. Je regarde pour aller jusqu'à Canfranc Estacion. Cela allonge mon étape de 7 km et cela diminue aussi celle du lendemain. En plus, c'est une ville avec des magasins. Je pourrai donc faire des courses. J'essaye d'appeler deux gîtes. Pour le 1er, il semble y avoir un problème avec le numéro et pour le second, je tombe sur un répondeur. Je laisse un message en espagnol en espérant que cela sera compréhensible. Je vais aussi demander à la propriétaire du gîte si elle a des pistes à mes conseiller. Elle a dit qu'elle passerait en soirée. J'espère que je vais pouvoir prendre quelques aliments dans le frigo et les armoires, cela me dépannerait pour ce soir. Je meurs de faim. J'ai hâte de manger. Je me sens un peu cafardeuse ce soir et je guette des nouvelles de Belgique. Je sens aussi un stress par rapport au logement et aux réserves de nourritures qui diminuent. En plus, il y a des travaux sur la route et, apparemment, il n'est pas possible de passer à pied. Il faut oligatoirement prendre le bus. Cela signifie que je suis dépendante des horaires de bus. Or, je voulais partir tôt pour faire l'étape à mon rythme. Je vais aussi voir avec la proprio ce qu'il en est et s'il n'y a pas une autre solution possible. Je décide d'aller me faire à manger. Le repas sera frugale : des lentilles. La propriétaire arrive un peu après le repas. Elle a l'air pressée et n'a pas vraiment le temps de répondre à toutes mes questions. Il a bien des logements à Canfranc Estacion, la ville juste après le Somport. Pour les travaux, une déviation a été mise en place pour les pélerins. Elle passe par un ancien tunnel de la SNCF. Le monsieur qui était déjà installé quand je suis arrivée au gîte nous rejoint. C'est un randonneur et il fait plusieurs sommets. Il est là depuis plusieurs jours. Je discute un peu avec lui. C'est compliqué d'interagir avec Regio et Daniela à cause de la barrière de la langue. Je me sentais un peu seule prendant le repas. Une toute autre ambiance que celle de Sarrance. Je ne me souviens pas du nom du randonneur. Il est assez agité, il court dans tous les sens et chaque fois qu'il ouvre la bouche, c'est pour se plaindre d'un truc dans le gîte. Cela m'énerve et me fatigue. Dès que j'ai fini de boire mon thé, je monte me coucher. Je m'endors rapidement mais la nuit est agitée. Je fais pas mal de rêves. Aline Lourtie 02 octobre 2023
- J31 - Oloron-Sainte-Marie - Sarrance
Longueur de l'étape: 23,63 km Total parcouru: 713,02 km L'étape d'aujourd'hui est plus petite. Je peux me permettre de partir plus tard. Dominique, Noël et Jocelyne se lèvent un peu après moi. Je me mets en route vers 7h. Mon sac est lourd et il me pèse déjà. J'essaye de l'ajuster comme je peux. Le démarrage est difficile. Dominique me rejoint. Elle est partie du Puy et elle va jusqu'à Lourdes. Elle marche depuis un mois. Il lui reste à peine deux jours de marche. Nous faisons un bout de chemin ensemble. Elle bifurque vers la voie piémontaise et je continue sur la Voie d'Arles. Sur le Chemin, je peux admirer les Pyrénnées qui sont juste devant moi. C'est magnifique ! J'oublie vite le sac trop lourd, la chaleur et le bitume. Je comtemple et m'arrête souvent pour prendre des photos. Je trouve de beaux endroits pour faire des pauses. J'essaye de ne pas trop m'attarder car j'aimerais arriver à Sarrance début d'après-midi. Les derniers kilomètres se font sur un sentier étroit dans les bois. Le genre de sentier où tu regarde où tu mets les pieds pour ne pas tomber dans le ravin. En contrebas, il y a une très belle rivière. Le chemin est beau mais pas évident. Je ne suis pas toujours à l'aise. Je fatigue et mes chevilles sont douloureuses. Petite anecdote amusante : j'entends un bruit de cloche de vache. Et là, je me retrouve nez à nez avec un troupeau de vache. Heureusement, la pente n'est pas trop forte, je me mets légèrement dans le ravin pour les laisser passer. Rencontre atypique. J'en croise deux autres un peu plus loin. Je passe à côté en essayant de ne pas les effrayer. J'arrive à Sarrance. La ville est mignonne et très calme. J'arrive au Monastère où je suis accueillie par Sylvie. Elle est souriante, une vraie boule d'énergie. Le Monastère est magnifique, calme et paisible. Cela donne envie de méditer et de rester en silence. Je retrouve Noël et Jocelyne. Je m'étonne de les voir déjà là alors qu'ils sont partis après moi. Ils m'expliquent qu'ils ont pris un chemin plus court. Je vais ensuite m'installer sur un banc sur la petite place devant le Monastère pour manger une banane et un morceau de pain. J'en profite pour écrire et lire. Je vais ensuite à l'église. J'aimerais prier un peu avant les Vêpres. Lors de l'office, les frères chantent. Ils ont des voix magnifiques et ils sont accompagnés par l'orgue. Cela me rappelle Saint-Guilhem. Les frères nous ont donné les paroles des chants, nous pouvons donc les accompagner. C'est un moment rempli de douceur et de communion. Après l'office, nous mangeons tous ensemble : Jocelyne, Noël, Regio et Daniela (un couple italien), Sylvie (notre hôte) et Valérie (une retraitante). Heureusement, Valérie parle italien, elle peut donc faire la traduction pour Regio et Daniela. Au menu : morceau de pâté en entrée, riz, poivrons, morceaux de saucisses en plat. Je meurs de faim. Sylvie a fait de grosses quantités. Tant mieux car je dévore. Après le repas, le frère Jean-Daniel vient nous saluer et discuter avec nous. Il a fait partie de la confrérie de Conques. C'est lui qui joue de l'orgue. Il prend ensuite la guitare et entame la chanson du pélerin. Nous chantons tous ensemble. Cela fait ambiance feu de camp. Cela ne dure pas longtemps car c'est bientôt l'heure des Complies auxquelles nous sommes tous conviés. Ce sont d'autres chants que ceux de Vêpres. A la fin, il y a une bénédiction et les frères nous invite à monter, sur l'estrade chacun à notre tour, pour aller prier devant la statue de la Vierge. C'est un moment d'une intensité incroyable. Quand c'est à mon tour de monter sur l'estrade, Jean-Daniel joue « L'Oiseau », la musique du film "Belle et Sébastien". J'ai les larmes aux yeux. J'aimerais pouvoir rester là, près de la Vierge, pendant un long moment mais il y a des personnes qui attendent derrière moi et je ne suis pas très à l'aise de me sentir observée. J'ai un peu de mal à faire abstraction. Je suis à nouveau bénie par l'un des frères. Quand les Complies se terminent, il est déjà tard. Je suis fatiguée et je vais directement dans mon lit. Je m'endors rapidement. Aline Lourtie 01 octobre 2023
- Les signes du Chemin
Tout au long du Chemin, il y a des balises (soit rouges et blanches soit jaunes et bleues) pour indiquer la direction à prendre. Et puis, quelques fois, au détour du Chemin, il y a une coquille, une croix, une statue de la vierge, une citation. Autant de petites surprises qui me rappellent sur quel Chemin je suis. Avec les citations, je me sens accueillie en tant que pèlerine et soutenue dans mon voyage. Parfois elles viennent mettre des mots sur ce que je ressens, parfois elles viennent comme un encouragement, parfois, elles viennent redonner du sens. Elles me rappellent aussi que d'autres ont fait ce Chemin avant moi et que d'autres le feront après. J'ai eu, moi aussi, envie de laisser une trace de mon passage en écrivant un petit mot dans un livre que j'ai laissé dans un gîte. Aline Lourtie 29 septembre 2023
- J29 - Morlaàs - Lescar
Longueur de l'étape: 20 km Total parcouru: 657,20 km Malgré quelques réveils nocturne, la nuit a été bonne. Je me réveille tôt mais je reste encore un peu au lit. L'étape du jour est courte et facile, je ne suis pas pressée. Noël et Jocelyne se lèvent un peu après moi. Je démarre vers 7h15. Je m'attends à une étape pas très fun avec de la route, des zones industrielles, ... Je suis surprise de tomber dans des petits sentiers dans les bois ou à travers champs. Il y a quelques routes bitumées mais se sont des zones résidentielles où il y a peu de passage de voiture. Je me rends compte que j'ai envie d'avancer. Je suis impatiente d'arriver au gîte pour profiter d'une belle après-midi de repos. Ce matin, j'ai fait une pause dans un champs et j'ai eu la chance de voir deux chevreuils. Ils m'ont vu aussi et nous sommes restés un moment à nous observer. J'ai pu les photographier et les filmer. Je marche dans ma bulle et me perds beaucoup dans mes pensées. J'ai un peu mal à la cheville droite. Hier soir, en me massant, j'ai remarqué une grosseur. Ce n'est pas gonflé ni rouge et pas vraiment douloureux. J'espère que ce n'est rien de grave. J'essaye d'être attentive à ma manière de marcher et de déposer mon pied mais comme je suis fatiguée, je sens que c'est plus compliqué. J'arrive à Lescar vers 13h. L'Office du Tourisme n'ouvre qu'à 14h. Je passe devant le gîte. Il y a une table et un banc à l'ombre dans la cour. Je m'y installe pour manger. J'envoie quelques nouvelles à la famille et sur FB avant d'aller à l'Office du Tourisme pour récupérer le code d'entrée du gîte. J'en profite pour faire un petit tour dans le village. La boucherie et la boulangerie n'ouvrent qu'à 16h. J'ai donc le temps de prendre une douche et de m'installer. Il y a une machine à laver et un séchoir. Je vais en profiter pour faire une grosse lessive. Je prends aussi le temps de masser ma cheville et de faire un soin énergétique. J'espère que je ne suis pas en train de forcer et de me déformer les pieds. A mon avis, dès mon retour en Belgique, je prendrai RDV avec un spécialiste et aussi un RDV chez Claude et chez Yvan pour faire du bien à mon corps qui encaisse quand même pas mal. Je m'amuse à regarde des tutos pour apprendre à mieux marcher. Il faut éviter de « talonner » c'est-à-dire de faire du bruit en marchant, se tenir droit avec le meton parallèle au sol. Je vais essayer d'être attentive à ma posture demain et de mobiliser davantage mes mollets et mes cuisses en faisant partir l'impulsion avec la jambe arrière. Cela soulagera certainement mes genoux, mes chevilles et mes pieds. Une bénévole vient me rendre visite pour voir si tu vas bien et si j'ai bien payé le gîte. Je serais seule ce soir. Cela m'arrange. J'aime avoir des moments de tranquillité et pouvoir me reposer sans devoir faire la conversation. Avant d'aller faire des courses, je visite l'église. J'ai envie de prier. Mon mala est dans ma poche. J'allume un cierge et prie la Vierge. Une paix et de la douceur s'installe. Cela me fait du bien. Je me rends ensuite chez le boucher. Je suis un peu déçue de ce qu'il propose. Je m'attendais à avoir un service traiteur et des plats préparés. Je mets du temps à me décider car rien ne me fait vraiment envie. Je me décide pour le cassoulet comme c'est une spécialité de la région. Je passe ensuite acheter un dessert à la boulangerie. De retour au gîte, je m'installe dehors pour écrire et boire un panaché. Petite pensée pour Michel puisque nous avions l'habitude de boire cela quand je partais en vacances avec lui. Programme du soir : ranger mon linge, faire mon sac, manger, lecture. Bref, soirée repos. Demain, c'est une grosse étape (32 km) avec quelques beaux dénivelés et il va faire chaud. Je me mets à table pour déguster mon cassoulet et un pommier (spécialité de la région) comme dessert. Rose, la bénévole, repasse au gîte pour voir si personne d'autre n'est arrivé. Après son départ, je ne traine pas et me mets au lit avec mon bouquin. Aline Lourtie 29 septembre 2023
- J28 - Vidouze - Morlaàs
Longueur de l'étape: 29,41 km Total parcouru: 637,20 km J'ai un peu de mal à me lever. Je sens que je n'ai pas beaucoup dormi. Par contre, dès que je suis debout, je m'active et me mets en route dès 6h30. Il fait très noir avec un beau ciel étoilé. Cela m'étonne car il y a une Pleine Lune demain. Sur le chemin, j'ai la chance de croiser 4 chevreuils. Je n'ai malheureuemsent pas eu le temps de les rendre en photo. La route ressemble à celle d'hier : pas mal de petits sentiers très bien balisés. Tout se passe bien. J'ai un bon rythme et je ne souffre pas de la fatigue. Quand je suis en mouvement tout semble aller mieux. Je me perds beaucoup dans mes pensées en marchant. Je me sens à la fois dans mon corps et à la fois je me sens en dehors. C'est moi qui marche et en même temps, ce n'est pas moi. Etrange sensation. L'étape ne me semble pas difficile. Par contre, fin de matinée, je ne me sens pas bien. La pomme que j'ai mangé a du mal à passer. A mon avis, j'ai repris l'effort trop vite. Je refais une pause dès que possible. Cela passe. Quand je reprends la route, je n'oublie pas de mettre mon chapeau car cela commence à chauffer. C'est peut-être une cause de mon malaise. Vers 13h, je me trouve un endroit pas trop mal pour faire une longue pause de midi. Au menu : sardines, ratatouille, pain et comme dessert, biscuits aux figues et chocolat. Je m'accorde un petit quart d'heure de lecture. J'ai commencé un livre d'Eric Emmanuel Schmitt. Cette pause me fait beaucoup de bien. Il me reste deux bonne heures de marche avant d'arriver au Camping Municipal. Le première heure de marche se passe bien. La seconde est plus difficile. Il fait chaud. J'arrive au camping vers 16h. J'ai hâte de prendre une douche car je dégouline. Je rencontre un couple de Québecois, Noël et Jocelyne Ils ont partis de Anoye. Ils sont très sympas. Ils ont déjà été à Compostelle et ils reviennent chaque année pour faire un morceaux de chemin. Ils me parlent de l'Espagne et me donnent quelques conseils. Ils me préviennent de bien réserver mon gîte à l'avance pour le 15 octobre car c'est un jour de fête en Espagne. Ils me disent également que les horaires en Espagne sont différents des horaires en France. Un pélerin nous rejoint. Il voyage à vélo. Il vient de Tervuren et il a commencé son voyage à Bruxelles et il va jusqu 'à Compostelle. Les Québecois, eux, vont jusqu'à Puenta La Reina. Il y a donc de fortes chances pour que l'on se recroise. AlineLourtie 28 septembre 2023
- J27 - Marciac - Vidouze
Longueur de l'étape: 25,41 km Total parcouru: 607,79 km Mon sac est presque prêt quand je pars déjeuner. Je rejoins l'épouse de Patrick dont j'ignore le nom. Pendant le déjeuner, elle me parle des difficultés rencontrées avec les pélerins parfois trop exigeants et d'autres qui annulent au dernier moment. C'est beaucoup de boulot et ils songent à arrêter. D'autant que les règles vont être renforcées et qu'il aura plus de contrôle. Elle me parle également de sa maman qui a la maladie d'Alzheimer et qui ne sait plus se déplacer. Elle se met à pleurer. Je suis touchée par cette conversation et ce moment partagé. J'ai presque envie de lui proposer un massage de la nuque. Je mets en route vers 7h. Juste quand je pars, j'entends Martine se lever. Après une petite heure de marche, je sens que je commence déjà à fatiguer. Mons sac est lourd à cause de la nourriture. Je pense aussi qu'un petit déjeuner sucré n'est pas idéal pour entamer une journée de marche . Il y a beaucoup de bitume au début. J'ai besoin de faire des pauses régulièrement. Pourtant, le chemin n'est pas du tout difficile. J'admire une magnifique lever de soleil avec de la brume et les montagnes en fond. C'est splendide ! Je décide de faire ma pause de midi dès que j'aurai passé Maubourget. J'aurais fait plus de la moitié du chemin. J'ai déjà chaud et mon sac me pèse. Il me fait mal aux hanches et au dos. Plusieurs fois j'hésite à faire une pause sur un banc dans la ville. Je préfère essayer de trouver un endroit plus sympa. Finalement, je m'installe près d'une rivière. Ce n'est pas le plus bel endroit mais il est calme et je suis à l'ombre. Déposer mon sac, enlever mes chaussures, mager me fait du bien. Je prends le temps. Il me reste à peine deux heures de route. Mon sac est plus léger. Par contre, la température a grimpé. Je sens que je vais avoir un peu dur. Je décide d'écouter de la musique pour me motiver. Je continue à marcher sur des petits sentiers. Certains sont en plein soleil d'autres sont ombragés. Je fais une dernière pause quelques kilmètres avant la fin de mon étape. Le gîte est très sympa et il fonctionne en autonomie. Les propriétaires ont laissé des instructions, la chambre est prête et tout est dans le frigo. Je me débrouille comme je veux et cela me va très bien. Je suis seule dans le gite et cela me va très bien aussi. Comme d'habitude, je m'installe et prends une bonne douche. Je m'installe dehors avec une bière et mon carnet d'écriture. J'en profite pour donner quelques nouvelles et réserver mon prochain gîte. Je me prépare des pâtes comme souper. Je suis bien dans ce gîte. Isabelle, la proprio, vient m'apporter du pain. Elle a l'air un peu déboussolée car son fils était censé m'accueillir. Je lui explique que, grâce aux indications, j'ai pu m'installer tranquillement et que j'ai trouvé tout ce dont j'avais besoin. Elle est un peu déçue quand je lui dis que je n'ai pas été dans la piscine. Elle ne reste pas très longtemps. Les pâtes bolo me goûtent bien. Après le repas, je range, fais la vaisselle, prépare mon sac et me mets au lit avec mon bouquin. Je termine le livre d'Anna Gavalda. Je décide d'écrire un petit mot à l'intérieur et je le laisse au gîte. Peut-être qu'il retournera sur la route avec un autre pélerin. La nuit est agitée. J'ai chaud malgré la fenêtre ouverte et je suis embêtée par les moustiques. Je me lève vers 3h30 pour me tartiner d'anti-moustique. J'ai un peu de mal à me rendormir. Je rêve que je discute avec d'autres femmes et je leur dis que je n'ai plus peur. C'est tout ce dont je me souviens de mes rêves. Aline Lourtie 27 septembre 2023
- J25 - Auch - L'Isle de Noé
Longueur de l'étape: 22,53 km Total parcouru: 551,68 km Je me réveille vers 6 heures mais je traine un peu dans mon lit. Je me mets en route directement après avoir fait mon sac. J'ai quelques belles montées pour commencer. Le guide indiquait une étape avec une difficulté 3 étoiles. Je trouve que cela va encore. Je commence sûrement à m'habituer. Il y a de nouveau beaucoup de route et de bitume mais je longe de belles forêts. Je me trouve un endroit sympa pour faire ma pause déjeuner. Le ciel est bleu et le soleil brille. Il fait déjà près de 20°C. Je prends mon temps pendant cette pause. Cela fait du bien. Je suis juste un peu frustrée par tout ce bitume. J'espère bientôt voir un balisage qui mènera vers un petit sentier de forêt. Enfin, je tombe sur un sentier forestier. Cela fait du bien d'être à l'ombre et de profiter de la fraicheur de la forêt. Les paysages sont vallonnés. Ce sont de grandes étendues de champs et des prairies. J'ai la sensation que l'horizon est immense. Comme le ciel est bien dégagé, je peux aperçevoir les Pyrénées. La frontière espagole se rapproche. A midi, j'arrive à Barran. Il me reste une dizaine de kilomètres. Il y a une place avec une table et un banc à l'ombre. Je m'installe là pour manger. Le village est tranquille. Il y a très peu de passage. Je déguste mon taboulé, une pomme et quelques biscuits. Il fait chaud maintenant. Je suis sur la Départementale et cela cogne. Je bifurque assez rapidement dans un sentier de prairie. Et ça monte. Maintenant, je comprends la difficultés 3 étoiles. J'arrive ensuite dans un endroit plus ombragé et j'en profite pour faire une petite pause. Je marche sur la route pour les derniers kilomètres. Le rythme s'installe, les étapes s'allongent (entre 25 et 35km) mais j'y vais sans forcer. Je sens que la fatigue est là en fin de journée mais cela devient aussi de plus en plus facile. Le rythme s'installe mais pas la routine. Chaque jour est différent de la veille. C'est chaque fois un autre chemin. L'isle de Noé est un village qui semble complètement désert. Je m'arrête un instant pour regarder ma carte. Je me fais accoster par un vieux monsieur. Il me montre son bâton. Il parle vite et je ne comprends rien de ce qu'il me raconte. Je comprends qu'il a fait son bâton lui-même mais que c'est la couleur naturelle du bois. Lorsque je lui explique que je vais à Compostelle à pied, il ne me croit pas. Il est persuadé qu'une voiture va venir. Le gîte est une vieille maison rustique et en désordre mais avec un charme fou. Edna m'accueille. Elle est adorable. Elle est anglaise. Elle parle bien français avec un fort accent anglais. Je suis impatiente d'aller prendre ma douche. Je suis trempée de sueur. Je suis de nouveau seule dans le gîte. Cela ne me manque pas de ne pas voir d'autres pélerins. Après ma douche, je sens le besoin de rester allongée sur mon lit. Besoin d'être dans ma bulle. Je donne quelques nouvelles à la famille et sur FB. Je trie mes photos et j'écris car j'ai quelques jours de retard. Je me sens fatiguée et j'ai tout d'un coup, un baisse de moral et un grand sentiment de solitude. Au final, l'après-midi passe rapidement. A 19h, je descends pour manger. Je suis de nouveau servie comme une reine et mange un repas royal : pâté de canard avec des concombres et une sauce yaourt, de la viande avec des pommes de terre, des haricots, de la ratatouille et des pommes. Comme dessert : une salade de fruit, du yaourt et du chocolat. C'est délicieux. Je ne parle pas beaucoup. C'est Edna qui fait la conversation. Aline Lourtie 25 septembre 2023
- J24 - Gimont - Auch
Longueur de l'étape: 31 km Total parcouru: 429,15 km Malgré ma nuit agitée et la longue marche d'hier, je me sens en forme. Mon sac est un peu lourd aujourd'hui. Nous sommes dimanche, j'ai donc prévu plus de nourriture pour ne pas tomber à court. Je reçois un message de Véro qui me propose que l'on s'appelle. Nous discutons plus d'une heure au téléphone. Cela me fait du bien de l'avoir au téléphone. Je suis un peu en manque de nouvelles de la Belgique. J'avance sans m'en rendre compte ce qui ne m'empêche pas de profiter des paysages un peu brumeux et d'un beau lever de soleil. Je fais ma pause de la matinée près d'une petite église et je discute un peu sur Whatsapp avec maman. Elle m'envoie quelques photos et vidéos de la soirée qu'ils ont passé chez les Lambert. Notamment des vidéos où Emi joue du violoncelle. C'est rare quand elle se met en avant comme ça. Je la trouve rayonnante. Cela lui va vraiment bien et je suis heureuse pour elle. Toutes ces nouvelles de Belgique me font beaucoup de bien. Le soleil et le ciel bleu sont là. Je traverse des champs et des prairies vallonées. Cela me fait un peu penser à la Mongolie. J'ai un sentiment de liberté, d'immensité et de « tout est possible ». J'ai encore plusieurs fois les larmes aux yeux. Des larmes de joie et de gratitude. Je suis en Joie. Je prends beaucoup de plaisir lors de cette étape. J'arrive à Auche tout juste avant la fermeture de la Maison des Pélerins. Il y a 5 autres personnes : 3 femmes et 2 hommes. Ils sont tous partis en ville. Je suis donc seule pour m'installer. Après ma douche, je pars moi aussi faire un tour. Auch a l'air d'être une grande ville mais cela ne me dérange pas. Au contraire, je la trouve très belle et calme. Malheureusement, j'arrive trop tard pour visiter la Cathédrale. Je suis déçue car elle a l'air superbe. Elle l'est déjà de l'extérieur donc qu'est ce que cela doit être à l'intérieur. Je passe un appel aux parents. Cela me fait du bien de les voir. J'ai également reçu un message de Claude qui m'a fait très plaisir. Ainsi que des nouvelles de Sandra. Elle va bien même si elle se sent un peu seule. Elle pense souvent à moi, elle lit mes posts. Je lui manque. Elle aussi me manque. J'ai hâte de la revoir, de reprendre le yoga et la formation. J'avais prévu un repas pour le soir. Je vois qu'il y a pas mal de restos ouverts et j'ai plutôt envie de troquer mon taboulé contre un bon repas à la terrasse d'un resto. Au menu : oeufs mimosa, suprême de poulet et brioche façon pain perdu pour cloturer le repas. Un délice. Le serveur est très sympa. Il discute avec tous les clients. Cela ralenti un peu le service mais ce n'est pas très grave. Je quitte le resto vers 21h30, le ventre bien rempli. Ravie de cette merveilleuse soirée qu je me suis offert. Aline Lourtie 24 septembre 2023
- J22 - Roman-Saint-Agne - Léguevin
Longueur de l'étape: 29 km Total parcouru: 465,15 km Voilà l'étape que je redoute tant: la traversée de Toulouse. Le trajet pour aller jusqu'à Toulouse est tranquille. Je continue de longer le Canal. Par contre, l'entrée dans Toulouse est plus « violente » : des voitures, des cyclistes et des joggeurs partout. Il y a beaucoup trop de choses et de monde autour de moi. Je suis complètement paumée. Je garde bien ma carte sous les yeux pour éviter de me perdre dans tout ce remue-ménage. Je me sens toute petite, oppressée et agressée. Je suis en décalage par rapport à ce rythme trop rapide. Les éléments de la nature comme le Canal et la platanes paraissent insignifiants et inexistants dans ce monde de bitume, de béton, de voitures. Cela me rend triste et m'interpelle. Je me pose beaucoup de questions sur la société dans laquelle je vis. Elle me fait peur. Elle me renvoie aussi au fait que je vais vivre un grand décélage en rentrant en Belgique, quand je vais reprendre « le rythme ». Comment arriver à garder le calme, la sérénité du Chemin dans la vie de tous les jours ? On m'a vanté la ville de Toulouse. J'ai hâte d'arriver dans le centre pour découvrir cette fameuse ville Rose. Je suis déçue. Il y a des travaux un peu partout. Il y a quelques beaux bâtiments mais qui ne sont pas mis en valeur. Cela me donne encore plus envie de partir de quitter cette ville. Sur le chemin de l'Office du Toursime, je croise Florent. Il va prendre le métro pour aller à son lieu de rendez-vous et prendre son BlaBla Car pour rentrer chez lui. Nous discutons un peu sur un banc. Je ne suis pas très bavarde. Je me sens stressée, nerveuse et déjà fatiguée par toute l'agitation autour de moi. Je suis quand même contente d'avoir été patiente pour avoir le tampon de Toulouse sur ma crédentiale. Avant de rejoindre le Chemin, je passe par la Place du Capitol. Il y a un gros événement. De nombreuses tonnelles sont installées. Il est impossible de voir correctement la place et les bâtiments. Cela renforce ma déception. Je passe également voir la Basilique Saint-Sernin. Le quartier est plus calme et la Basilique est très belle à l'extérieur et à l'intérieur. J'ai vraiment envie de quitter Toulouse. Sans cela, j'aurais pris le temps de me poser et de faire une prière. Plus je m'éloigne du centre et plus cela se calme au niveau de l'agitation piétonne. Je passe uen bonne partie de la journée à longer des axes routiers très fréquentés. Bruits de voiture, odeur de bitume et d'essence. Pas cool le chemin. Les seuls endroits où je peux me poser sont les abris de bus. En dehors de cela, je ne trouve aucun endroit sympa. Alors, je marche. J'ai la sensation de ne pas avancer, de tourner en rond et que je ne sortirai jamais de cette ville. Je commence à me décourager. C'est vraiment difficile. Le vent commence à se lever, le ciel est tout gris et il pleuvine de temps en temps. A mi-étape, je décide d'écouter de la musique pour me couper de cette ambiance. Cela me donne le courage d'avancer. Un peu plus loin, je trouve des toilettes publiques. Ouf ! Je vais enfin pouvoir soulager ma vessie. Ce sera un problème de moins. A Pibrac, je trouve une petite place sympa, au calme, avec des bancs. Je m'y installe pour manger un morceau. Cette pause me fait beaucoup de bien. Il doit me rester une dizaine de kilomètres jusqu'à Léguevin. J'arrive enfin au gîte. Je suis accueillie par André. Il est bénévole dans l'Association Jacquaire de Toulouse. Il me montre rapidement le gîte. J'ai hâte de m'installer et de me poser. André est, comme la plupart des hôtes, adorable et accueillant. Il est aussi très bavard. Il me raconte beaucoup d'histoires. Mon cerveau n'enregistre pas tout. Je sature. J'ai besoin de calme et de repos. Il se décide à partir au bout d'une demie-heure de discussion. Après son départ, je m'active. Il y a une machine à laver. J'en profite pour faire une grosse lessive. J'espère juste que mon linge sera sec pour demain. Pendant que la machine tourne je prends ma douche et pars faire quelques courses. En rentrant, je donne quelques nouvelles à la famille en prenant un petit apéro. Je mange un plat de pâtes au saumon et je termine par une tarte au citron comme dessert. Cela me fait du bien ce petit plaisir sucré et ce temps pour moi. Par contre, je suis gavée. J'avais besoin de ce réconfort et de me « remplir ». Je ne tarde pas à aller me coucher. L'étape de demain est longue. Un petit massage des pieds et des jambes et puis dodo. Aline Lourtie 22 septembre 2023
- J21 - Ayguevives - Roman-Saint-Agne
Longueur de l'étape: 18,62 km Total parcouru: 436,15 km Je me réveille vers 6h30 en entendant Bernard qui est dans la cuisine. Je commence à préparer mon sac. Nous prenons le petit-déjeuner tous les 4 et nous profitons d'un magnifique lever de soleil sur le Canal. Florent et moi prenons la route vers Toulouse vers 8h. C'est dur de quitter Bernard, Marie-Claude et ce petit cocon de douceur et de partage même si reprendre la route me fait plaisir. C'est une petite étape pour moi car je m'arrête avant Toulouse. Je n'ai pas trouvé de logement là-bas et puis je n'avais pas envie de dormir en ville. Florent a un peu plus de kilomètre à faire. Je marche un plus lentement que d'habitude pour me calquer sur son rythme. Au départ, cela me frustre puis je m'adapte et cela me fait du bien de ralentir. Nous prenons notre temps. Nous longeons toujours le Canal et croisons beaucoup de cyclistes. Je ne les entends pas toujours arriver et je suis plusieurs fois surprise de les voir débouler derrière moi. Dès que c'est possible, j'essaye de marcher en dehors du sentier pour ne plus être dans le chemin et éviter de me faire renverser. Plus nous approchons de Toulouse et plus nous voyons des bateaux amarrés le long du Canal. Cela donne envie de vivre sur une Péniche. Avec Florent, nous passons du temps à discuter du chemin, de notre vision de cette expérience, de ce que cela nous apporte mais aussi de la société, du réchauffement climatique, du Covid, ... Nous avons aussi de longs moments de silence qui font du bien. Nous sommes alors chacun dans notre bulle. Comme à Castres, nous décidons d'aller manger au resto pour nous dire au revoir. Nous trouvons une sorte de Lunch Garden. Au Menu : Steack hâché, frites, crudités et crumble banane, chocolat et chantilly comme dessert et un coca pour nous rafraichir. Florent me parle de son travail et de la manière dont il réalise les vitraux. Je trouve cela passionnant. Cela me donne envie de relire « Le Passeur de Lumière » et « Les Piliers de la Terre ». Je me sens à la fois proche et très différente de Florent. Je me demande si nous pourrions être amis sur le long terme. En tout cas, j'ai envie de le suivre dans son travail. Mon hôtel est à moins d'un km de là où nous avons mangé. Florent m'accompagne jusque là. Nous nous disons au revoir. C'est bizarre. Les hébergements se suivent et en se ressemblent pas. En réservant un hôtel F1 près de Toulouse, je savais que cela ne serait pas le gand luxe. L'hôtel est au bord de l'autroute et il y a des travaux juste à côté. La chambre est petite. Il n'y a rien autour à part un Buffalo Grill. Cela change d'hier. C'est cafardeux. Je tourne en rond et je passe beaucoup de temps sur FB. J'ai du mal à me bouger pour prendre ma douche et ranger mes affaires. Après ma douche, je m'installe pour écrire. Pour le repas, je trouve un distributeur de plats préparés et un micro-onde pour les réchauffer. Je n'ai pas assez de monnaie et le réceptionniste ne peut pas changer mon billet. Je me contente donc d'un paquet de chips et d'un Lion. De toute façon, je n'ai pas très faim. Je compense pour m'occuper et trouver le temps moins long. Il y a la télé mais je n'ai même pas envie de la regarder. J'en profite pour programmer les publications FB d'Artis'Âme. Au moins, je fais quelque chose d'utile. J'essaye de lire un peu mais je suis tout le temps distraite par mon téléphone. J'attends un message, des réactions de la part des gens. Je me sens seule. Il ne se passe pas grand chose. C'est cafardeux comme soirée. Demain, cela ira mieux. Je passe le reste de la soirée à lire. Je n'ai pas sommeil. Aline Lourtie 21 septembre 2023











