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  • J18 - Dourgnes - Les Cassés

    Longueur de l'étape: 32 km Total parcouru: 371,81 km Je me lève tôt. L'étape va être longue aujourd'hui. J'ai l'impression de ne pas avoir grand chose à raconter. Jusque Revel, il y a beaucoup de goudron même si les routes sont moins fréquentées. Je traverse le village de Sorrèze que je trouve mignon. Le centre historique de Revel est pas mal non plus. Après Revel, j'arrive sur une sorte de Ravel. La route n'est pas goudronnée. C'est plutôt un chemin de petites pierres. Je longe une rivière bordée d'arbres. Il fait chaud mais je ne souffre pas trop de la chaleur. Je vois quelques écureuils sur le chemin. J'essaye de les photographier mais les essais ne sont pas très concluants. J'essaye de faire des pauses régulièrement pour ménager mes efforts. Je sens aussi que j'ai envie de tracer. Je regarde beaucoup les km. Je compte. Je décompte. Je calcule. Je me vois déjà à Saint-Jacques. J'ai du mal à rester dans le moment présent. La route est simple et plutôt jolie. C'est aussi une ligne toute droite assez monotone. J'ai fait les premiers kilomètres sans trop de soucis. Entre 11h et 13h, je commence à avoir un peu dur. La pause de midi est bienvenue. Il ne me reste plus grand chose à faire : une dizaine de kilomètres. Je les fais quasi d'une traite. Je suis contente d'arriver. Je sens que mes jambes et mes pieds sont fatigués. J'ai hâte de me reposer. Le gîte est chouette et confortable. Isabelle, la propriétaire est sympa et accueillante. Elle a fait le Chemin plusieurs fois et elle est très active dans les associations de pélerins. Elle semble connaitre tous les hôtes de la région. Je prends le temps de passer un coup de téléphone aux parents. Je sens que je suis fatiguée et j'ai l'impression de ne pas avoir grand chose à raconter mais cela me fait du bien de les voir. Au gîte, il y a également deux allemandes qui prennent le bus pour Toulouse demain et trois françaises que j'ai croisé sur la route. Elles vont également jusque Toulouse mais à pied. Durant le repas, Isabelle nous parle de l'histoire du village. « Les Cassés » signifie « les chênes » en occitans. C'est aussi la région d pastel. Il est fait à base de feuilles de la plante du même nom. Il existe encore quelques plantations de pastel mais pas beaucoup. Le repas est très bon : soupe, saucisse,haricots, pommes de terre, salade et pudding vanille. Comme souvent, je me régale. J'avais très faim. Coup de fatigue habituel à partir de 20h30. Je vais me coucher directement après le repas et je m'endors sans difficultés. Je n'entends même pas les 3 françaises venir se coucher. Durant la nuit, J'ai des bouffées de chaleur et je sens que je transpire beaucoup. Je fais aussi beaucoup de rêves et me réveille plusieurs fois pendant la nuit. Aline Lourtie 18 septembre 2023

  • Je ne suis jamais seule sur le Chemin

    "On est jamais seul sur le chemin" est une des phrases que j'ai le plus entendues dans les témoignages des pèlerins. Aujourd'hui, j'ai envie de vous parler des compagnons et compagnes qui ont croisé ma route de manière éphémère. Ce sont toujours de belles rencontres. Moi qui suis plutôt solitaire et pas très sociable, j'apprends à m'ouvrir. Michèle et Marie-Claude: ce sont les deux premières pèlerines que j'ai rencontré. Nous avons passé ma première soirée ensemble à Arles. Toutes deux retraitées de l'enseignement. Anciennes collègues, elles sont restées amies et s'organisent un petit bout de chemin ensemble chaque année. Marie-Claude vit à la Réunion. Elle est d'origine indienne et deux ou trois fois par an, elle part dans l'Himalaya pour donner un coup de main dans une école. Elle m'a laissé son numéro et m'a dit que j'étais là bienvenue à La Réunion. Nous ne nous sommes plus revues. Elles avaient le projet d'aller jusqu'à Montpellier. Maïté et Martine: deux retraitées également. Aussi un petit voyage entre copines. Elles sont parties de Montarnaud (c'est là que nous nous sommes rencontrées) et elles allaient jusque Lodève. Nous nous sommes revues à Saint-Jean-de-la-Blaquière où nous avons pris l'apéro en terrasse ensemble. Martine a déjà été jusqu'à Compostelle via la voie du Puy. Pour Maïté, c'était une première expérience. Corinne et Christianne: nous nous sommes croisées à Saint-Guilhem et nous nous sommes retrouvées quelques jours plus tard à Joncels où nous avons partagé un repas. Elles habitent à Toulouse. Elles ont déjà fait le tronçon Castres-Toulouse. Cette année, elles voulaient faire Saint-Guilhem-Castres. Malheureusement, Corinne a fait une mauvaise chute et s'est fait une entorse à la cheville. Elles n'ont pas pu continuer. Florence: elle est partie de chez elle (Salon-de-Provence). Durant les premiers jours, elle m'a précédée dans tous les gîtes où j'allais. J'ai donc entendu parler de Florence avant de la rencontrer. Nous nous sommes rejointes à Montarnaud et cela à fait "Ah c'est toi Florence" "oui et toi tu dois être Aline." Nous avons pas mal de points communs (médecine chinoise, énergétique, même âge, transition dans nos emploi, écologie, alimentation, etc). Nous nous sommes retrouvées à plusieurs étapes. Malheureusement, elle aussi a dû rentrer chez elle car elle était blessée. Cela a été une décision difficile. Elle espère pouvoir revenir sur le Chemin dès qu'elle ira mieux. Joëlle et Guillème: couple de parisiens (j'ai appris plus tard qu'ils n'étaient pas un couple). Il forme un duo musical. Lui est pianiste et elle chante du baroque. En dehors de ça, lui est informaticien et Joëlle est prof d'espagnol à la retraite. Elle s'est lancée en tant que maître de reiki. Elle donne des soins et fait des formations. Elle a déjà été jusqu'à Compostelle via la voie du Puy. Nous nous sommes rencontrés à Lodève et nous nous sommes suivis sur plusieurs étapes (Saint-Gervais, Murat, Salvetat-sur-Angout). Ils se sont arrêtés à Castres. Florent: rencontré à Saint-Gervais. Comme Joëlle et Guillème, nous nous sommes retrouvés sur plusieurs étapes. Nous avons même marcher ensemble de Bouisset à Castres. Il fait des vitraux. Il souhaite aller jusque Toulouse. Parfois il dort en gîte, parfois il dort sous tente. Yotan: d'origine israélienne mais il vit dans les Cévennes. Nous nous sommes rencontrés à Saint-Gervais et comme les autres, nous nous sommes suivis sur les étapes d'après. Nous avons partagé un gîte à Bouisset et louer un AirBNB à Castres. Nous avons fait l'étape Bouisset-Castres ensemble avec Florent. Nous avons été mangé au resto tous les 3 à Castres. Avec Yotan, nous avons parlé yoga, mantra, religions, judaïsme, christianisme, hindouisme, bhagavad-gita. Il m'a parlé de ses voyages en Inde et de sa rencontre avec Amma. Nous avons même fêté le nouvel an israélien ensemble. "Shana Tova" (Bonne année en Hébreux). Il s'est arrêté à Castres. Il retournait donc chez lui aujourd'hui. J'ai repris la route seule. Il y a aussi eu John, l'écossais; Christian et sa compagne, les pèlerins à vélo; Michael, le pèlerin allemand avec qui j'ai fait un bout de chemin. Et puis, il y a tous les hôtes: Bénédicte et Jean-Pierre, Isabelle et Thierry, Eric, André, Véronique, Soeur Ruffine, Nathalie, Bruno et Amélie, Véronique et Didier, Francine, Florence. Autant de personnes qui t'accueillent, te chouchoutent, te racontent des anecdotes sur le Chemin et/ou sur les pèlerins qu'ils ont rencontré, qui te donnent des conseils, etc. Autant de belles rencontres éphémères qui ont croisé mon chemin... Sur le Chemin, j'ai aussi rencontré: des vaches, des chevaux, des ânes, des biches, des lièvres, des écureuils (dont un qui était à 1 mètre de moi ce matin), des libellules, des papillons, des sauterelles, des rapaces, des cochons, des chats, des perdrix, des crapauds (dont un dans ma douche), des lézards, des moutons. Ce sont aussi de belles rencontres (oui, même le crapaud sous la douche ) que m'offre la nature. Aline Lourtie 17 septembre 2023

  • J17 - Castres - Dourgnes

    Longueur de l'étape: 19,78 km Total parcouru: 339,81 km Je me réveille vers 6 heures. Yotan n'est pas encore levé. Je ne sais pas s'il dort encore. J'essaye de faire le moins de bruit possible en rangeant mes affaires et en déjeunant. C'est difficile de ne pas faire de bruit. Je pense qu'il est réveillé mais qu'il en se lève pas. Il ne me dit rien. Je suis un peu déçue de quitter le studio sans qu'on puisse se dire au revoir. L'étape n'est pas très longue aujourd'hui. Pas beaucoup de kilomètres au compteur mais elle me parait interminable. Je marche quasi tout le temps sur du goudron, il y a pas mal de routes fréquentées et les voitures roulent vite. C'est parfois dangereux. Les forêts ont laissé la place aux prairies. Les paysages ne sont pas spécialement jolis. Corinne et Christianne, que j'ai rencontré à Joncels m'avaient dit que les paysages entre Castres et Toulouse n'étaient pas exceptionnels, qu'ils étaient monotones. Vivement dépasser Toulouse ! Il y a aussi de grosses rafales de vent ce qui ne facilite pas la marche. J'ai l'impression de devoir lutter contre le vent et de ne pas avancer. J'arrive au gite vers 13h. Il s'agit d'une vieille ferme. Je suis accueillie par Florence. Elle me fait visiter et nous disutons ou plutôt elle me parle de sa situation compliquée : son mari l'a quittée, elle doit gérer la ferme seule. Au début, elle avait 22 chevaux, 20 ânes et 300 moutons. Elle a vendu les chevaux et les moutons. Il reste encore beaucoup de travail pour une personne seule et elle n'arrive pas à trouver une personne de confiance pour l'aider. Il y a 120 hectares de terrain et aussi 3 roulottes qu'elle loue comme gîte. En plus de ça, elle organise des formations et fait des soins énergétiques. Bref, elle ne chôme pas. Elle a aussi 4 enfants (entre 25 et 30 ans). Elle ne voit plus ses trois filles. C'est lourd. Je sens beaucoup de tristesse dans sa voix. Elle a l'air déterminée, volontaire, travailleuse et active. Elle me parle aussi de son envie d'aménager d'autres roulottes et des yourtes pour pouvoir accueillir des formations ou des retraites. A ce moment-là, je commence me faire plein de films : je pourrais venir l'aider à la ferme et faire des massages, organiser des formation et gérer l'accueil des groupes sur son terrain. Après, je me dis que ce n'est pas la plus belle région de France, qu'il y a beaucoup de vent et des événements cévenoles. Vivre en yourte dans cette région n'est pas la meilleure des idées et puis en hiver cela doit être isolé et cafardeux. André, un autre pélerin, arrive un peu plus tard. Il est retraité de l'enseignement depuis 3 semaines. Il a déjà de nombreux beaux projets en tête pour occuper son temps : randonner, peindre, faire de la photo, se former, ... Il est très gentil. Il dégage beaucoup de douceur. Il a déjà été à Compostelle via la voie du Puy. Il m'a un peu parlé de la partie espagnole qu'il a beaucoup aimé. Cela fait envie. Cette fois-ci, il est parti de Vauvert. Il marche depuis 11 jours. Malheureusement, il s'est blessé à la cuisse et il ne sait pas s'il va pouvoir continuer. Il voit au jour le jour en fonction de son état. Florence lui propose de lui faire un soin pour le soulager. Après m'être installée au gîte, j'ai téléphoné à Véro car c'est son anniversaire aujurd'hui. J'aurai pu lui envoyer un message mais j'avais envie de l'appeler pour avoir de ses nouvelles. Nous sommes restées plus d'une heure au téléphone. C'était gai de l'entendre. Cela lui a fait super plaisir que je l'appelle. C'était un beau cadeau. Après le soin, André va se coucher. Il est un peu KO. Je propose à Florence de l'aider à péparer le repas. En apéro, elle nous fait goûter le vin de sureau qu'elle fait elle-même. Il est bon mais un peu trop sucré à mon goût. Le repas est copieux et savoureux : salade tomates/feta, lasagne et crème de café. Je suis repue. Pendant le repas, nous discutons beaucoup du chemin puisque André et Florence sont des pélerins avertis. Ils sont tous les deux amoureux de la partie espagnole. Florence me raconte la coutume qui est d'arriver à la mer, d'aller se baigner, de brûler ses vieux vêtements et de s'habiller avec des nouveaux. J'ai bien envie de le faire. Malheureusement, cette tradition est interdite à cause des dérives (déchets, dégât des feux,...). Le repas se termine tard. Florence est bavarde et c'est difficile de l'arrêter. Il est passer 21 heures quand nous montons nous coucher. André a l'air très fatigué. Nous discutons encore un peu avant de nous endromir. Je passe une bonne nuit. Aline Lourtie 17 septembre 2023

  • J16 - Bouisset - Castres

    Longueur de l'étape: 25,25 km Total parcouru: 320,03 km Je me reveille vers 5h30. J'ai un peu de mal à me lever. J'entends Yotan qui s'active. Cela me motive à me bouger. Nous déjeunons ensemble. Il me raconte qu'aujourd'hui c'est le premier jour de l'an en Israël. La coutume est de manger une pomme avec du miel. Cela port bonheur. Il me dit aussi qu'il pratique des mantras, qu'il a été en Inde plusieurs fois et qu'il a rencontré Amma. J'adore ! Le temps de ranger, de faire nos sacs et nous voilà partis. Quelques kilomètres plus loin, nous croisons Florent. Il a dormi sous tente dans les bois. Il est en train de replier ses affaires. Nous faisons donc cette étape à nous 3. Au début, nous marchons en gardant nos distances. Ce qui nous permet de rester dans notre bulle. Nous nous rejoignons lors des pauses et c'est l'occasion d'échanger. Petit à petit, nous commençons à marcher ensemble et à discuter. C'est sympa de marcher avec ces deux-là. Nous avons plus ou moins le même rythme même si je sens que je marche un peu plus vite que d'habitude pour pouvoir les suivre. Je fais moins de pauses photos. Je me perds dans la marche et dans mes pensées. J'ai bien envie de faire une pause pour midi. Yotan et Florent proposent d'aller au restaurant à Castres. Cela nous permettra de nous dire au revoir (car Yotan s'arrête à Castres) et de clotûrer cette étape que nous avons faite ensemble. Il reste 6 km jusqu'à Castres. C'est jouable. Je suis fatiguée mais l'idée est chouette. Nous nous remettons en route ensemble. La fin d'étape est pénible pour moi : j'ai mal aux pieds, j'ai faim, il fait chaud, nous marchons en bord de route. J'ai vraiment hâte d'arriver. A Castres, nous trouvons rapidement un resto pour nous installer. Ouf ! J'avais peur de tourner dans la ville avec nos sacs sur le dos. Une table à l'ombre, un verre de coca avec des glaçons et un bon burger avec des frites. Cela fait du bien. Nous ne parlons pas beaucoup pendant le repas. Nous sommes tous les trois fatigués et affamés. Après le repas, nous laissons Florent à la terrasse du café. Il va prendre un dernier verre puis il se remettra en route. Il dormira soit sous tente soit il trouvera un gite en dehors de Castres. Yotan est moi allons jusqu'à notre AirBNB qui n'est pas très loin. C'est tout petit et mignon comme tout. Il n'y a qu'un seul lit. Je ne sais donc pas comment nous allons nous organiser ce soir. Je n'ose pas aborder la question. Nous verrons au moment venu. Après nous être installés, nous partons au lavoir qui se trouve à quelques mètres. L'occasion de faire une grosse lessive. En attendant que la machine tourne, nous allons faire quelques courses pour le repas du soir. J'ai un peu la sensation d'être en couple. C'est étrange. Le courant passe bien. Yotan est quelqu'un de calme et d'intéressant à écouter. Je me rends compte que faire le voyage à deux comporte plusieurs avantages : logement moins cher, moins de gaspillage de nourriture, la compagnie, ... C'est pas mal. Nous rentrons enfin au gîte. Je suis épuisée, j'ai hâte de m'asseoir dans le fauteuil et de ne plus bouger. Castres est une grande ville. C'était très bizarre de se retrouver là, au milieu de plein de gens qui s'agitent alors que j'ai l'habitude de marcher seule dans les sentiers perdus. Je me suis sentie comme une OVNI et cela m'a pris beaucoup d'énergie d'être au milieu de toute cette agitation. Pour ce soir, nous avons prévus une quiche ainsi qu'une pomme et du miel pour pouvoir se souhaiter une bonne année « Shana Tova » (= bonne année en Hébreux). C'est un moment très touchant et particulier. Je suis heureuse de pouvoir vivre ça. Nous discutons longuement pendant le repas sur la religion, le judaïsme, du fait que l'on se sent margianux dans cette société, ... Le temps file. Il est déjà 20h30 et comme d'habitude je commence à fatiguer. J'installe mon matelas gonflable dans le salon. Yotan prend le lit. Avant de me coucher, je me fais rapidement un petit massage des pieds. J'ai du mal à trouver le sommeil : il fait chaud, je suis entourée d'appareils életroniques. Mon matelas fait beaucoup de bruit chaque fois que je me retourne et il n'est pas très confortable. Bref, nuit pas super reposante. Aline Lourtie 16 septembre 2023

  • J15 - Salvetat-sur-Angout - Bouisset

    Longueur de l'étape: 25 km Total parcouru: 294,78 km L'étape est petite et il fait moins chaud. J'ai prévu de partir un peu plus tard que d'habitude. En plus, le soleil se lève plus tard aussi. Je suis quand même réveillée à 5h. Je traine dans mon lit. Je profite. Je me mets en route vers 6h30-7h00. Yotan me précède de peu. Nous nous rejoignons un peu plus loin et faisons un bout de route ensemble. Nous sommes un peu perplexes car nous faisons beaucoup départementale et nous ne voyons pas de balisage. Nous nous sommes sûrement trompés. Nous vérifions sur plusieurs guides différents (Gonze, Miam-Miam, Buen Camino). Visiblement, c'est bien le bon chemin. D'ailleurs, nous retrouvons le balisage un peu plus loin. Ouf ! A partir de là, nous marchons chacun à notre rythme. Nous nous croisons et nous dépassons sans cesse. C'est assez drôle finalement. Le chemin est sympa mais un peu moins joli que les jours précèdents. J'essaye à nouveau de me concentrer sur ma démarche, mes pieds, ma posture. C'est moins évident qu'hier mais il me semble que cela fait une différence. Le temps est idéal pour marcher : du soleil mais pas trop chaud. Il y a aussi un peu de vent. Il s'accentue dans l'après-midi. D'ailleurs, je me suis pris une avalanche de faines en traversant une forêt de hêtres. En cause, les rafales de vent dans les branches des arbres. J'arrive à Angles à midi. Je suis frustrée. L'étape s'est terminée trop vite à mon goût. Je décide de continuer et d'aller 6 km plus loin, à Bouisset. Et demain, je pourrais aller directement à Castres. Les kilomètres sont de plus en plus faciles à faire. Je retrouve Yotan au gîte. Nous sommes seulement nous deux. C'est le grand luxe. Il y a deux chambres, deux salles de bain, une grande cuisine, un salon avec des fauteuils. On est vraiment bien installés. Comme d'habitude, petite routine d'installation : douche, lessive, massage. Je me prépare un thé et me mets à la recherche d'un logement sur Castres avec Yotan. C'est galère ! Tout est complet. Finalement, Yotan trouve un petit studio en AirBNB. Je suis rassurée. Je commençais un peu à paniquer à l'idée de ne pas trouver de logement. Au pire, j'aurai dormi au gite que j'avais réservé pour demain et j'aurai été à Castres le sur-lendemain. Mais au final tout s'arrange et c'est mieux comme ça. Cela me fait gagner une journée. J'espère que cela ne sera pas toujours aussi galère pour trouver un logement. Je redoute un peu l'Espagne pour ça. La proprio vient nous rejoindre un peu plus tard. Elle est sympa. Elle va nous apporter des oeufs et du pain pour que nous puissions nous faire une omelette ce soir. Il y a aussi un reste de pâtes. On va se débrouiller avec ça. De toute façon, nous n'avons pas le choix car il n'y a rien d'autre. Donc... Je m'installe au salon pour donner quelques nouvelles et écrire un peu. Je rejoins Yotan pour le souper. Le repas est simple mais très bon. Nous avons même des croissants pour le petit-déjeuner de demain. Si ça c'est pas la classe! Un peu avant d'aller dormir, je me sens un peu cafardeuse. Je lis un peu pour me changer les idées. Je passe une très bonne nuit. Je fais beaucoup de rêves avec des messages. Malheusement, je ne me souviens pas de tout. Juste que Patrick Burensteinas était dans mon rêve. C'est lui qui me faisait passer un message. Aline Lourtie 15 septembre 2023

  • J14 - Murat - Salvetat-sur-Angout

    Longueur de l'étape: 21 km Total parcouru: 269,78 km Je me lève vers 5h30. Joëlle et Guilhem se lèvent peu après. J'essaye de faire le moins de bruit possible pour ne pas déranger Florent et Florence qui dorment encore. C'est compliqué vu la configuration du dortoir et de la cuisine. Je me mets en route vers 6h30 (pas si tard que cela finalement). J'ai envie de prendre de la distance par rapport aux autres. J'avance assez rapidement. Il fait humide et il y a de la brume. De nouveau, je marche sur de beaux sentiers en forêt. Avec la brume, cela donne une ambiance particulière. Il y a quelque chose de magique. J'ai l'impression d'être entourée de créatures enchantées, d'être dans la forêt de Brocéliande. J'adore ! Je m'arrête souvent pour prendre des photos et essayer de capter l'ambiance mais cela ne donne pas du tout la même chose. Il fait aussi très calme. Quelques kilomètres plus loin, je longe le lac La Vèbre. Il y a aussi de la brume sur le lac. Plus j'avance, plus la brume se dissipe et le lac commence à se dévoiler. C'est magnifique ! Et puis le soleil et le ciel bleu apparaissent. C'est un vrai bonheur. Je savoure. Je suis tellement prise par la beauté du chemin que je ne vois pas les kilomètres passés et je suis surprise d'être déjà à mi-parcours. Je commence quand même à avoir un peu mal au talon. Je repense à ma conversation avec Florence concernant la posture. Je me dis que je dois mal positionner mon pied. J'observe et je remarque que mes pieds partent vers l'intérieur. Je passe le reste du temps à me concentrer sur ma démarche. J'essaye de mettre mes pieds droits. C'est bizarre au début. J'ai la sensation de marcher de travers. Cela doit être drôle à regarder de dos. Je sens que cela me fait un peu mal car je sollicite des parties du pieds que je n'ai pas l'habitude d'utiliser. Il me semble que cela soulage un peu mon talon. Quand je m'habitue à la démarche, j'ai l'impression d'aller plus vite comme si j'avais de meilleurs appuis au sol. Sensation aussi de me tenir plus droite. J'essaye quand même de ne pas trop forcer pour ne pas me blesser. Cela peut être une piste pour soulager mes pieds et mes talons. J'arrive à la fin de l'étape vers 13h. J'ai l'impression de l'avoir survolée. Je n'ai pas la sensation d'avoir marcher 20 km. L'office du tourisme est fermé sur le temps de midi. Il ouvre à 14h. Je m'installe sur un banc dans le petit village et je mange mon repas de midi. Le village est mignon et accueillant. Il donne envie de s'y promener et de se perdre dans les ruelles. Un peu avant 14h, je croise Yotan. Nous discutons un peu puis allons à l'office du tourisme ensemble. Le gite est sympa. Il y a 3 chambres : 2 avec 2 lits et 1 avec 3 lits. Je m'installe dans une chambre de 2 lits. Nous sommes rejoints par Florent, Joëlle et Guilhem. Florent s'installe dans ma chambre. Je sens que je suis plus ouverte à la rencontre. Peut-être parce que je commence à m'habituer à eux. Je suis moins crispée par la proximité. Je vais ensuite faire un tour dans le village et m'installe en terrasse pour boire un verre et écrire. Florent me rejoint. Nous discutons un peu autour d'un verre. Il continue sa promenade et moi, je rentre au gîte où je continue à écrire. Puis je prends le temps de réserver mes prochains logements. Vers 19h, je m'installe à la terrasse d'un petit resto pour manger une pizza. Il fait un peu frais mais c'est tellement agréable de pouvoir manger dehors. Le gérant est très sympa et je passe une bonne soirée. Florent vient également s'installer là un peu plus tard. Il préfère manger à l'intérieur et de toute façon, j'ai presque fini mon repas. Je rentre au gîte pour préparer mon sac, me met en pyjama. Je lis quelques pages avant de m'emdormir heureuse de cette nouvelle journée vécue sur le Chemin. "O Mi Camino Voyage au milieu d'une forêt enchantée Repaire des lutins et de petites fées Dans la brume, un lac mystérieux Se dévoile sous mes yeux Continue, Mon Chemin De m'émerveiller chaque matin Que tes sentiers aux milles couleurs Restent à jamais gravés dans mon coeur" Aline Lourtie 14 septembre 2025

  • J13 - Saint-Gervais-Sur-Mare - Murat

    Longueur de l'étape: 22,5 km Total parcouru: 248,78 km Mon reveil sonne à 5h. C'est la première fois que ne me réveille pas avant lui. Je me sens fatiguée. Je me prépare en vitesse. J'ai envie de partir avant les autres. Je démarre vers 6h. Aujourd'hui, il fait plus frais et plus humide (il a plu pendant la nuit). Nuageux, un peu venteux. Le paysage change. Je traverse de belles forêts qui me rappellent celles de Belgique avec des châtaigniers, des chênes et des hêtres. L'air humide fait ressortir les odeurs de la terre et de la forêt. Il y a un petit air d'automne avec les feuilles mortes au sol. Elles viennent amortir mes pas. Marcher en forêt, j'adore! Cela me ressource. Cette ambiance me rappelle des souvenirs de camps scouts, de hike, de veillée autour du feu, de jeu dans les bois. Je sens que je suis fatiguée et en même temps, je suis au-delà de la fatigue. Je suis perdue dans mes pensées. Je rêve. Je pense. Je réfléchis. Je me questionne. Je ressens un manque. Mon espace de vie me manque. Ma famille et mes amis me manquent. Mon chat me manque. Mes projets me manquent. Et d'un autre côté, je ne m'imagine pas rentrer. Je n'ai pas envie de rentrer. Je n'ai pas envie de m'arrêter de marcher. Je veux continuer à ressentir cette liberté d'être, ce calme intérieur. Il est trop tôt pour penser au retour. Mais cela me fait un peu peur. Je ne m'imagine pas revenir et reprendre ma vie comme je l'ai laissée. Je ne le souhaite pas. Je serai heureuse de rentrer et de partager ce beau voyage avec vous. Je sens aussi que les routes m'appellent. Je ne fais pas beaucoup de pauses. Je n'ai pas envie d'être rattrapée par les autres. J'ai envie de mettre de la distance entre eux et moi. J'observe à quel point cela me dérange de sentir que je ne suis pas seule sur le chemin. J'ai besoin de mon espace. Me sentir suivie est très inconfortable. Il va falloir que j'apprenne à lâcher prise car plus je vais me rapprocher de Compostelle, plus il y aura de pélerins sur la route. La météo est fraiche mais il ne pleut pas. Il y a des nuages et du vent. Je me couvre pour éviter de tomber davantage malade. J'arrive à Murat vers 13h. Pas de chance, la mairie est fermée jusque 13h30. Je m'installe sur un banc juste à côté. Je commence à avoir froid. J'ai hâte de pouvoir me poser et de prendre une douche bien chaude. Le gîte est horrible. Le pire que j'ai vu jusqu'à présent. Il est sombre, froid, les lits sont superposés et métalliques. Il n'y a pas beaucoup de place et peu d'intinmité. C'est moche, cafardeux et pas du tout accueillant. Je file sous la douche. Les sanitaires sont à l'extérieur. Il y fait froid. Ils sont sales et j'ai aussi la désagréable suprise de voir un crapaud dans la douche. Il s'enfuit dès qu'il me voit. Cela me fait du bien de sentir de l'eau chaude. Cela me réchauffe. Après la douche, je prends le temps de nettoyer mon sac car mon tube de crème à couler puis je vais faire des courses. Quand je rentre, Florent est là. Cela me crispe. Il s'installe pour manger et je me fais un bon thé chaud. Nous discutons un peu. Nous somme rejoins par Joëlle et Guilhem. Pendant que les autres s'installent, je reste dans la cuisine pour écrire. Florence est la dernière à nous arriver. Elle a très mal au pied. Elle a beaucoup souffert pendant cette étape. Elle envisage de rentrer chez elle et en même temps, elle n'a pas envie de quitter le chemin. J'étais dans les même questionnements ce matin (pas pour les mêmes raisons). Elle va aller voir un médecin spécialisé. Elle pense que ces douleurs sont dû à un problème de posture et qu'elle devrait porter des semelles orthopédiques. Nous discutons un long moment ensemble. Je sens à quel point elle est déçue. Elle espère pouvoir revenir bientôt sur le chemin. Je ne trouve pas les mots pour la réconforter. Je me mets à sa place et j'imagine le dilemme que cela doit être. Nous mangeons avec Joëlle et Guilhem. Nous sommes tous très déçus par cette auberge. Mais nous passons une chouette soirée tous les quatre. Comme d'habitude, vers 20h, je sens le coup de fatigue arriver. C'est l'heure d'aller dormir. Demain, l'étape est petite (20 km), je vais donc partir un peu plus tard pour pouvoir me reposer. Etant donné qu'il fait moins chaud, c'est moins grave. Je passe une bonne nuit. Aline Lourtie 13 septembre 2023

  • J12 - Le Bousquet - Saint-Gervais-sur-Mare

    Longueur de l'étape: 27 km Total parcouru: 226,28 km Je me réveille tôt (5h). Mon nez est bien bouché. Je me sens fatiguée et je suis en retard pour le petit déjeuner. J'avais dit 5h30 et j'arrive un quart d'heure plus tard. Je suis un peu embêtée. D'autant que Francine s'est levée exprès pour moi. Nous déjeunons ensemble. Elle me parle de la Norvège et de sa maison qui est celle de sa grand-mère. Je vois l'heure qui défile. J'ai un peu peur de partir trop tard. C'est une longue étape aujourd'hui et je dois arriver au gite avant 16h car il s'agit d'un gite communal. Je démarre vers 6h30. Cela monte dès le début. C'est long et c'est raide. J'ai le nez qui coule, je tousse et après 1h30 de marche, je suis trempée. Je dégouline de partout. Mes lunettes n'arrêtent pas de glisser à cause de la sueur. Bref, je dois être magnifique à voir. Un peu plus haut, je vois un endroit qui a l'air un peu plus plat. Je m'arrête pour reprendre mon souffle. Je me retourne pour regarder le chemin parcouru et là je fais « Oh p..... ! ». J'étais tellement concentrée sur mes pieds que je n'ai pas regardé le paysage. Je suis époustoufflée par la vue qui s'offre à moi avec le soleil qui se lève. C'est splendide et je suis émue. Plus je monte, plus la vue se dégage et me dévoile de magnifiques paysages. La météo prévoyait de la pluie. Il fait nuageux mais pas une goutte de pluie. Malgré les nuages je profite de la vue. C'est magique ! Je pleure de joie tellement c'est beau. Le terrain redevient plus plat. Je marche sur les crêtes avec un super point de vue. C'est très gai. Sur le chemin, alors que je fais une pause pour manger, un autre pélerin me dépasse. Je le rejoins un peu plus tard lors de sa pause et puis il me dépassera à nouveau. Pendant ces rencontres, nous n'avons pas parlé, juste échangé des regards et des sourires. J'ai encore pas mal de route à faire. Je commence à fatiguer et les descentes me font mal aux pieds. J'ai hâte d'arriver. Je ne fais pas de pause pour le repas de midi. J'ai peur d'être trop juste et de ne pas arriver à temps au gîte. Je trace. J'arrive à la mairie vers 15h30. Ouf ! Je suis crevée et j'ai mal partout. Au gîte, je retrouve Joëlle et Guilhem (que j'ai rencontré chez Bruno à Lodève) ainsi que Florence (rencontrée à Montarnaud). Il y a aussi Yotan, le pélerin qui m'a dépassé et Florent. Je suis étonnée de les voir tous là si tôt et aussi frais. Je suis crevée et que je n'ai pas envie de faire la causette mais plutôt de rester seule dans mon coin. J'ai besoin de calme. Je passe beaucoup de temps seule dans le dortoir à scroller sur FB. Puis, je fais un whatsapp avec Papa et Maman. Cela me fait du bien de les voir. Il fait très sombre chez eux, l'image n'est pas très bonne. Je ne reste pas longtemps car il est déjà 21h, que je suis épuisée, que je n'ai plus beaucoup de voix (ma gorge ne va pas mieux) et que les autres commencent à venir se coucher. Je ne suis pas à l'aise dans ce dortoir de 6 personnes avec des lits superposés. C'est la première fois que je dors avec autant de personnes dans la même pièce. C'est petit. Nous n'avons pas beaucoup d'intimité. Cela ne semble déranger que moi. J'ai du mal à trouver le sommeil. Mon rhume m'indispose et il y a un sacré ronfleur. J'ai presque envie d'aller dormir dans la cuisine pour avoir la paix. Finalement, je mets mes boules quiès. Cela m'aide m'endormir. Aline Lourtie 12 septembre 2023

  • J8 - Saint-Guilhem-le-Désert - Saint-Jean-de-la-Blaquière

    Longueur de l'étape: 25 km Total parcouru: 152,76 km Je me réveille fatiguée et j'ai du mal à me lever. Après mon échauffement de Do In, cela va déjà mieux. J'ai hâte de prendre la route et de m'éloigner des pélerines bruyantes. Le chemin commence par la fameuse côte de Saint-Guilhem-le-Désert. Elle est longue mais au niveau du dénivelé, c'est ok. La pente n'est pas si raide que je l'imaginais. Et puis il fait bien frais donc c'est plus agréable pour marcher. Je profite à nouveau d'un merveilleux lever de soleil. C'est un bonheur ! J'essaye d'avancer rapidement pour marcher un maximum avant les grosses chaleurs. L'étape est belle. En montée, tout va bien. Par contre, les descentes sont plus difficiles pour moi. Mes genoux et mes chevilles encaissent. Je suis contente d'avoir mes bottines de marche et pas des sandales ou des baskets. Je fais une longue pause sur le temps de midi. ll ne me reste plus beaucoup de provisions. Je mange quelques fruits secs et un avocat. Cela me suffit. Il me reste 6 km avant d'arriver à Saint-Jean-de-la-Blaquière. J'en profite pour donner quelques nouvelles sur Facebook. Cela me prend un peu de temps car cela fait longtemps que je n'ai pas fait de post et j'ai beaucoup de choses à raconter. Je suis en train de remballer mes affaires quand je suis rejointe par deux pélerines (celles qui étaient à Montarnaud et qui avaient passé la soirée avec leurs maris). Je sens que cela me crispe un peu. J'ai envie de calme, de silence et de solitude. Je n'ai pas envie de devoir faire la conversation ou de devoir écouter. Je les laisse prendre un peu d'avance mais je les rattrape un peu plus loin. Elles sont en train de faire une pause. J'en profite pour les dépasser et essayer de prendre de l'avance. Il y a beaucoup de descentes avec des rochers. C'est glissants et pas très praticable. Le trajet me parait long. Je suis contente d'arriver la première au gite. J'ai le temps de m'installer et de prendre une douche. Au moment où je sors faire un tour, les deux autres pélerines arrivent. Je vais faire quelques courses à l'épicerie du coin et m'installe en terrasse pour boire un verre et manger une lasagne et une tarte tatin. Maïté et Martine, les deux pélerines, viennent s'installer à la même terrasse. Elles me proposent de prendre l'apéro avec elles. Je refuse. Je mange de mon côté et je continue à écrire. Avant de partir, je me joins quand même à elle pour discuter un peu. Elles sont de la région. Martine a déjà été jusqu'à Compostelle via la voie du Puy. Cela lui a tellement plu qu'elle a entrainé sa copine Maïté avec elle. Pour Maïté, c'est une première expérience. Elles font quelques jours de marche car elles ont d'autres obligations. Elles s'arrêtent à Lodève (c'est l'étape suivante). Nous nous quittons car elles ont réservé un resto pour 20h. Cela m'arrange. Je rentre au gite où il n'y a personne. Je prends le temps de faire mon sac et de me masser avant d'aller dormir. La nuit n'est pas des plus reposante : j'ai le nez bouché et la gorge qui gratte. J'ai mal quand j'avale. Aline Lourtie 08 septembre 2023

  • J7 - Montarnaud - Saint-Guilem-le-Désert

    Longueur de l'étape: 24,96 km Total parcouru: 127,76 km Une étape que j'attends avec impatience. Apparemment, Saint-Guilhem-le-Désert est un très beau village. Je me réveille tôt et essaye de ne pas faire trop de bruit en faisant mon sac pour ne pas réveiller Florence qui dort juste à côté de moi. Les autres dorment dans des chambres donc il y a moins de risque de les révéiller. Florence se lève un peu avant que je parte. Elle a toujours mal à la hanche. Elle ne sait pas encore si elle va marcher ou pas. D'un côté, elle a très envie de reprendre la route et de voir autre chose que Montarnaud. D'un autre côté elle n'a pas envie de se blesser davantage en forçant. Je lui dis au revoir. Peut-être nous reverrons-nous à Saint-Guilhem-le-Désert. Sur le chemin, j'assiste à un magnifique lever de soleil. C'est comme dans le "Roi Lion" . C'est sublime! Je suis reconnaissante de pouvoir assister à cela. Les paysages commencent à changer. Il y a plus de dénivelés. Etonnamment, cela fait du bien à mes genoux. En tout cas, dans les montées, je n'ai plus la douleur que je ressentais hier. En descente, c'est une autre histoire. Je marche sur des sentiers en petites pierres et en terre et qui sont bordés d'arbres. Il y a pas mal de coins ombragés. Je fais ma pause de midi un peu avant Aniane. Je sens que je commence à fatiguer. Je passe ensuite par le pont du Diable. Il y a un très beau lac. J'hésite à aller me poser au bord mais j'ai aussi envie d'arriver, d'autant que je dois être au gite avant 17h40. Et puis, il y a beaucoup de monde et peu de zones d'ombres. Je continue mon chemin. Il ne reste pas beaucoup de kilomètres avant Saint-Guilhem-le-Désert mais la route me parait interminable : il faut chaud, je suis au bord de la nationale. Ce n'est pas très agréable pour marcher. Je ne me sens pas en sécurité. Par contre, à ma droite, il y a les gorges des l'Hérault. C'est magnifique ! Saint-Guilhem-le-Désert est un petit village tout mignon avec des maisons en pierre. Cela me fait penser aux villages provençaux. C'est aussi un village touristique. Il y a beaucoup de monde. J'arrive à la Maison Saint-Elie où je suis accueillie par une des soeurs carmélites. Elle est adorable. L'endroit est très sobre. Il invite au respect, au silence, au reccueillement, à la prière et cela me convient très bien. Mais, visiblement, ce n'est pas le cas de tout le monde. Je suis un peu frustrée d'entendre certains pélerins parler fort et ne pas respecter la quiétude du lieu. Après une bonne douche, je pars faire un tour dans le village. Je déguste une bonne glace assise sur une terrasse au soleil. Je me rends ensuite à l'église. A 18h, il y a la prière silencieuse avec le soeurs carmélites et ensuite un office. L'église est éclairée par des bougies. Cela donne une ambiance particulière. Je prie avec les soeurs. Je me sens émue sans trop savoir pourquoi. Pendant le temps de prière, l'église reste ouvertes aux visiteurs. Malgré des panneaux demandant de respecter le silence, certaines personnes n'hésitent pas à parler à haute voix. Je suis à nouveau en colère envers ces gens qui ne respectent pas ce moment de reccueillement. J'essaye de ne pas me laisser envahir et de ne plus m'en préoccuper. Eglise de Saint-Guilhem-du-Désert L'office commence. Il s'agit de prières chantées et il y a deux lectures. Les soeurs sont au nombre de 6. Dès le premier chant, je suis touchée. Je me sens en lien avec les soeurs. Il se passe quelque chose. J'ai envie de partager leur Foi et leur dévotion envers Dieu. C'est beau à voir et à écouter. Après l'office, je m'installe àla terrasse d'une crêperie pour manger. Je n'ai pas trouvé de commerce où me ravitailler. Deux pélerines assises à la table à côté me demandent si je souhaite me joindre à elles. Je suis toujours dans l'énergie de l'office : j'ai envie de calme, de silence et pas de devoir faire la conversation. Je refuse poliment. Je me régale avec une délicieuse crêpe complète et d'un verre de vin blanc. Je savoure chaque bouchée et je prends le temps. Je termine le repas par un dessert : une crêpe banane/chocolat avec une infusion. Il est tard quand je rentre au gîte. Je vais me coucher directement. Ce qui n'est pas une très bonne idée vu le repas que je viens de faire. J'ai un peu mal au ventre et j'ai du mal à trouver le sommeil. De plus, les autres pélerines sont bruyantes : une qui ronfle, une qui se retourne sans cesse et fait grincer son matelas. Je suis dérangée par tous ces bruits. La nuit est agitée et je rêve beaucoup. Aline Lourtie 07 septembre 2023

  • J6 - Vendargues - Montarnaud

    Longueur de l'étape: 17.8 km Total parcouru: 102.8 km Je me mets en route vers 7 heures. Après avoir longtemps hésité, j'ai décidé de suivre les conseils de Véronique et de traverser Montpellier en transports en commun. Cela me permettra de gagne un peu de temps et de rejoindre Montarnaud. Je dois juste faire taire la petite voix dans ma tête qui me dit "tricheuse". Le bus a plus d'une demie-heure de retard. Je fulmine en me disant que j'aurais été plus vite à pieds et que s'il arrive trop tard, je ne marcherais pas à la fraîche. Puis je réalise qu'à côté de moi, il y a des gens qui bossent et des étudiants. Tous ces gens vont tous être en retard au boulot ou à l'école. C'est bien plus embêtant. Je me détends et j'accepte la situation. Le bus finit par arrivé. Les transports en commun à Montpellier sont bien organisés. L'arrêt du bus correspond à l'arrêt du tram que je dois prendre. Je n'ai qu'à attendre quelques minutes et à sauter dans le tram dès qu'il arrive. Idem pour le tram suivant. Il y a beaucoup de monde mais les trajets se passent bien. Tant mieux car je redoutais un peu. Je suis un peu phobique des transports en commun surtout quand je ne connais pas. Me voilà rassurée et une fameuse étape est passée. Je suis assez fière d'avoir affronté cette peur et de ne pas avoir écouté la petite voix intérieure qui me disait « c'est de la triche ! Il faut tout faire à pied ». Une fois que j'ai passé Montpellier, je me mets en route (en marchant cette fois) vers Grabels. Les paysages commencent à changer. Arrivée à Grabels, je fais ma pause « petit-déjeuner » dans le jardin du presbytère. Il est près d'une fontaine qui est entourée de deux arbres magnifiques. Je me sens bien dans ce petit coin. Fontaine sur la place de Grabels Je reprends ma route direction Montarnaud. Je retrouve des sentiers en pierres et en terre avec de jolis coins ombragés. Il y a aussi un peu plus de dénivelés. J'avance à un bon rythme. Je fais peu de pause et je décide de ne pas m'arrêter pour manger à midi. Je préfère continuer à marcher et diner à Montarnaud. J'arrive au gîte vers 14h. J'y rencontre la fameuse Florence dont tous mes hôtes me parlent depuis le début du voyage. Nous nous reconnaissons assez vite (car les hôtes lui ont aussi parlé de moi par SMS). Nous discutons un peu pendant qu'elle est en train de manger. Elle est sympa. Elle est partie de chez elle en Salon de Provence. Cela fait une quinzaine de jours qu'elle marche. Elle est à Montarnaud depuis deux jours (ce qui explique pourquoi j'ai réussi à a rattraper). Elle fait une pause car elle a mal à la hanche. Elle a donc pris RDV avec un ostéo cet après-midi. Je vais prendre une bonne douche, je m'installe et pars faire des courses. Quand je rentre au gîte, il n'y a plus personne. Je mange tranquillement avant de prendre mon carnet pour écrire. Florence rentre de son RDV. Cela s'est bien passé mais elle n'est pas certaine de pouvoir marcher demain. Rayonnante Peu après, un couple de cyclistes arrive : Christian et son épouse (dont j'ai oublié le nom). La propriétaire vient également nous rejoindre pour le payement et pour tamponner nos crédentiales. Christian a déjà fait le chemin plusieurs fois. Toujours à vélo. Il a déjà été jusque Compostelle. Il tient le crachoir et nous raconte pas mal d'anecdotes qui lui sont arrivées sur le Chemin. Dans la discussion, Christian se rend compte qu'il habite dans le même village que la famille de Florence et qu'il connait bien ses parents. Le monde est tout petit. Deux autres dames nous rejoignent mais repartent tout aussi vite. Elles vont manger à l'extérieur en compagnie de leur maris. Tout en discutant avec le groupe, je me fais un massage des genoux. Depuis, ce matin, ils sont douloureux. J'ai la sensation d'avoir un élastique trop tendu à l'arrière des genoux. C'est douloureux quand je marche. Par contre, au repos, je ne sens rien. Il n'y a aucun gonflement, boule, tension et cela ne semble pas enflammé. J'espère que ce n'est rien de grave et que le massage va aider à soulager. La soirée semble se prolongée. Je commence à avoir un peu de mal à suivre les conversations et à intérargir.La fatigue se fait sentir. Le dortoir se situe dans ma même pièce que la cuisine. Il y a juste un paravent qui sépare les deux espaces. Je me décide à aller me coucher vers 21h30. Je suis la première à quitter la table mais les autres ne tardent pas à en faire de même. Aline Lourtie 06 septembre 2023

  • Table Rase

    « Faire table rase » - définitions : repartir à zéro ; considérer comme nulles et rejeter en bloc des idées de conduite adoptées précédemment ; reprendre à zéro une procédure de recherche de quelque chose ; oublier le passé et recommencer à zéro ; tout effacer pour repartir de zéro ; rejeter quelque chose et recommencer à nouveau ; décider de ne plus tenir compte de ce qui a été fait auparavant ; repartir sur de nouvelles bases. Ça s'accumule, encore et encore. Je laisse faire. Et puis, un jour, je regarde cette table avec tout le bordel qui si trouve. Ce bordel qui m'empêche d'avancer, à cause duquel je ne vois plus le chemin qui est devant moi. Dans un grand ras-le-bol et avec beaucoup de colère, je fous tout par terre. Je fais table rase, j'évacue tout ce désordre, je fais place nette pour mieux repartir à zéro. Oui, repartir à zéro, changer de direction, faire des virages à 180 degrés. Je l'ai fait quelque fois. C'est même devenu facile de couper les ponts, d'oublier, d'avancer, de faire comme s'il ne s'était rien passé, de tout effacer. Sur le moment, cela fait un peu mal. Cela laisse des écorchures, des égratignures. Ça saigne. Mais avec un bon pansement, ça passe. Et tant que je continue de regarder vers l'avant et de faire comme si le passé n'existait pas, tout va bien. A force de regarder vers l'avant, je ne me rends plus compte que tout ce que j'ai balancé, mis de côté, fait semblant d'oublier, toutes ces choses que je croyais disparues parce que je ne les vois plus sont toujours bel et bien là. Je les traîne derrière moi. C'est ce qu'on a l'habitude d'appeler nos « vieilles casseroles ». Plus je fais table rase en essayant de repartir à zéro et plus je me charge. Je m'alourdis sans m'en rendre compte. Certaines choses mises de côtés reviennent aussi me hanter de temps en temps. La vie me met à nouveau face à ces choses que je ne veux pas/plus voir. La vie me rappelle qu'elles sont toujours là, derrière moi. Et ma table se remplit encore et encore. Le cercle vicieux s'installe. Je retombe dans les mêmes schémas, les mêmes histoires, les mêmes colères, les mêmes tristesses. J'essaye de changer, de faire « reset » mais rien ne change. Je suis face à cette table pleine de désordre. Je la regarde. Je suis tentée, comme à mon habitude, de faire le vide pour mieux repartir, pour avoir se sentiment d'être plus légère. Je suis tentée de tout balancer pour ne plus voir, dégager ma vue et avoir la sensation d'avancer plus vite, de pouvoir aller plus loin. Pourquoi ai-je envie d'aller plus loin ? Pourquoi vouloir aller plus vite ? Pourquoi vouloir aller ailleurs ? Pour fuir, tout simplement. Fuir qui je suis, fuir mes peurs, fuir mes hontes, fuir mes ombres, fuir « le négatif ». Fuir pour ne plus voir le désordre. Fuir pour me donner l'illusion d'une vie meilleure, que je vaux mieux que cela. Fuir en espérant qu'ailleurs c'est mieux qu'ici. Et si, aujourd'hui, je décidais de m'asseoir devant cette table ? Si je décidais de prendre le temps de la regarder, d'examiner chaque objet, chaque souvenir, chaque blessure ? Et si je décidais de prendre le temps de trier, de ranger, de réorganiser, de réparer au lieu de jeter, de faire comme si cela ne valait plus rien et que cela n'existait pas ? Et si au lieu de faire le vide, je construisais quelque chose de nouveau avec ce qui est déjà là ? Et si avec toutes ces choses cassées, brisées, mises en vrac, je décidais de créer un autel ? Un autel devant lequel je pourrais prier, me remercier et saluer le chemin parcouru. Autel qui me rappellerai que tout est déjà là. Autel devant lequel je pourrais voir la personne magnifique que je suis. Aline Lourtie 22/07/2023

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